Réflexions autour de Carcasses

Bien drôle que ce petit débat (souterrain) entamé autour de Denis Côté il y a peu, sur le site d’Arrête Ton Cinéma! entre autres, dont les commentaires ont finalement été supprimés. Pour le mieux j’imagine, il y avait plus d’insultes et de haine que de réel débat, des coups de poing dans face plutôt qu’une conversation. Voilà qu’aujourd’hui (lundi 15 juin) un petit coquin vient de partir un nouveau blogue calqué sur celui de Faradji, publiant ce que celle-ci a préféré cacher. Voyez ce que ça vaut ici. Ailleurs, le texte de Pierre Falardeau publié en ligne pour le Ici résume bien le point de vue des adversaires de Côté, de même que le style assez agressif que l’on retrouvait sur le blogue d’Helen Faradji. J’ai déjà commenté un peu la chose sur le site d’ATC, mais je méditais justement sur le dernier film de Côté, cherchant un peu comment l’aborder, lorsque ces commentaires sont parus, je profiterai donc de mon propre espace pour traiter de quelques thèmes connexes, sans toucher directement au film, qui ne sera qu’un prétexte. Le contexte était Cannes, et les propos arrogants de Côté envers Xavier Dolan, and then the shit really hit the fan comme il dit…

Falardeau : « Il y a là comme du terrorisme intellectuel qui fait qu’il faut aimer ce film absolument si on ne veut pas passer pour un crétin fini. Personne va voir les films de Côté et pourtant il est célèbre. Il fait le tour du monde, invité dans tous les festivals. Une espèce de mafia des zarts zartistiques qui règne en maître sur le cinéma d’auteur a décrété du haut de sa chaise que Denis Côté était un cinéaste incontournable. Le procédé est simple : on prend un navet qui parle de n’importe quoi, tourné par n’importe qui, n’importe comment et on lui accole l’étiquette de film d’auteur. À partir de là tout devient possible. Plus c’est platte, plus le cinéaste est un grand auteur. Plus on s’ennuie, plus l’auteur est un auteur de génie. Plus on s’endort plus l’auteur est un auteur sur qui il faut désormais compter. Moins y a de monde qui comprend plus le film est un chef-d’œuvre. » Je prends ce texte comme point de départ puisqu’on y retrouve plusieurs idées que je n’ai jamais réussi à comprendre, il s’y trouve une idéologie finalement assez bête et somme toute très loin de la réalité.

D’abord, qui est cette élite culturelle sur laquelle on crache? Frodon et les Cahiers du cinéma, Jean au 24 Images, n’importe quel critique ou festival qui auraient défendu Côté ou quelque autre auteur obscur ou ardu? Comment cette mafia se réunit-elle, comment ourdit-elle ses complots, qui est à la tête, qui sont les hommes de main, je me demande… Que le 24 Images s’aligne en partie sur les Cahiers, soit, ils partagent certainement une vision du cinéma, mais, de là à parler de manigance, de terrorisme, faut le prouver. Qui est terrorisé d’ailleurs? Leurs lecteurs, ou tout ceux, la majorité, qui ne savent même pas qu’il y a une élite culturelle qui dicte les goûts, qui n’ont jamais entendu parlé de ces revues? Lorsqu’on défend ses préférences, s’applique-t-on à ce terrorisme, s’érige-t-on immédiatement en fasciste aveugle? S’il suffit de dire « moi j’aime ça mais pas ça » pour terroriser, Falardeau est tout autant coupable lorsqu’il dit dans son texte aimer Ozu mais pas Côté. Elle est où la limite, la frontière entre la simple définition d’une préférence souple et celle d’un dictat sévère?Il y aussi cette idée, sous-entendue, comme quoi Falardeau a nécessairement raison, qu’il est hors de doute que Carcasses est de la merde, et que n’importe qui disant le contraire ment, qu’il est un intello cachant son ennui sous de beaux mots (ce qui, d’ailleurs, positionne Falardeau de façon beaucoup plus marqué du côté des dictateurs). Qui est assez con pour passer sa carrière à défendre des films qui l’emmerde? Est-ce possible que les personnes qui défendent Côté, qui aiment ses films, aiment simplement ses films et qu’ils ne les trouvent pas ennuyants? Et encore: qui a dit qu’on est un crétin fini si on ne comprend pas Côté? Au mieux, on peut trouver dans ces critiques une sorte de vantardise, de «moi j’ai compris cette proposition ardue», mais je n’ai jamais lu de « vous êtes imbécile si vous, vous ne le comprenez pas ».

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Le problème tient évidemment à cette « proposition ardue » et surtout au fait que Côté la vante comme telle, qu’il l’assume pleinement, qu’il la définit volontiers comme antinarrative et purement formelle. Il dit essentiellement qu’il veut bousculer, provoquer, et que le seul moyen de le faire aujourd’hui c’est par des propositions narratives originales. Pratiquer un tel cinéma, c’est nécessairement s’aliéner une large partie du public, Côté le sait. Maintenant, doit-il conformer son cinéma pour être plus accessible, devrait-il pratiquer un montage serré et une caméra frénétique pour se faire aimer? Un artiste pratique l’art qui lui plaît, sans concession, sinon, où est l’intérêt?

De même, je n’ai jamais compris pourquoi l’on peut penser que certains artistes rêvent d’être vus par personne, de rester dans l’ombre toute leur vie, de n’être connus que par leurs amis. Tout artiste cherche d’abord à communiquer, et il faut bien communiquer à quelqu’un. Côté préfèrerait probablement être distribué sur tous les écrans du monde, être vu par des millions plutôt que de rester une semaine à l’affiche au Parallèle. Personne ne fait de films obscurs en espérant sciemment ne pas être compris, mais un artiste se doit avant tout de faire une œuvre qui lui plaît, à lui. Ce qui ne veut pas dire de ne pas prendre en considération les futurs spectateurs, ou ignorer son lectorat, ça veut dire simplement qu’un artiste fait une œuvre qu’il aimerait voir, en se disant finalement « si ça me plait, je ne dois pas être le seul ». Maintenant, il faut être réaliste : Côté sait bien qu’il ne pourra pas être distribué dans des multiplexes, certaines œuvres sont difficilement partageables, plus personnelles ou simplement radicales. C’est pourquoi il peut sembler arrogant, même méprisant, lorsqu’il dit qu’il fait un cinéma pointu. Pourtant, c’est un simple fait : son cinéma est difficile, ardu.

Dans le même ordre d’idée, je n’ai jamais compris pourquoi certains pensent que des artistes font des œuvres délibérément obscures ou ardues dans le but de ne pas être vu et ainsi s’assurer du titre d’auteur. Un peu d’histoire ne ferait pas de tort : la notion d’auteur, au cinéma, inventé par les jeunes turcs des Cahiers du Cinéma à la couverture jaune, n’avait rien d’élitiste, au contraire même. Elle surprenait et détonait justement parce qu’elle endossait un cinéma commercial américain, de la série B parfois, des réalisateurs qui n’étaient considérés que comme des tâcherons, en France comme aux États-Unis d’ailleurs. Oui, Hitchcock avant Truffaut était méprisé, Ford aussi, et même Welles, qui n’a pas été consacré dès la sortie de Citizen Kane. Encore aujourd’hui, Eastwood, Mann, Scorsese, Spielberg ou Shyamalan sont considérés comme des auteurs par cette élite culturelle qui définit les goûts, bien qu’ils soient populaires ou qu’ils osent faire des films proprement commerciaux. Voilà : des films qui marchent, où il se passe quelque chose, classiquement narratifs, sont aussi encensés, pourquoi alors faire un film obscur serait le moyen le plus sûr de se faire consacrer? Les cas contraires abondent aussi, il n’y a qu’à regarder quelques épisodes de Mystery Science Theater 3000 (essayez de comprendre quoique ce soit à Manos : The Hands of Fate, même le titre est mystérieusement pléonastique…) De même pour cette démarche indépendante supposément garante d’une bonne critique : au Québec, pensons à ce Simon Boisvert, farouchement indépendant, qui fait ses films avec de la broche à foin et des amis, des sous personnels et encore plus d’amis. Il n’est pas plus distribué que Côté (une salle au Forum pour ses deux derniers films), mais personne n’a encore osé comparer son cinéma à celui de Casavettes, bien que la démarche (même les thèmes à la limite) se ressemble. Il y a autre chose que la démarche qu’on célèbre chez Côté, bien qu’elle ne soit pas à négliger.

Il faudrait aussi définir ce que cela signifie, une démarche ou un cinéma ardu et difficile. Lorsque je regarde Carcasses, je ne peine pas, je ne fais pas à chaque instant un difficile travail intellectuel, épuisant, je ne me dis pas : « ah, la, la, que c’est bon, mais si pénible! » Au contraire, je me détends, je relaxe, je regarde et j’écoute, simplement. Que demander de plus à un film? À la limite, c’est moins difficile, intellectuellement, d’écouter Carcasses qu’un film d’action américain : je n’ai pas d’intrigue à suivre, de personnage à comprendre, je n’ai pas besoin de faire l’effort de reconstituer une histoire morcelée par le montage. Cognitivement parlant, Carcasses est beaucoup plus simple et accessible que Pearl Harbor. De façon étrange, ce sont souvent les films méditatifs ou contemplatifs que l’on qualifie de difficiles, des films qui demandent justement un relâchement intellectuel au profit d’une plus grande sensibilité émotionnelle, qui demandent de sentir plutôt que de comprendre. L’exercice intellectuel vient après, lorsqu’on tente de comprendre ces émotions, lorsqu’on tente de faire sens avec cette expérience, mais à la limite, cet exercice est superflu, on peut le laisser aux critiques, et ne vivre qu’avec les émotions.

Pour expliciter, oublions Carcasses un instant et pensons à Nos vies privées, du même Côté : l’œuvre est scindée en deux, dans la première partie un couple s’aime, dans la deuxième il y a une déchirure et on tombe dans un mode disons fantastique. L’exercice pour moi est limpide : plutôt que de nous expliquer en dialogues ou en gestes le morcellement du couple, Côté nous le fait sentir par la mise en scène, par la création d’une atmosphère tendue qui reflète l’état psychologique des personnages. Comprendre ce qui se passe, c’est secondaire, voire superflu. L’important, c’est de sentir ces émotions, c’est de se laisser emporter par une vision, une façon de filmer qui nous fait vivre, à nous spectateurs, la même chose que vivent les personnages, sans nous le raconter, sans l’expliciter. Un peu comme Tropical Malady en fait (comparaison trop élogieuse), aussi scindé en deux, montrant en deux temps et deux modes une relation amoureuse.

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Justement, c’est ce que je recherche lorsque j’approche une œuvre, c’est ce désir de rencontrer un regard nouveau, une façon différente, personnelle donc, de définir ou de présenter le monde. Après, ça peut me plaire ou non, mais il faut au moins reconnaître la démarche, la personnalité. Je n’ai jamais aimé Antonioni, ses films m’indifférent, mais je lui réserve quand même une grande place au panthéon du cinéma, je n’oserais jamais dire qu’il fait des films de merde. Vous me direz que c’est justement ce qu’affirme Falardeau, qu’une certaine culture et vision du cinéma nous oblige à dire que l’on aime ce qu’on n’aime pas, mais je ne me sens nullement anéanti par le poids de l’histoire du cinéma lorsque je dis ne pas aimer Antonioni. Seulement, je sais reconnaître son travail, j’admire sa démarche, mais elle n’est pas pour moi. Certains artistes nous touchent, d’autres nous emmerdent, là se tient la subjectivité, le simple constat d’un état personnel qu’il faut dépasser si l’on veut toucher à l’œuvre même.

Je ne crois pas à l’objectivité du critique, je ne crois même pas qu’il doit s’en approcher. Un bon critique revendique clairement ses choix personnels, il les défend à travers sa vision du cinéma qu’il décline de texte en texte, puis le lecteur fait la part des choses, il doit lui-même être critique de ces critiques. Côté faisait cela, Georges Privet avant lui aussi, au Québec maintenant il ne reste plus grand monde hors des revues spécialisées. Mais un bon critique sait aussi définir exactement ce qui le touche ou non dans un film, c’est-à-dire qu’il peut construire son propos, subjectif, à partir d’éléments intrinsèques au film, donc objectifs. Peu importe qui regarde Carcasses, tous voient la même chose, la même succession de plans, les mêmes images, il doit bien avoir quelque chose, dans cette œuvre, d’objectif et de discutable, quelque chose qui emmerde ou séduit.

Falardeau ne nous dit pas grand-chose de Carcasses (il n’y a rien à dire objecterait-il): il reproche finalement à Côté de faire ce que Côté veut faire, un cinéma antinarratif où « il ne se passe rien ». Tiens, ce discours me ramène à notre petite Histoire brièvement esquissée : rappelons donc que le mot auteur était appliqué à des réalisateurs qui souvent ne signaient même pas les scénarios qu’ils tournaient, ce qui à première vue peut surprendre. Il faut comprendre ce mot auteur: le but était de légitimer le travail du réalisateur, dans le but d’abord de s’opposer à ce cinéma de «qualité française» qui serait un cinéma de scénaristes, des adaptations littéraires qui doivent tout à la littérature et rien au cinéma, et donc d’enfin définir le concept de mise en scène, de le mettre à l’égal de l’écriture ou de la composition. Ce qu’il y a de commun à Hitchcock, Ford ou Spielberg, c’est une manière de filmer qui leur propre, personnelle, qui s’affiche de film en film, qui est plus forte et plus marquante que le contenu de leur scénario. Le tout visait à réduire l’opposition fond/forme, l’un se confondant dans l’autre, ou, pour reprendre approximativement Godard, c’est une «pensée qui prend forme, une forme qui pense».

Pourquoi ce détour? Pour légitimer surtout ce Carcasses qui ne serait qu’une «proposition formelle». Spielberg aussi signe des propositions formelles, seulement elles sont ancrées dans un cadre plus classique (bien que jamais académique). À la limite, tous les films sont des propositions formelles, comme toutes les œuvres d’art d’ailleurs. L’abstraction en peinture visait entre autres à faire prendre conscience de ce qui était propre à la peinture : la notion de composition, d’équilibre, etc. Je me rappelle de ce prof d’histoire de l’art qui nous montrait côte à côte un Vermeer et un Mondrian pour nous faire comprendre qu’en réalité la différence principale entre les deux toiles est que le Vermeer est figuratif et le Mondrian non, mais la composition, les couleurs, les formes sont essentiellement les mêmes.

Voyez: gros rectangle rouge en haut à droite contre blanc à gauche et en bas, jaune dans le coin, même chose.

 

En retirant la figuration, Mondrian nous oblige à regarder autre chose que la perfection de la reproduction ou la justesse d’un trait; en retirant la narration, Côté fait de même, il nous oblige à chercher ailleurs le moteur de l’œuvre. Il n’est pas le premier à le faire, et c’est pourquoi je suis sceptique lorsqu’il dit vouloir provoquer par ses pseudonarrations, il y a longtemps que le cinéphile aguerri s’est familiarisé avec ce type de non-récit. Mais tout ça pour dire, finalement, que reprocher à Côté de faire des films sans histoire, de manquer de « fond » (sans mauvais jeu de mots financier), c’est aussi con que de reprocher à Mondrian de faire des toiles non figuratives. Il s’agit d’un constat, pas d’une critique. En revenant aux quelques lignes lancées plus tôt sur Nos vies privées, on voit bien de toute façon que chez Côté, le fond, c’est la forme, que c’est la mise en scène qui prime, que c’est elle qu’il faut analyser pour arriver à dire quelque chose.

Finalement, car je m’arrête ici, je n’ai rien dit sur ce Carcasses, je ne l’ai pas plus analysé que Falardeau. Mauvaise idée peut-être, mais soyons franc, je ne saurais broder longtemps sur ce film. Devoir le critiquer, je serais en mauvais posture. Pourquoi? Parce que je me suis ennuyé et que je n’arrive pas à dire le contraire? Parce que Denis Côté me fait peur (il a de gros tatous sur les bras…)? Pas vraiment. Au final, j’ai aimé ce que Falardeau n’aime pas : la caméra statique, patiente, le décor incroyable qu’on ne se lasse pas de découvrir, l’arrivée impromptue de personnages incongrus, le travail sonore tout en douceur, cette trame de Mahler en sourdine qui contraste avec le rock pétrochimique assourdissant des George Leningrad. Des éléments esthétiques finalement qui pour moi ne font pas nécessairement sens, et qui n’ont pas besoin d’en faire. L’expérience valait le détour, il n’y avait pas rien, même si je n’ai rien à dire, je laisse la critique aux autres (lisez celle de Marcel Jean dans le 24 Images, elle est fort bien). Et puis après, autant aller au bout de la franchise : tous ceux qui se sont emmerdés n’y ont rien compris et ils couvent leur ennui par une ire violente et populiste… Voilà, c’est dit, je me réclame terroriste! À mort le récit, donnez-moi plus de vide!

Sylvain Lavallée Écrit par :

"Car une chose est d’apprendre à regarder les films « en professionnel » - pour vérifier d’ailleurs que ce sont eux qui nous regardent de moins en moins - et une autre est de vivre avec ceux qui nous ont regardés grandir et qui nous ont vus, otages précoces de notre biographie à venir, déjà empêtrés dans les rets de notre histoire." Serge Daney

6 Comments

  1. 16 juin 2009
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    Très beau texte qui définit parfaitement ce que je ressens à propos de cette querelle à sens unique qui a pris forme cette semaine.

    Je reviendrai te lire. Tu as un nouveau fan.

  2. jenculedesmouches
    24 juin 2009
    Reply

    Cher Cinématographe,

    Jenculedesmouches te rends hommage, à toi, écrivain solitaire, cinéphile isolé, passionné coupé du monde, car tu as été un des rares (pour ne pas dire le seul) des défenseurs de « Carcasses » à avoir essayé de mettre en mots une défense crédible de cette chose triste et molle. À l’impossible nul n’est tenu, mais ton effort noble méritait d’être souligné, dans cet océan de commentateurs soumis et flagorneurs, et je te rends hommage avec plaisir (même si je doute que tu te retapes un jour ce chef d’oeuvre que tu as osé comparer aux toiles de Mondrian…). Ceci dit, je t’écris aussi à fin que tu n’aies pas que le seul commentaire de ce pauvre et pathétique Jason B. pour te réconforter (ce qui serait bien triste, car n’avoir qu’un fan et que ce fan soit cet imbécile serait une torture plus grande encore que de se taper « Carcasses » une autre fois, et tu mérites mieux, crois-moi!)…

  3. André
    3 juillet 2009
    Reply

    Puisque tu évoques la polémique qui a explosé chez « Arrête ton cinéma! », tu seras peut-être intéressé par la réponse récemment postée par un lecteur (censuré) à un édito d’Helen Faradji sur la liberté d’expression sur le web, publié sur le site de « 24 images ». Ça ne manque pas de mordant…
    http://www.revue24images.com/articles.php?article=868

  4. 3 juillet 2009
    Reply

    Effectivement André, ce billet est assez intéressant (je crois me rappeler d’ailleurs que ce Marco, si c’est bien le même, apportait un point de vue intéressant sur ATC). Même si je défendais Helen Faradji dans mon commentaire sur ATC, je ne comprends pas pourquoi elle a censuré la discussion, qui allait quand même plus loin que les simples insultes. Je me demande à quoi cela peut bien servir, si ce n’est attiser la colère et se discréditer, car pour un critique, cela me semble plutôt étrange de refuser la critique, même si elle est encombrée de bêtises. Je disais sur ATC qu’un blogue est personnel, qu’on peut bien y faire ce qu’on veut, ploguer qui on veut, ce que j’avais écrit avant de découvrir que les commentaires avaient été balayés; je maintiens cette position, mais avoir su, j’aurais rajouté que toutefois la censure est l’ennemi même de la critique.

  5. Marie-Claude
    2 août 2009
    Reply

    Un commentaire suite à la lecture de tes textes sur « Carcasses » et la cinéphilie: il me semble qu’un des éléments indispensables à toute culture cinéphilique est l’envie de revoir une oeuvre, de revisiter ses mystères, d’essayer de comprendre (parfois à différentes étapes de notre vie) ce qui nous a jadis choqué, surpris ou échappé dans une oeuvre (comme « 2001 », par exemple, qui nous a désarçonnés tous les deux… tout en nous donnant envie de revisiter plusieurs fois ses énigmes). Or, pour ça – pour qu’il y ait cette envie d’explorer à nouveau l’objet, de se soumettre à nouveau à une expérience de prime abord désagréable, déstabilisante ou surprenante – il faut qu’il y ait quelque chose qui nous donne envie d’y retourner malgré cette première expérience; ça peut être une performance d’acteur, quelques répliques, la rencontre inattendues de certaines images avec certains sons, peu importe, mais il faut qu’il y ait quelque chose qui nous séduise, nous envoûte ou nous interpelle assez pour nous donner envie d’y retourner. Et pour moi, c’est justement ce qui manque à « Carcasses » (et aux autres films de Denis Côté, d’ailleurs). Je comprends parfaitement, je crois, le jeu de références et d’arguments que tu mets en place pour défendre son film, mais au delà de cette analyse intellectuelle, il n’y a rien dans l’oeuvre elle-même qui me donne envie d’y retourner, qui la fait vivre en moi après la projection, qui me fait donne à croire qu’elle puisse se prolonger (dans mon coeur ou dans l’histoire de l’art) aussi longtemps que les peintures de Mondrian ou le chef d’oeuvre de Kubrick. Au contraire… Près de deux mois après le visionnement, j’ai plus que jamais l’impression d’une arnaque dans laquelle je regrette amèrement d’être tombée (et où on ne me reprendra plus). Ceci dit, tes textes m’ont fait réfléchir – la preuve! – et je reviendrai régulièrement visiter ton site. Félicitations!

  6. 5 août 2009
    Reply

    À Marie-Claude:
    Je réponds un peu en retard, dû à une panne d’internet, mais voilà:
    D’abord, mon texte sur Carcasses n’était pas précisément un texte sur Carcasses, c’est pourquoi je l’ai titré Réflexion autour de Carcasses. Je tenais plutôt à répondre à l’argumentation que l’on utilisait pour descendre le film, discours qui me semble bâti sur des idées qui n’ont pas grand chose à voir avec la réalité. En fait, je ne tiens pas tant que ça à défendre Côté, mais quant à critiquer un film, il faut le faire avec des arguments décents. Je ne crois pas, non plus, que Côté a sa place à côté de Mondrian, et ma comparaison n’avait rien de qualitative, il s’agissait de comparer deux démarches semblables. Ce qui me dérange surtout, c’est d’attaquer Carcasses sous le prétexte d’élitisme ou que c’est un film sans histoire, sans personnage, où il ne se passe rien. Le retrait de la narration dans un film est une démarche valable. Si elle ne fonctionne pas, ça c’est une autre question, mais il faut pouvoir dire pourquoi, et ça je ne l’ai pas lu nul part.

    Quant à la cinéphilie, le choc doit effectivement être accompagné d’un désir de revoir. Je me rappellerai toujours de ma première expérience de Carax, Mauvais Sang dans un cours de cinéma, qui m’avait laissé indifférent. Mais sans savoir pourquoi, le lendemain j’ai eu l’envie subite et irrésistible (cliché, mais vrai) de le revoir. La deuxième écoute fut une véritable révélation et j’ai réécouté le film une fois par semaine pendant pratiquement un an… Je ne ferai pas ça avec Carcasses, rien ne m’a incité à ce point à revoir le film, mais je n’hésiterais pas à le faire. Ces discussions m’ont en fait donné le goût de revoir les films de Côté, question de savoir si ça vaut vraiment la peine d’écrire autant sur eux… En fait, je crois qu’il s’agit surtout d’un artiste que l’on dit « intéressant », parce qu’il fait montre d’une démarche personnelle et inusité, mais difficilement « aimable » au point de tapisser ses murs de posters de ses oeuvres. Et il est trop marginal pour avoir une place autre que marginale dans l’histoire de l’art.

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