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Premier survol FNC 2010

“Car une chose est d’apprendre à regarder les films « en professionnel » – pour vérifier d’ailleurs que ce sont eux qui nous regardent de moins en moins – et une autre est de vivre avec ceux qui nous ont regardés grandir et qui nous ont vus, otages précoces de notre biographie à venir, déjà empêtrés dans les rets de notre histoire.” Serge Daney

Premier survol FNC 2010 Publié le 15 octobre 2010Laissez une réplique

“Car une chose est d’apprendre à regarder les films « en professionnel » – pour vérifier d’ailleurs que ce sont eux qui nous regardent de moins en moins – et une autre est de vivre avec ceux qui nous ont regardés grandir et qui nous ont vus, otages précoces de notre biographie à venir, déjà empêtrés dans les rets de notre histoire.” Serge Daney

(Paru sur le blogue de Séquences.)

Je dois ma cinéphilie à deux institutions montréalaises : la Cinémathèque québécoise, où j’ai dormi bien souvent (je ne sais pas pourquoi, mais peu importe la qualité du film et mon état de fatigue, je ferme presque toujours les yeux pendant quelques minutes dans cette salle que je hantais il y a quelques années), et le Festival du Nouveau Cinéma, que j’ai découvert en même temps que cette cinémathèque en ces années de CÉGEP. Je ne peux fréquenter aujourd’hui ce festival avec la même assiduité qu’autrefois, mais j’y suis toujours aussi attaché, et il va sans dire qu’à première vue la programmation cette année est plutôt alléchante (plus en tout cas que ce que le cinéma nous a donné ces derniers temps). Je vais sûrement reparler bientôt de ce que j’irai voir (Joe!), pour l’instant je veux plutôt tracer cet itinéraire rêvé qu’il m’est impossible de parcourir totalement,  en un rapide coup d’œil donc sur la programmation.

En fait, je ne sais pas si j’ai encore cette envie de m’engouffrer dans une salle noire pour y disparaître pendant dix jours. L’avantage de se perdre ainsi dans un festival, c’est que l’envie de l’explorer à fond y est plus forte, on prend plus facilement des risques, ces films dont on n’a jamais entendu parler mais dont le court descriptif nous allume d’une manière ou d’une autre. En effleurant seulement la programmation, il est plus difficile de résister à tous ces grands noms, ces films déjà présentés et souvent primés dans tous les festivals internationaux, qui occultent ainsi dans notre esprit la présence possible de petites perles inconnues. Le plus difficile, surtout, c’est d’essayer de deviner qui aura un distributeur ou non, qui il faut voir en priorité si on veut s’assurer de découvrir le film sur grand écran, et non dans dix ans sur un DVD cheap importé. Comme toujours, la section Présentation Spéciale comporte presque tout ce qu’il y a eu d’important cette année, les Mike Leigh, Catherine Breillat, Olivier Assayas, Frederic Wiseman, Xavier Beauvois, Jean-Luc Godard, Brillante Mendoza, Apichatpong Weerasethakul, Claire Denis… des habitués du festival pour la plupart. Je ne peux, pour ma part, résister à un Denis (White Material), un Weerasethakul (Oncle Boonmee) ou un Godard (Film Socialisme), peu importe leurs espoirs de distribution future (qui sont minces toutefois, considérant que leurs films ne sont que très rarement présentés en nos salles). À l’inverse, je comprends moins la présence d’un Inarritu, metteur en scène talentueux qui s’acharne sur des scénarios douteux. Intriguant tout de même son dernier Biutiful, d’abord parce qu’il y a Javier Bardem, ensuite et surtout parce qu’il n’y a plus Guillermo Arriaga, son scénariste habituel (quoique selon les échos cannois il y a encore de la métaphysique de bazar, enfin on verra en décembre). Et bien sûr l’inconditionnel de zombie en moi ne peut qu’être amusé par la proposition de Bruce La Bruce avec L.A. Zombie, un film d’horreur porno gai et gore.

Le choix dans les autres sélections est plus difficile à faire, il faut y aller un peu au pif et au hasard des trous dans son horaire. Il y a la section Temps 0 qui m’attire toujours un peu plus, avec ses films cultes et ses objets bizarroïdes, sorte de relents de Fantasia, souvent meilleurs ou en tout cas moins inégaux. Le dernier Alex de la Iglesia, par exemple, La Balada Triste, semble prometteur, il ressort bien primé de Venise, récompense teintée d’une certaine controverse (Quentin Tarantino, président du jury, aurait récompensé un « ami » – personnellement, je ne m’étonne pas trop qu’un président décide d’honorer des films qui correspondent à ses goûts). Il y a aussi le dernier Takeshi Kitano (Outrage), un cinéaste que je trouvais incontournable autrefois, mais qui m’intéresse de moins en moins (à vrai dire, excepté Fireworks, je ne suis pas particulièrement fan de son œuvre), et le Gaspar Noé (Enter the Void), dont je ne sais toujours pas quoi penser de son Irréversible vu pour la première fois récemment. En tout cas, un film entièrement en caméra subjective qui passe de la vie à la mort à de quoi intriguer, malgré la mauvaise réputation qu’il traîne depuis Cannes (le Guardian l’a toutefois affublé d’un beau cinq étoiles).

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Les films québécois, même si certains ont tout pour plaire, finissent toujours par être négligés dans ces festivals parcourus rapidement, puisque l’on sait bien que l’on pourra les voir un jour ou l’autre. Ainsi, je n’ai pas vu le film d’ouverture, le 10 ½ de Podz, sur lequel je fonde quelques espoirs, malgré ce que j’ai pu écrire sur ses 7 jours du Talion (il faut bien dire que ce dernier était un film perdu d’avance, miné par un travail d’adaptation fidèle à un roman médiocre). Je ne serais pas surpris de voir, un jour, un grand film sortir de la caméra de Podz, quoique dans le cas de 10 ½ le fait que le scénario soit signé par un des comparses de Patrick Huard sur ses deux aberrations cinématographiques laisse présager le pire. Le Curling de Denis Côté, en clôture, m’apparaît plus incontournable, même s’il sort en salles prochainement, parce qu’il s’agit de Côté et d’Emmanuel Bilodeau, parce que l’affiche est magnifique et qu’on aimerait bien savoir si la référence assez évidente à Tropical Malady qu’on y retrouve est poursuivie dans le film (ce ne serait pas surprenant, vu l’amour que Côté a déjà déclaré envers ce film du temps qu’il était critique, et vu que Nos vies privées, déjà, était divisé en deux parties qui se répondent, la seconde allégorisant la relation du couple, un peu comme dans le chef-d’œuvre de Weerasethakul). Et puis il y a le dernier Maxime Giroux (Jo pour Jonathan, en compétition officielle), le François Delisle (de qui je n’ai pas pu supporter Le bonheur c’est une chanson triste, mais de qui à l’inverse j’ai adoré le Toi), un nouveau Noël Mitrani (après son excellent Sur la trace d’Igor Rizzi, toujours avec Laurent Lucas, un des rares acteurs que je suis prêt à suivre partout).

Enfin, il y a en marge ces hommages, à Pierre Falardeau, Werner Schroeter et Pierre Étaix surtout, et ces rétrospectives, à Wang Bing en particulier, documentariste chinois à la démarche pour le moins singulière (son Fengming, chronique d’une femme chinoise, seul film que j’ai pu voir de lui, est un véritable monument, un témoignage d’un peu plus de trois heures livré directement et en continu à la caméra, avec seulement quelques coupures, aucune image d’archive ou de reconstitution, laissant donc toute la place à la parole pure, aux aléas de la mémoire et au cheminement parfois tortueux de la pensée, à une femme donc qui se livre entière au spectateur). Ce dernier présente aussi son dernier film, The Ditch, une fiction cette fois, profitant de plus de son passage à Montréal pour donner une classe de maître, autre incontournable.

Sur ce, bon festival!

2 commentaires sur “Premier survol FNC 2010”

  1. « un nouveau Noël Mitrani (après son excellent Sur la trace d’Igor Rizzi, toujours avec Laurent Lucas, un des rares acteurs que je suis prêt à suivre partout »).

    DONC VOUS AVEZ DU LE VOIR DANS « IMPASSE DU DESIR » (DE MICHEL RODDE)DURANT LE FFM 2010 AU QUARTIER LATIN 10 !
    QU’EN PENSEZ VOUS ?

    Écrit par Didier
  2. @Didier

    Non, désolé, je n’ai pas vu.

    Écrit par Sylvain Lavallée

“Car une chose est d’apprendre à regarder les films « en professionnel » – pour vérifier d’ailleurs que ce sont eux qui nous regardent de moins en moins – et une autre est de vivre avec ceux qui nous ont regardés grandir et qui nous ont vus, otages précoces de notre biographie à venir, déjà empêtrés dans les rets de notre histoire.” Serge Daney

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