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À la frontière de la marginalité, le lieu chez Denis Côté

“Car une chose est d’apprendre à regarder les films « en professionnel » – pour vérifier d’ailleurs que ce sont eux qui nous regardent de moins en moins – et une autre est de vivre avec ceux qui nous ont regardés grandir et qui nous ont vus, otages précoces de notre biographie à venir, déjà empêtrés dans les rets de notre histoire.” Serge Daney

À la frontière de la marginalité, le lieu chez Denis Côté Posted on 26 novembre 2010Leave a comment

“Car une chose est d’apprendre à regarder les films « en professionnel » – pour vérifier d’ailleurs que ce sont eux qui nous regardent de moins en moins – et une autre est de vivre avec ceux qui nous ont regardés grandir et qui nous ont vus, otages précoces de notre biographie à venir, déjà empêtrés dans les rets de notre histoire.” Serge Daney

(Paru sur le blogue de Séquences. Mars 2015 : Bon, le premier et dernier paragraphe sont franchement ridicules, comme si je m’excusais de ne pas aborder l’entièreté de la filmographie de Côté, tous les angles possibles, ce qui est évidemment impossible, et ce qui contribue probablement à ce qui m’a été reproché dans les commentaires, l’intention de faire une critique “objective”. Ensuite, le dernier paragraphe ne fait aucun sens, il tourne autour d’une tautologie insignifiante : bien sûr que Côté fait un cinéma replié sur lui-même! On peut très bien occulter la société en parlant d’un individu et, oui, les personnages de Côté cherchent à rejoindre la société ou vivent mal leur marginalité, mais la mise en scène ne les suit pas du tout dans ce mouvement, elle reste à l’écart, sauf peut-être dans les États Nordiques. Et ultimement, c’est ce qui compte.)

Bon, enfin, comme promis, avec un peu de retard, je veux m’attarder un peu sur le cinéma de Denis Côté. Dans son article sur le renouveau du cinéma québécois, Jean-Pierre Sirois-Trahan lançait quelques pistes de réflexions intéressantes, sur la relation de Côté au genre du western, sur le rapport de l’homme à la société, et c’est à partir de celles-ci principalement que j’ai développé ce qui suit. Il s’agit avant tout d’un regard thématique qui aborde par la bande quelques questions de mise en scène, car la cohérence de l’œuvre de Côté surgit de ces thèmes qu’il met en scène différemment de film en film; pour parler spécifiquement de mise en scène, il faudrait prendre les films un à un, et je n’ai ni l’espace ni le temps ici. J’écarte aussi complètement Nos vies privées puisque je n’ai pas pu le revoir, faute d’une distribution adéquate; aussi, je me concentre sur ses longs métrages, même si ses courts poursuivent les mêmes idées, parfois avec plus de brio (Maïté est peut-être son film le plus abouti).

On insiste beaucoup sur le mot « marginal » lorsque l’on parle de Denis Côté. Lui-même est marginal dans notre cinématographie, à l’écart du mode de production habituel, il met en scène des marginaux, son cinéma aussi serait marginal tant il est « radical », « ardu », « aride », « formaliste », enfin on connaît la liste habituelle d’adjectifs, qu’on prend peu la peine de justifier, encore moins de définir. Je ne crois pas à cet aspect si radical du cinéma de Côté, il a commis un seul film plus déroutant, Carcasses, le seul qui se passe plus volontiers de toute narration traditionnelle. Le reste demeure ancré dans des histoires assez bien définies, même si elles prennent parfois des détours inhabituels. Son cinéma n’est donc ni plus ni moins « radical » qu’un large pan du cinéma contemporain international (et, vu de cet angle, il n’est pas particulièrement marginal non plus). De même, ses personnages sont des marginaux, oui, mais des marginaux qui aspirent à revenir vers le centre ou qui sont en fuite temporairement. C’est le cas par exemple de Christian, le personnage principal des États Nordiques, qui pose un geste extrême le propulsant hors de la société, mais cette marginalité est forcée plus qu’adoptée, tout comme pour Coralie dans Elle veut le chaos qui voudrait bien s’échapper de son quotidien glauque.

Il n’y a qu’une seule « vraie » figure de marginal dans l’œuvre de Côté et c’est Jean-Paul Colmor, l’homme au centre de Carcasses, un film qui répond formellement et thématiquement aux États Nordiques, comme Marcel Jean l’avait noté dans sa critique pour le 24 Images lors de la sortie du film. De tous les personnages principaux de Côté, Colmor est le seul qui n’essaie pas de rejoindre la civilisation, qui tient une position fixe qu’il assume complètement. L’environnement qu’il habite, son dépotoir, n’est pas une fuite comme l’est Radisson pour Christian, ni une agression comme la ferme pour Coralie ou le monde entier pour le personnage d’Emmanuel Bilodeau dans Curling. Chez Côté, les personnages sont toujours définis par leur rapport à l’environnement et à la communauté, et non par une psychologie définie, d’où l’impression par exemple que Christian dans Les États Nordiques est « vide » : on ne connaît jamais ses intentions ni ses motivations, ce qui importe étant sa relation au lieu. La scène où il met fin aux souffrances de sa mère par exemple est mise en scène uniquement par la relation à l’environnement sonore : cette mère reste en hors-champ, invisible, nous avons conscience de sa présence seulement par ce bip insistant du moniteur qui témoigne de sa pulsion cardiaque. Le plan est long, assez pour que ce bip monotone en devienne agressant, jusqu’à ce que Christian le fasse taire en étouffant sa mère avec un oreiller, allégeant ainsi notre souffrance auditive, ce son devenant une analogie de ce poids qu’il avait lui-même à supporter en s’occupant de sa mère mourante. Nous n’en saurons jamais plus sur pourquoi il a posé ce geste, tout passe par cette relation au son. De même, la ville de Radisson, là où il se réfugie, est aux confins de la civilisation, mais elle en fait encore partie, il s’agit d’un lieu sauvage dominé par l’homme (le barrage hydro-électrique), tout comme Christian, par son meurtre « sauvage », est rejeté à la frange de la civilisation, sans qu’il ne la quitte complètement.

Dans le même ordre d’idée, ce que l’on peut apprendre sur cette ville de Radisson ne tient pas vraiment du « documentaire » puisque cela sert d’abord et avant tout à illustrer le cheminement de Christian, l’aspect documentaire venant toujours réfléchir la fiction, la séparation entre les deux genres étant assez souple. Ainsi, ces adolescents qui discutent de l’euthanasie s’échangent des répliques qui reflètent sans doute le monologue intérieur que doit tenir Christian après avoir commis ce même geste.  Pareillement, Christian descend à Radisson pour s’isoler, il a besoin de ce retour sur soi qui est aussi un retour aux sources identitaire, la valeur originelle de la communauté de Radisson pour le Québec nous étant expliquée par un habitant, le parcours du personnage étant aussi une manière de retrouver son Histoire après avoir tué la sienne. Christian utilise donc la communauté et son environnement plus qu’il ne tente de les comprendre (un peu comme le film d’ailleurs), et c’est bien pourquoi au dernier plan il est rattrapé par son passé, incapable qu’il est de s’ouvrir à autre chose qui pourrait le faire surmonter son deuil. À l’inverse, dans Carcasses, la fiction arrive dans une structure jusqu’alors documentaire, et elle vient confirmer l’aspect inébranlable de Colmor, les trisomiques trouvant en son dépotoir un refuge. Tout conflit entre lui et eux s’estompe rapidement, alors que dans Les États Nordiques Christian cherche toujours à habiter un lieu, à l’intégrer, ce qu’il n’arrivera jamais à faire.

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Cette relation opposée de ces deux personnages à leur milieu justifie la mise en scène différente de ces deux films : Colmor est saisi tout en plans fixes et longs, le temps et le mouvement sont des notions presque complètement absentes du film, il n’y a pas de progression ou de parcours, la caméra se pose et regarde, pour montrer la cohérence de cet homme et de son environnement. C’est ce qui s’avère un brin ennuyeux aussi, cette absence de mouvement, de toute forme de conflit, dans ce constat de quelque chose en quelque sorte parfait ou en tout cas éternel, immuable. Ce lieu singulier, ce dépotoir automobile qui se laisse envahir par la nature, soulève quelques questions par la bande, sur notre société de consommation et ses déchets ainsi que sur le rapport nature et civilisation entre autres, des thèmes qui trouvent écho dans toute la filmographie de Côté. Il suffit pour le cinéaste de jouer avec les diverses formes que prennent naturellement ces idées dans ce lieu, sans les exposer, il se contente de juxtaposer par le montage leur expression qu’il saisit dans la nature. Colmor est donc toujours montré dans son environnement, dans des plans larges laissant la place au décor, souvent il est complètement absent du cadre (bien que le dépotoir reflète toujours sa présence et vice-versa).

Au contraire, Christian habite tout entier les plans des États Nordiques, tout est ramené à sa présence. La caméra est tenue à l’épaule, elle est plus mouvementée, on s’attarde sur les visages bien plus que sur la nature sauvage. La séquence où Christian brûle le cadavre de sa mère est éloquente : la caméra reste collée sur son visage alors qu’il ramasse des brindilles, l’action est un peu confuse tant la caméra reste près, rien n’existe en dehors de la tâche de cet homme. Surgit alors un plan large qui montre le contexte, qui dévoile le paysage environnant, qui nous sort de l’homme pour montrer la nature. Le délai entre le début de la scène et l’apparition de ce plan d’ensemble correspond à la perception de Christian, replié sur lui-même alors qu’il vient pourtant se plonger dans ce paysage dans lequel il ne pourra jamais s’ancrer définitivement, trop peu ouvert à lui. Alors que la communauté de Radisson se révèle à lui, répond à ses questions et l’accueille, lui évite toute question sur son passé, il demeure une figure énigmatique, plus insaisissable au final que la ville qu’il adopte.

 

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Ainsi, la mise en scène de Côté travaille toujours les mêmes couples thématiques, individu/société et civilisation/nature, le cinéaste préférant demeurer à la lisière de ces deux franges, à leur frontière, thème fondamental qu’il emprunte évidemment au western. Dans Curling, son dernier film, il ancre pour la première fois son récit dans un portrait psychologique clair et défini qui résume tous ces thèmes pour tenter d’y échapper, annonçant peut-être quelque chose de nouveau dans le cinéma de Côté (il faudra voir la suite). La frontière, cette fois, est intérieure, le personnage habite en banlieue, dans une communauté restreinte mais beaucoup plus « civilisée » que Radisson ou le lopin de terre non situé d’Elle veut le chaos. Le nom du personnage principal, Sauvageau, renvoie déjà à l’Ouest sauvage, mais ce n’est pas lui qui se tient de ce côté vierge de la frontière, au contraire, de son point de vue à lui, ce sont les autres qui sont sauvages, violents (en même temps, les autres personnages n’hésiteraient pas à le traiter de sauvage, à cause de sa réclusion et de son caractère généralement asocial). Ainsi, c’est lui qui doit affronter la frontière et se civiliser en apprenant à dompter son environnement (comme dans tout bon western), ou plutôt sa perception de celui-ci.

C’est ainsi que fonctionnent le deuxième et le dernier plan du film, deux images qui se renvoient par leur cadrage, des plans d’ensemble présentant de loin le père et la fille dans un paysage hivernal alors que s’inscrivent le titre et le générique final. Dans le premier de ces plans, le ciel occupe une bonne partie de l’image alors que l’hiver souffle fort sur un paysage désertique; les deux figures de Jean-François et de Julyvonne sont assaillies par ce froid que l’on sent mordant et cruel ainsi que par un policier qui pose trop de questions (dialogue assez explicatif d’ailleurs, qui est sauvé par la richesse du plan), la nature autant que l’homme les agressent. L’oppression qui, malgré l’espace ouvert, surgit de cette image, est tempérée par le titre, Curling, qui apparaît en grosses lettres dans le ciel. Bien que le spectateur ne le sache pas à ce moment-là, ce curling est l’une des sources d’espoir du film, le moment où le personnage principal tend à vouloir sortir de son isolement; il y a donc déjà, dans ce plan, l’agression et sa porte de sortie qui apparaissent de pair. Le dernier plan renvoie à ces idées en reprenant une composition similaire laissant aussi beaucoup de place au ciel, où apparaîtra cette fois le générique, mais maintenant l’environnement est habité et agité, le désert fait place à la civilisation, à un lieu de récréation; l’environnement est dompté, conquis. En même temps, le cadrage nous ramène au début du film et à cet hiver oppressant, ce n’est pas encore l’été, et cet écho relativise la sensation de lumière et d’espoir, tout n’est pas encore gagné.

Dans Curling, les couples habituels de Côté sont donc combinés plus que séparés : la figure du curling par exemple peut se lire de deux façons, il y a cette idée de rencontre avec l’autre que j’ai déjà mentionnée, mais il y a aussi cette analogie entre ce jeu où il faut placer des pierres de garde pour protéger la maison et la surprotection qu’exerce Sauvageau sur sa fille. Ce qui l’attire autant dans ce jeu, on peut se demander si ce n’est pas justement cette autoreconnaissance, un peu comme Christian qui ne voit dans Radisson que son propre reflet. De même, si Jean-François est agressé par son environnement, il n’en est pas totalement victime (comme Coralie peut l’être par exemple), puisqu’il y a chez lui une part de phobie irrationnelle (même si elle est justifiée par un passé inconnu). Curling procède donc à l’inverse des films précédents de Côté, c’est-à-dire en intériorisant ce qu’il présentait auparavant par un rapport à l’environnement, gardant la même dynamique de l’individu marginalisé qui veut rejoindre la société, mais en présentant celle-ci autrement, de manière peut-être plus limpide, ou en tout cas plus classique.

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Les critiques des films de Côté, et lui-même, parlent beaucoup des « trous » dans la narration qu’il conviendrait au spectateur de combler. Pourtant, ces trous ne concernent jamais des éléments essentiels qui brimeraient notre compréhension du film, il n’y a là rien qu’il faille véritablement combler. Par exemple dans Les États Nordiques, le principal inconnu est la motivation derrière le matricide de Christian, mais l’euthanasie n’est pas le sujet du film, cette motivation est sans importance, ne pas la connaître nous permet de nous concentrer sur l’essentiel, c’est-à-dire sa fuite, son rapport au lieu. De même, Curling flirte à quelques moments avec le polar, le temps d’un plan ou deux, mais faire dévier le film vers une enquête policière ou créer un suspens autour du responsable de ces morts serait inutile, l’important étant le rapport de Jean-François et de Julyvonne à la mort et non le responsable de cette mort, celle-ci n’étant au fond qu’un symbole. Cette mort est toujours présentée comme une grande inconnue : nous ne savons pas pourquoi Christian tue sa mère, ni qui a tué les cadavres dans la forêt de Curling, ni qui a tué les petits mafieux à la fin d’Elle veut le chaos (quoiqu’on s’en doute), et la plupart du temps cette mort se produit hors-champ (je crois que la seule exception c’est pour Pierrot, le personnage de Laurent Lucas dans Elle veut le chaos). La mort conserve ainsi sa nature inexplicable, elle est présentée comme une rupture incompréhensible qui pousse vers autre chose (c’est elle qui précipite Christian à Radisson, Coralie peut quitter la ferme seulement après que tous soient morts et qu’elle y ait laissé une partie de son corps, c’est un contact avec la mort qui ramène Jean-François vers sa fille).

Donc, les principaux « trous » à combler dans l’œuvre de Côté, en tout cas ceux qui sont le plus flagrants ou dérangeants, concernent cette mort, source de mystère. C’est dans ces moments que ses films flirtent le plus ouvertement avec le genre, qui n’est jamais trop loin mais qui ne se manifeste franchement que le temps d’un plan ou deux. Il y a quelques traces du polar qui traînent ici et là dans Curling et dans Elle veut le chaos, mais elles s’effacent bien vite parce qu’elles mènent vers des avenues inutiles. Il ne s’agit pas d’une entreprise de séduction ou de création d’attentes spectatorielles de la part de Côté qui s’amuserait ensuite bien malignement à les décevoir, comme on a pu le dire souvent, il s’agit tout bêtement d’une manière de mettre en scène la mort en en conservant l’effet de choc et de déstabilisation (ce qui permet aussi d’éviter le pathos, dans lequel on tomberait aisément si on nous expliquait la nature exacte de la relation entre Jean-François et la mère de Julyvonne en prison). On exagère largement (le cinéaste le premier d’ailleurs) cet effet de dépaysement que les films de Côté susciteraient et qui ne concerne quant à moi que quelques moments particuliers plus que l’œuvre entière, en réalité ses films suivent une logique et une progression assez nette, même si on est loin d’un cinéma disons « grand public » (à vrai dire, cette impression provient de mes seconds visionnements en vue de l’écriture de ce texte, et mes souvenirs de ces films correspondent plus à cette idée que l’on a d’un cinéma radical et hautement inusuel – je ne pourrais dire si c’est de savoir ce dans quoi je m’embarquais qui m’a fait voir une cohérence qui ne m’était pas apparue la première fois ou si ce sont mes souvenirs qui étaient déformés par tout ce qui a pu se dire sur ces films).

Il y a donc dans l’œuvre de Côté une cohérence qu’on lui refuse souvent quand on note que tous ses films sont différents, ce qui n’est que bien superficiel. Au-delà de tous ces thèmes récurrents, j’étais tenté tout le long de ce texte d’ouvrir l’idée de marginalité qu’il présente à une dimension politique qui représenterait le Québec, ce que ses films invitent à faire (par l’importance du lieu entre autres, souvent singulièrement québécois), particulièrement dans le cas de Curling, ce personnage replié en son hiver et fermé au reste du monde m’apparaissant très proche de la perception que j’ai du Québec contemporain, mais je laisse à d’autre cette idée que je ne saurais moi-même développée proprement. Ce qui est plus sûr, c’est que Denis Côté ne fait pas que ces films individualistes et repliés sur ses personnages qu’on lui reproche parfois, de simples portraits de marginaux sans portée plus large, puisque son regard sur l’individu concerne avant tout son rapport à la société (nécessairement en fait, les termes individu et société s’impliquant l’un l’autre). S’il occupe une place particulière dans notre filmographie présentement, ce n’est pas seulement parce qu’il est l’un de nos plus fidèles représentant à l’international, ce qui n’est gage d’aucune qualité, ou parce qu’il serait « chef de file » de ce renouveau du cinéma québécois, un titre qu’on lui a souvent assigné sans trop le justifier, ou parce qu’il fait un cinéma différent de ses pairs, plus ouvertement « cinéphile » dit-il lui-même, mais c’est bien en vertu de ces réflexions identitaires et sociétales qui sont particulièrement pertinentes en notre communauté québécoise.

26 commentaires sur “À la frontière de la marginalité, le lieu chez Denis Côté”

  1. Aux confins du juste milieu, leadership et subversion chez Réjean Tremblay

    Dans son essai fondamental sur la culture québécoise (« Moi, l’essentiel et le reste »), Richard Martineau posait les bases d’une reconsidération en règle de l’oeuvre de Réjean Tremblay, un corpus dont la cohérence thématique et narrative est d’autant plus frappante qu’elle s’impose indépendamment des réalisateurs qui l’ont portée à l’écran et des milieux où elle s’est incarnée; de la salle de rédaction de « Scoop » aux régies de « Réseaux », en passant par le « Casino » qui donne son titre à ce qui reste sans doute son œuvre la plus forte et la plus personnelle (une réflexion sur le jeu, le hasard et le destin que je qualifierais de quasi-dostoïevskienne, si je ne craignais d’attirer les railleries vengeresses des persifleurs de coulisses).

    Pour convaincre les sceptiques (et il y en a toujours, même face à une oeuvre aux mérites aussi évidents), il faudrait analyser ces séries une à une, ce que je n’ai malheureusement ni le temps, ni l’espace pour faire ici. J’écarte aussi presque complètement de cette analyse les premières années de « Lance et compte » et de « Scoop » (pourtant fondamentales) car elles furent écrites en tandem, d’abord avec Louis Caron, puis avec Jacques Jacob, et finalement avec Fabienne Larouche – une scénariste au talent moindre, certes, mais digne d’une analyse tout aussi fouillée (voir mon prochain essai : « Virginie : enseignement, rites de passage et matriarcat dans le Québec post-moderne »).

    Pourtant, la signature du maître est évidente dès ses débuts, qu’il travaille avec d’autres ou en solo, sa manière distinctive de creuser le non-dit sous les banalités d’usage se manifestant puissamment d’une œuvre à l’autre, de même que sa prédilection pour les intrigues dont la communication est l’enjeu apparent et explicite, masquant un autre – moins flagrant et plus cinématographique : celui du transfert du territoire et, surtout, des valeurs qui s’y rattachent, enjeux classiques du septième art depuis ses tout débuts, particulièrement dans le domaine du western…

    Je m’attarderai donc ici à la principale figure évoquée par Martineau, celle du cowboy solitaire, justicier en marge de la loi, figure mythique du Far West, dont Tremblay offre, d’une série à l’autre, une reinvention audacieuse et typiquement québécoise (saguenéenne, serait-on même tentés d’ajouter), qui non seulement adapte mais transcende une formule classique pour en façonner une reconstruction puissamment locale d’un grand mythe américain, mythe qu’elle relativise et commente à la fois (avec un sens si subtil de la dérision qu’il aura échappé à la plupart de ses contemporains) ; les héros subversifs du « Masque », de « Paparazzi », de « Réseaux » et de « Miséricorde » étant perpétuellement tiraillés entre le leadership et la soumission, l’individualisme et l’esprit d’équipe, l’appel du succès à l’américaine et les vertus ancestrales de leur fond judéo-chrétien. Déchirement qui s’incarne en termes visuels (car malgré ses grands talents de dramaturge, Tremblay est d’abord et avant tout un auteur essentiellement visuel – un des rares dont le Québec puisse vraiment se targuer) par le conflit qui oppose ces personnages prisonniers d’un décor qui les surdétermine (la patinoire, l’hôpital, le couvent.. ) mais dont ils s’échapperont violemment pour redécouvrir leur nature (d’abord, celle des grands espaces, puis celle, plus profonde et plus vraie, dont ils sont les porteurs inconscients et secrets)…

    On emploie souvent à tort, comme nous allons le démontrer, le mot « quétaine » lorsque l’on parle de l’œuvre de Réjean Tremblay. Cette confusion s’explique sans doute par le fait que l’univers de l’auteur, ses personnages et les interprètes qui les incarnent s’inscrivent pleinement dans un mode de production si dominant qu’il est facile de ne pas en mesurer la pleine charge subversive. Or, nous verrons que cet emballage faussement télévisuel cible en fait précisément, et avec beaucoup de finesse, ce que Tremblay dénonce de l’intérieur : le rapport du Québec moderne à ses temples du succès et de l’argent, que seule la redéfinition des notions de leadership et de soumission peut permettre de réinventer ou de « reconquérir », pour reprendre le sous-titre un peu trop manifeste du dernier volet de « Lance et compte ».
    Nous verrons d’ailleurs que le rapport territorial que l’auteur établit d’emblée entre ses personnages et les cadres archi-formatés auxquels il semble les confiner (le Colisée, l’Urgence, le Casino…) est en fait un leurre singeant habilement les formules narratives hollywoodiennes afin de mieux les court-circuiter, voir les dynamiter de l’intérieur; qu’il s’agisse de Michel Gagné (Roy Dupuis), l’ambitieux journaliste désirant venger son père dans « Scoop », ou de Stéphane Dumas (Guillaume Lemay-Thivierge), l’ambitieux joueur désirant venger son père dans « Casino », le héros tremblayien est toujours un justicier qui s’ignore et un marginal qui ne s’assume pas, contraint par les circonstances à occuper une position centrale (il devient, parfois littéralement, le « joueur de centre »), position qu’il perd et devra inévitablement reconquérir via un retour à son territoire originel (celui du père, des ancêtres, du Québec profond dont la redécouverte – physique et existentielle – formera l’essence souterraine d’un drame dont l’intrigue ne représente que la portion visible).

    De fait, le récit tremblayien embrasse les lieux symboliques du Québec moderne (la salle d’urgence, l’aréna de hockey, le casino…) pour mieux souligner le désespoir profond que cache la réussite matérielle de ses protagonistes et leur besoin quasi-animal de reconquérir l’espace des ancêtres pour pouvoir « reprendre les choses en main » (formulation révélatrice employée à la fois par le chef de la rédaction de « Scoop », le directeur de l’hôpital d’ »Urgence » et même la mère supérieure de « Miséricorde » – oeuvre maudite et quasi-oubliée du canon tremblayien, positivement kieslowskienne par sa rigueur et son sens de l’épure, magnifiquement mise en scène par Jean Beaudin, qui reste sans doute le metteur en images – dans le sens fort du terme – qui a le mieux compris la manière singulière dont Tremblay s’attaque à la mythologie molle du Québec moderne pour mieux retrouver la force atavique des légendes du Québec d’autrefois).

    Ces quelques pistes de réflexion esquissées à la hâte devraient suffire à mettre en relief la cohérence qu’on refuse souvent à l’œuvre de Réjean Tremblay. Au-delà de ces thèmes récurrents, j’étais tenté tout le long de ce texte d’ouvrir l’idée de la subversion qu’il développe à une dimension politique qui représenterait le Québec, ce que ses oeuvres invitent à faire (par l’importance du lieu entre autres, souvent singulièrement québécois, dans son américanité même), particulièrement dans le cas de son dernier – et peut-être plus important – opus, « Lance et compte : la reconquête », œuvre majeure et film somme, qui explose en un même drame les tropes existentielles de l’auteur en une proposition télévisuelle si extraordinairement pointue qu’il fallait une version cinéma pour toutes les explorer. Mais je laisse à d’autres cette idée que je ne saurais moi-même développer proprement ici, faute d’espace et de temps. Du reste, si l’expérience a prouvé une chose, c’est que l’œuvre de Tremblay avait besoin de recul pour trouver tout son sens, et la revisiter à chaud, quelques jours à peine après la sortie de ce dernier opus, serait une tâche passionnante, certes, mais pour l’instant trop hasardeuse.

    Ce qui devrait être clair, en revanche, c’est que Réjean Tremblay ne se contente pas, comme on le lui reproche parfois, de créer des personnages « clichés », sans portée plus large, puisque son regard sur l’individu concerne avant tout son rapport à la société (nécessairement, en fait, les termes individu et société s’impliquant l’un l’autre). Si Réjean Tremblay occupe une place particulière dans notre culture présentement, ce n’est pas seulement parce qu’il est l’un de nos plus brillants auteurs et critiques sociaux, mais c’est bien en vertu de ces réflexions identitaires et sociétales qui sont particulièrement pertinentes en notre communauté québécoise.

    Écrit par Corbeil
  2. Tout ça est bien rigolo, mais j’aimerais savoir ce que ça prouve.

    Soit vous êtes sérieux (ce qui est possible, je ne connais rien à Tremblay, peut-être que j’omets un artiste majeur, qui sait?), alors j’aimerais savoir en quoi la pertinence de Tremblay est reliée à celle de Côté, en bien ou en mal, que sais-je.

    Soit vous usez de ce qu’on appelle généralement l’ironie, dans ce cas j’aimerais savoir en quoi votre capacité à écrire des conneries sur Tremblay prouve que j’en ai écrit sur Côté, à moins bien sûr que je me trompe et que vous ne tentez pas de me répliquez d’une quelconque façon et que vous tenez seulement à parler de Tremblay pour souligner la sortie de Lance et Compte.

    Écrit par Sylvain Lavallée
  3. Sylvain,

    Vous êtes parfois désespérant!

    Pour répondre à votre question (et j’ai peine à croire que vous me l’ayez posé sérieusement), j’usais effectivement de « ce qu’on appelle généralement l’ironie », pour reprendre votre formulation ampoulée…

    Je serais d’ailleurs tenté d’ajouter (mais j’hésite un peu à le faire, car ça pourrait avoir l’air méchant et je ne veux pas l’être, d’autant plus que malgré nos différences, je vous respecte et vous lis généralement avec intérêt…), bref, j’ajouterais que lorsqu’on peine à différencier un pastiche d’un original et qu’on ne sait plus distinguer l’ironie de la sincérité, eh bien, oui, on peut bien prendre 3000 mots pour analyser les films de Denis Côté!

    Mais pour revenir à votre question et essayer d’y répondre clairement, je vous dirais que j’essayais, dans mon petit texte, de démontrer par l’absurde qu’on peut trouver une cohérence thématique à presque tous les corpus: les films de Denis Côté, certes, mais aussi les romans de Barbara Cartland, l’oeuvre musicale de Sylvain Cossette, la saga Twilight, les Boys et même (eh oui!) les séries de Réjean Tremblay.

    Et après?

    Un corpus peut-être parfaitement cohérent et être complètement dépourvu d’intérêt. La rigueur, les cadres ciselés, les « propositions pointues », les références en-veux-tu-en-v’là, c’est bien beau, mais ça ne suffit pas à faire un film (du moins, pas de ceux qu’on prend plaisir à voir et à revoir, à analyser et à revisiter).

    Que l’oeuvre de Denis Côté soit traversée de thèmes développés de film en film est une chose aussi incontestable qu’évidente, et vous enfoncez une porte ouverte en cherchant à le démontrer aussi lourdement. Mais la cohérence thématique, le développement formel, les échos et les liens qu’on peut trouver d’un film à l’autre ne sont pas, en eux-mêmes, gage de quoi que ce soit, Et je pense qu’une analyse doit, au delà des recoupements thématiques et des références, communiquer quelque chose de ce que son auteur a ressenti en voyant l’oeuvre, ce en quoi elle l’a marqué, bouleversé, interpellé. C’est dans cet espoir que j’attendais votre texte, et c’est dans cet espoir que je l’ai lu et relu.

    Or, en le lisant, je n’ai jamais senti ce qui vous allume en voyant ces films; ce qui vous stimule, ce qui vous interpelle, ce qui vous donne envie de les revoir ou de nous faire partager votre intérêt pour eux. Pas de scènes marquantes, pas de répliques chéries, pas de moment d’acteur, pas de mariages d’images et de sons, pas de moments de choc esthétique, pas de révélation intellectuelle, pas d’ivresse sensorielle, pas de coups de coeur et pas d’émotion (plastique ou autre). Rien qu’une analyse systématique et procédurière (menée avec l’enthousiasme d’un vérificateur fiscal – peut-être la faute du rhume?) qui vise à prouver que, oui, il existe une cohérence thématique dans l’oeuvre. Comme si ces vertus (qui vous semblent « objectives ») étaient plus importantes que les autres (qui vous semblent « subjectives »).

    Mais si le plaisir du spectateur n’est pas tout, il n’est pas rien non plus. Et à se réfugier derrière des analyses aux critères prétendument objectifs, la critique ne cesse de creuser le fossé qui la sépare du public (et pas juste du « grand » public mais aussi du vaste bassin de cinéphiles ouverts et curieux qui se déplaçaient jadis pour voir des films qui lui parlaient encore, mais qui ne se déplacent plus – et je les comprends! – pour voir des films stériles et repliés sur eux-mêmes, des spleens d’ados attardés qui jouent à se trouver « dark » et « heavy », mais qui, dans le même souffle, se plaignent d’être seuls et incompris, comme l’ado qui envoie chier ses parents, puis revient penaud quêter un peu d’argent de poche avant de sortir. Et incidemment, « La convention derrière l’audace » m’aurait semblé un bien meilleur titre pour votre analyse des films de Côté que pour votre chronique de cette semaine, mais je m’éloigne du sujet…).

    Franchement, j’ai peine à croire que l’homme qui a jadis mis une photo des « 400 Coups » pour s’identifier sur son ancien blogue, puisse trouver du plaisir à regarder ou à analyser des films aussi chiches et avares en satisfactions, aussi singulièrement dépourvus de choses que l’on a envie de revoir ou de revivre, aussi méprisants (à la fois pour leurs personnages et pour leur public), bref, aussi désespérément vides (et, oui, Sylvain, je sais que ce mot vous agace et vous agresse, mais je ne prendrai pas 3000 mots de contre-analyse obstructionniste pour le justifier – tout le monde sait très bien ce qu’il veut dire et en quoi il s’applique à des films qui ne semblent nourrir personne, à commencer par leurs « admirateurs », étrangement silencieux suite votre analyse…).

    Si vous avez effectivement pris plaisir à voir ou à analyser ces films (et j’ai vraiment du mal à croire que ce soit le cas), grand bien vous fasse.

    Mais à voir les salles désertes et l’absence de commentaire qui a suivi votre texte, il semble bien que je ne sois pas le seul à être resté sur ma faim…

    Écrit par Corbeil
  4. Corbeil, j’ai souvent pensé que le critique ne pouvais PAS transmettre la valeur profonde d’une oeuvre par des mots. L’une des choses essentielles qui lui est accessible, par contre, c’est de nous mettre en contexte puisque sans le contexte il est presque impossible d’apprécier une oeuvre. La raison d’être d’un texte analytique est là, il me semble.

    Ceci dit il n’y a peut-être pas d’interprétation ultime, claire et limpide sur l’oeuvre de Côté qui puisse être tirée d’un texte d’analyse (moi de toute façon je n’ai vu que Curling). Qui sait, il y a peut-être aussi dans Curling un pied-de-nez aux sur-interprétateurs qui voient du sens dans chaque brin d’herbe qui bouge (ou, dans ce cas-ci, dans chaque cadavre caché) dans le sens ou un artiste n’a pas à rendre de compte aux spectateurs en soif de vraisemblance. Et il ne sera pas surprenant qu’un pied de nez suscite peu de réactions affectives en retour (d’ou les salles vides?).

    S’il n’y avait que cela, moi le cinéma de Côté me plait déjà avant de l’avoir vu. Mais encore là tout cela ne sont que des mots. Si les mots correspondent à quelque chose de profond et d’unique, on ne peut le savoir avant d’avoir vu la chose en question. D’ou la possibilité qu’un discours analytique sur le cinéma de Côté ait la même forme ou à peu près qu’une blague ironique sur les séries télévisées de Réjean Tremblay, tout en ayant une signification différente.

    Écrit par Agathe Hourst
  5. @Corbeil

    L’ironie, je la sentais, ne vous inquiétez pas pour cela, je vous ai relancé sur un ton tout aussi ironique: le problème avec votre pastiche, c’est qu’il faut que je devine les intentions derrière, que j’y débusque les arguments camouflés. Je n’ai pas vraiment envie de répliquer à des arguments cachés. Là, vous les exprimez, c’est ce que j’attendais.

    Oui, on peut trouver une cohérence thématique à toutes les oeuvres, j’en suis aussi persuadé que vous. Oui, je suis resté en retrait dans ce texte, je n’ai pas parlé de moi, si vous lisez ce blogue régulièrement, vous ne devriez pas être trop surpris. Je viens d’écrire sur Memento de la même manière, j’ai abordé Eastwood de façon semblable (et là on parle d’un de mes réalisateurs préférés et je me suis permis qu’une ou deux phrases plus appréciatives). Maintenant, si vous ne voyez pas l’intérêt de définir cette thématique, je ne sais pas quoi vous dire. Quand même, je ne fais pas que dire « Côté est cohérent », ce serait effectivement vain, j’essaie de montrer en quoi et comment. Vous trouvez ça lourd et procédurier, j’imagine que si j’avais dit « Côté utilise le lieu pour caractériser ses personnages », sans aller plus loin, vous m’auriez reprochez de ne pas prouvez ce que je défends. Là, j’ai été il me semble assez précis. Vous pouvez être en désaccord, ça c’est une autre question, mais je comprends pas pourquoi l’approche thématique, formaliste et détachée, est sans intérêt. Moi, ça m’intéresse de savoir comment un film fonctionne, au-delà de ses qualités et de ses défauts.

    Ce qui me stimule? Je n’aurais pas écrit sur un auteur qui ne m’intéresse pas, personne ne m’a forcé à écrire sur Côté. Tout ce qu’il y a dans mon article, ça me stimule. Le plaisir du spectateur n’est pas rien, mais je n’ai pas toujours envie de le mettre de l’avant. Un regret tout de même: j’ai trop négligé Curling, que je voulais approfondir, justement parce que ce film, ben je l’ai vu deux fois et il m’a fait pleuré deux fois. Et il m’a aussi fait rire. Mais je n’ai pas toujours envie de parler de mes larmes ou de mon émoi.

    D’ailleurs, je n’aime pas trop que vous présumiez de mon plaisir: pourquoi n’ai-je pas le droit d’aimer à la fois les 400 Coups et Curling? Pourquoi aussi prêter des intentions au silence des « admirateurs » de Côté? Sauf exception, les commentaires sont rares ici. Qu’est-ce qui vous permet de croire que ce silence-ci est plus éloquent? Je n’y vois rien d’étrange, c’est une habitude. D’ailleurs, vous dites me lire souvent, mais c’est la première fois que vous réagissez, je peux tourner la question à l’envers, pourquoi faites-vous de Côté votre cheval de bataille?

    Écrit par Sylvain Lavallée
  6. Je suis en train de relire un passage de l’histoire de l’Art de E. Gombrich. On y parle d’une statue de la Vierge et de l’Enfant faite au 14e siècle, à peu près en ces termes : « elle voulait (…) éveiller la tendresse et l’amour ». Maintenant, si je dis la même chose d’une chanson d’Isablelle Boulay, c’est-à-dire qu’ « elle voulait éveiller la tendresse et l’amour », ça n’implique évidemment pas les mêmes conclusions en terme de qualité esthétique ou de subtilité, etc. malgré le fait que j’en dise à peu près la même chose. Si la statue m’émeut et que la chanson d’Isabelle me laisse perplexe, c’est en vertu de raisons profondément internes qui n’ont pas toujours grand chose à voir avec la qualité objective de l’oeuvre. Il serait assez périlleux de conclure de la supériorité d’une oeuvre sur la base des seules émotions qu’il me donne, aujourd’hui, dans tel cinéma, à telle heure et avec telle paire de souliers.

    Écrit par Agathe Hourst
  7. Voilà qui est bien déprimant.

    On s’attendrait à ce qu’une « critique » soit le lieu d’expression d’un sujet dans sa rencontre avec un objet d’art. On se retrouve avec de la description flate, qui tourne à vide comme les films qu’il décrit tournent à vide, et où le sujet n’ose jamais se prononcer dans quelque jugement esthétique que ce soit, et qui plus est, ajoute que ce dont il parle, ça l’«excite». Ben vous êtes le seul, je crois.

    Et à part ça, la « valeur objective » d’une œuvre, vous y croyez vraiment? Que vaudrait-elle s’il n’y avait personne pour la regarder et en ressentir quelque chose?

    La démarche en forme de coups de gueule d’une Pauline Kael honore bien plus la fonction et l’éthique de la critique que ce que vous faites en vous croyant le gardien de la rigueur, et je classe parmi les sorties qui honorent le discours critique l’ironie pasticheuse de « Corbeil » (car, quoi qu’on en pense, Jipi n’est pas Corbeil.)

    J’y vois au moins la présence d’une langue vivante et libre, qui comprend l’humour, qui peut dire des choses sérieuses avec le sourire alors que vous dites des choses risibles avec la gueule d’enterrement d’une police du langage obstructionniste, qui semble croire qu’il n’y a pas moyen d’ouvrir la bouche avant d’avoir bien pesé le pour et le contre, et repéré toutes les définitions dans le dictionnaire. C’est MORTEL, et c’est contraire à tout ce que la langue peut offrir de liberté et d’invention.

    Vous pensez qu’en s’abandonnant à l’humeur on ne sait plus de quoi on parle, pauvre de vous! C’est souvent le contraire, je crois, qui arrive, pour peu que l’affect vise plus loin, et plus profond, que le confort d’une paire de souliers, d’un siège de cinéma, du temps qu’il fait. Mais ça, c’est le problème de Mme Hourst, ou d’une Sonia Sarfati (tiens), mais c’est loin d’être celui de tout le monde.

    Écrit par Jipi
  8. @Jipi

    Ohlala, on lit bien ce qu’on veut entendre. Où ai-je écrit qu’en s’abandonnant à l’humeur on ne sait plus de quoi on parle? Avez-vous déjà feuilleté un peu ce blogue? C’est le sujet d’à peu près la moitié, sinon plus, de mes articles, et il n’a jamais été question de réfuter la subjectivité, au contraire! Non, je ne crois pas à « l’objectivité » de l’oeuvre, d’ailleurs où ai-je écrit cela? Décrire une oeuvre « objectivement », comme je l’ai fait ici, ça ne veut pas dire que le seul discours valable est celui-là, ça veut seulement dire que c’est celui que j’ai employé, et que je crois qu’il a son importance. Gardien de la rigueur, ça me fait bien rire, il n’y a pas grand chose de moins rigoureux que ce blogue, qui part dans toutes les directions, qui suit une pensée sans réelle structure, qui dit une chose une semaine et son contraire la suivante! Désolé pour l’humour, je placerai une blague pour vous la semaine prochaine si ça peut vous faire sourire.

    En pensant, et je dis ça pour Corbeil aussi, je n’ai jamais prétendu faire de la critique sur ce blogue, sauf quelques rares exceptions, et mon texte sur Côté n’est certainement pas de la critique. C’est une analyse, alors non il n’y a pas l’expression de ma rencontre avec l’art, ce n’était pas le but. Désolé de vous décevoir, ce n’est pas ce vous attendiez, mais un jour il faudra m’expliquer pourquoi ça vous choque tant que ça que je n’écrive pas en grosses lettres grasses J’aime le cinéma de Denis Côté, car il semblerait que c’est tout ce que vous voulez.

    Écrit par Sylvain Lavallée
  9. Ben, j’ai un peu assimilé vos propos avec ceux de de Mme Hourst. Difficile de savoir qui est qui dans la web-o-sphère de toutes façons. Je vous délivre mes excuses en rampant.

    Pour avoir feuilleté ce blogue, quand même (peut-être pas assez), je reconnaîs souvent à la base de votre travail un souci de remettre votre ouvrage (donc votre regard) sur le métier; cela vaut mieux que bien des prétentions à la certitude (mais, enfin, pas toutes).

    Cependant, le billet en question ici, il pêche quand même par ce refus, cette pudeur à ne pas vouloir se prononcer, à se mettre à l’écart de l’objet (bon, ici, sous le prétexte qu’on fait une analyse), donc à ne pas s’engager personnellement dans la relation du rapport qu’on peut avoir avec lui, et de fait ça semble une version seulement un peu plus savante que cette pléthore de critiques où l’on sent le même genre de prudence. Et, oui, cela semble assez caractéristique de la réception de ses films, et franchement on peut se demander pourquoi.

    Écrit par Jipi
  10. + plus: veux pas savoir si vous aimez le cinéma de Côté ou pas, mais pourquoi. Là-dessus, vous, les autres, etc.; silence radio.

    Franchement, ses films disparaîtraient demain de la carte du cinéma et il ne manquerait à personne.

    Écrit par Jipi
  11. @Jipi

    Ok, alors, c’est pas trop compliqué: j’aime Côté à cause de ces thématiques que je voulais analyser dans mon article. Moi, j’aime bien le voir travailler sa relation de personnage au lieu. Il n’y a là rien de bien original, mais Côté radicalise la proposition en mettant rien dans le personnage et tout dans le lieu. C’est-à-dire, pas de psychologie, pas de motivation, à peine des objectifs, mais Côté prend le lieu, l’environnement, lui donne une substance qui reflète le personnage. Bon, vous n’allez pas être d’accord qu’il y a de la substance dans ses lieux, moi je la sens la cour à scrap de Colmor ou l’hiver de Curling, et ça je ne peux pas vraiment l’expliquer. Ceci dit, je n’aime pas tous ses films: si vous avez lu, l’un des rares jugements que j’ai émis dans mon article concerne Carcasses, et je dis que c’est ennuyant. Oui, ça m’a ennuyé Carcasses, mais je trouve quand même le film intéressant et pertinent, et ce n’est pas la première fois qu’un film m’emmerde et m’interpelle en même temps, il y a des tonnes de chef d’oeuvres consacrés qui m’ennuient mais dont je suis capable de voir l’importance (je ne dis pas que Carcasses est un chef d’oeuvre, on s’entend). Maintenant, Curling: Emmanuel Bilodeau me fait pleurer dans ce film quand il quitte sa fille. Le plan est beau, l’interprétation est forte, la situation tendue. Il y a là un gars qui se prend en main, qui réalise qu’il a besoin de changement, et qui se donne le temps pour le faire. C’est rare qu’on a la chance de voir du monde penser ou hésiter au cinéma, alors moi j’en profite. En plus son geste est maladroit (il laisse sa fille tout seul bordel), il est à la fois idiot et nécessaire. La mise en scène est simple dans ce film, directe (vous allez dire paresseuse), parce qu’elle se contente de regarder Bilodeau, parce que tout est dans son jeu. Pour moi, c’est une grande interprétation et le film le lui rend bien, la caméra sait se placer pour profiter de ce que Bilodeau peut donner. Je n’ai pas besoin de plus pour trouver de l’intérêt à ce film. Voilà pour ma critique expéditive mais honnête.

    Pourquoi je n’ai pas mis ça dans mon article? C’est con, mais je n’ai pas eu le temps. Il y a une tonne de trucs qui me sont venus en écrivant alors je me suis lancé dans une direction qui n’était pas celle prévue, je l’ai suivi jusqu’au point où il était trop tard pour changer de cap (c’est le cas de bien des textes sur ce blogue d’ailleurs). Alors j’ai rayé tout ce qui tenait de l’expérience de l’oeuvre pour finir avec un texte un peu plus cohérent, j’ai rajouté en intro que je ne parlais que de thèmes pour établir dès l’abord que je ne faisais pas de critique, pour qu’on ne me reproche pas de ne pas le faire (ah!) et j’ai rajouté à la fin que tout ça était pertinent sans vraiment le prouver simplement parce que j’avais besoin d’une conclusion… Voilà pour ma prétendue rigueur! Pas de complot, pas de malhonnêteté ou de cachotterie, je n’ai pas écrit J’aime Denis Côté en grosses lettres grasses parce que finalement l’écriture m’a mené ailleurs. Je ne devrais pas à avoir à expliquer l’origine d’un texte, mais il semble qu’il faut le faire pour éviter de se faire dire qu’on écrit sur quelqu’un que dans le fond on hait profondément et qu’on ne veut surtout pas le dire, parce que mes amis critiques me regarderaient tout croche si je le faisais…

    Et on rayerait de la carte demain 99% des films que j’ai vu que ça ne me ferait pas un pli. Côté se trouve dans la majorité, mais il n’a pas à se plaindre, il est très bien entouré.

    Écrit par Sylvain Lavallée
  12. Eh ben voilà, M. Lavalée, enfin parlez-vous correctement. Je ne dis même pas cela ironiquement; voilà que vous dites quelque chose où vous vous engagez personnellement et du coup vous le faites rayonner sur l’œuvre, où je peux reconnaître que vous ne vous fourvoyez pas; l’investissement complet du lieu au détriment du personnage et ses motivations est en effet quelque chose de prégnant dans ses films, c’est de plus (il n’est pas le seul à le faire) une démarche qui peut apporter des résultats fascinants et qui m’interpellent beaucoup. Bon, moi le résultat qu’apporte Côté là-dedans ne m’intéresse pas du tout (la réception de ses films m’intéresse plus), et, oui, je trouve cela paresseux, mais n’est-ce pas là quelque chose qu’On peut trouver avec intérêt dans le rapport à la couleur et l’aliénation de Monica Vitti dans « Le Désert Rouge » par exemple.

    Et pour ce qui est de tâcher d’écrire quelque chose et être mené ailleurs en le faisant, je vous suis tout à fait, mais il y a des moments où ce qu’on met dans les chutes a plus de valeur (c’est mon avis). Pourquoi n’avez-vous pas commencé votre texte avec ça, au lieu de reporter le tout dans la grille des commentaires, et en plus en réponse à une provocation, ais-je envie de vous demander, mais bon c’est un drame qui est propre au fait d’écrire, et chacun a un ou plusieurs objets qu’il aime mais qui lui résiste, et qui lui fait passer à côté chaque fois qu’il essaie d’en parler, et lui fait dire un peu n’importe quoi, ou en tout cas des choses pas convaincantes.

    Moi il s’avère (et je ne suis pas le seul), que le cinéma de Côté (et ce qui l’entoure), est un des espaces, un des phénomènes qui ne sont pas de cet ordre, au contraire: je sais EXACTEMENT ce que j’en pense ET comment le dire. Cela se trouve que je ne l’aime pas, mais si je l’aimais et que je me trouvais dans la même situation (soit: savoir en parler), je mettrais tout en œuvre pour que ce que j’ai à dire ait à être entendu, d’autant plus que ça correspondrait à quelque chose, je crois, que j’aimerais entendre quelqu’un d’autre dire mais que je n’entends pas dire, de même que certains disent faire des films pour voir des films qu’ils ont envie de voir, mais qu’ils ne voient pas dans le cinéma. Je crois m’exprimer honnêtement ainsi (puisque, comme on sait, tout ce débat n’est qu’un alibi pour cacher des règlements de compte personnels et bassement motivés, si vous voyez ce que je veux dire.)

    Au reste, je suis d’accord avec vous aussi pour dire que Denis Côté fait partie de la majorité, donc des 99% qu’on rayerait de la carte demain sans que ça fasse un pli pour personne. Vous êtes bon critique. Ça a du vous échapper ça aussi! :-)

    Écrit par Jipi
  13. *Lavallée.

    De plus, vous comprendrez que je n’ai rien contre, moi, qu’on dise du bien des films de Côté, pourvu qu’on en dise du bien, bien.

    C’est rare.

    Ce qui n’est pas rare, c’est les quantités de conneries ou d’idées prémâchées qu’on entend et qui sont cueillies de la bouche même du fumiste, qui vous dispenserait lui-même de tout effort de penser ces objets que sont ses films. Par exemple, il dira: « mes films donnent la place au spectateur pour penser », les critiques reprennent: « c’est un film qui donne la place au spectateur pour penser, il y apporte des choses, c’est interactif », donc ne pensent pas, sinon qu’ils ajoutent après : c’est un peu plate quand même (mais ça doit être moi le problème) (et autres variantes du même énoncé: « film inhospitalier », « paraît deux fois plus long qu’Il ne dure » (Carcasses), etc, bref: chez Côté, c’est démarche + ennui tous deux garantis, presque à parts égales à chaque rendez-vous, et Dieu sait qu’il y en a souvent). Et c’est ainsi sans plus qu’une fraction de résistance « subjective » se manifeste avant de se résorber en s’excusant, inspirant des formules aussi inspirantes que farfelues, telle « A film as tought-provoking as it is sleep-inducing » (là je résume quelque chose que j’ai lu.)

    Bon, mais comme spectateur de film, il n’y a pas lieu de devenir un personnage de film de Côté devant un film de Côté, c’est-à-dire se désinvestir totalement à l’avantage du paysage de désolation qu’il capte en très longs plans plates. Il n’y a pas lieu (c’est le mot) de se laisser envahir, aliéner, dissoudre, complètement. On peut tenir à soi-même, porter la main à ses couilles pour voir si elles sont encore là et dire: c’est moi qui ai raison, et c’est de la merde!

    Car autrement, par exemple si l’œuvre compte tellement plus que la réaction du sujet qui regarde, pourquoi ne pas se laisser écrabouiller tout de suite par le contenu cette œuvre d’art contemporaine qui s’ignore qu’est la cour à scrap de Colmor (au fait, vous avez vu « L’Éternité en fin de compte »? sûrement que oui), ou aller pourrir parmi les cadavres gelés de « Curling », simplement pour aller se laisser subjuguer par quelque chose qui, soi-disant, nous dépasse, alors que tout ce qu’elle veut, c’est nous voir crever. Dis-je.

    Écrit par Jipi
  14. Vénération du plaisir dans l’inconscient contemporain

    L’attirance du citoyen global pour tout ce qui est plaisant, jouissif, doux au toucher, luxurieux, superlatif, botoxé, explosé ou supra-vitaminé aura contribué à la dévalorisation assez systématique de tout ce qui n’est pas énoncé en termes de stimuli sensible, dans le monde de l’art comme dans l’autre. Le corps végétatif du patient social, gras et frelaté, n’aura réagit à rien de moins, la nature des choses n’offrant plus de concurrence sérieuse à la série d’orgasmes carabinés fournis par le divertissement industriel (ou encore Sylvain Cossette).

    On espère que dans un avenir assez proche, on aura réussi à faire entendre Linda Lemay aux peuplades d’Afrique et qu’alors le parcours tumultueux de l’humanité vers le jardin d’Eden aura en quelque sorte attouché son terme.

    (Entretemps, la mèche contemplative de l’individu s’est encore raccourcie devant ce qui manque de sucre et de sel, et on n’ira quand même pas jusqu’à dire que c’est une mauvaise chose)

    Écrit par Agathe Hourst
  15. Merci, Jipi.

    Sur la réception critique, je suis comme vous mais dans la position contraire: qu’on dise du mal de Côté, je n’ai rien contre, mais qu’on le dise bien. Ok, les commentaires négatifs sur Côté surgissent toujours dans les commentaires de blogue et non dans les textes « officiels », il reste que l’argument principal utilisé par ce ou ces commentateurs anonymes, c’est que la réception critique des films étant vide, les films de Côté sont vides. Ce qui m’agace dans cet argument, c’est la présomption que les critiques sont malhonnêtes et qu’ils ne disent pas qu’ils se sont emmerdés, que pris au dépourvu et se sentant obligé d’aimer, pour une raison quelconque, les films de Côté, ils ne font que répéter ce que lui-même dit. Quand Corbeil me dit qu’il doute que j’ai vraiment aimé les films de Côté, ça me pique. Qu’on me dise que mon texte est de la merde, que je suis dans le champ, ça c’est correct, tant qu’on argumente sur mon texte et non sur ce qu’on croit qu’il y a de caché derrière. Les « c’est un peu plate quand même », c’est vrai qu’il y en a dans certaines critiques, mais pas toujours, et c’est les mêmes critiques en général qui ne savent pas plus décrire tout un pan du cinéma contemporain. J’aime mieux croire qu’ils sont incapables d’exprimer ce qu’ils aiment plutôt que de penser qu’ils mentent afin de faire partie de la gang. Je me trompe peut-être, mais je m’en fous, je ne vois pas l’intérêt de s’attaquer à l’expérience présumée d’un critique (ou de qui que ce soit). Quand vous dites ce que vous ressentez, même si je ne suis pas d’accord, je trouve ça correct, je ne viendrai pas vous dire qu’en réalité vous faites le contrarien, que vous avez aimé ça mais que vous ne voulez pas le dire parce que vous sentez le besoin d’attirer l’attention sur vous en disant le contraire des autres. C’est ce type d’arguments qui m’accroche, et qui traînent toujours dans les débats sur Côté, implicitement ou explicitement. C’est ce que vous sous-entendez quand vous dites que je réserve ma rencontre personnelle avec son oeuvre dans les commentaires, ou quand vous dites qu’à ma place vous mettriez tout en oeuvre pour exprimer exactement ce que je ressens sur Côté. Et bien l’article que j’ai écrit j’aurais bien aimé le lire de la plume de quelqu’un d’autre justement, mais là on ne s’entendra pas parce qu’il est trop détaché pour vous, mais moi ça m’allume ce genre de texte qui cherche à cerner comment un film fonctionne en dehors de ce qu’il peut faire ressentir ou non. Ça adonne que mon article concerne Denis Côté et le débat qu’on a présentement existe seulement parce qu’il concerne ce cinéaste et pas un autre, car j’aurais utilisé le même ton pour parler de Réjean Tremblay ou de Bela Tarr que personne n’aurait réagi de la sorte. D’ailleurs, je l’ai fait auparavant sur d’autres cinéastes, et silence-radio!

    Écrit par Sylvain Lavallée
  16. Corbeil, Jipi.

    Vous me decevez. Vous n’avez pas encore mentionné les tatouages de Côté, vous vous ramollissez.

    @Corbeil, votre pastiche de 1300 mots (sans compter les répliques subséquentes) m’inquiète. Il y a quelque chose qui relève de la fièvre, ou de la haine, ou autre chose, peut-être à vous de nous le dire. Mais faudrait fouiller. Et trouver ce qui vous alimente.

    Bien à VOUS.

    Jimmy

    Écrit par Jimmy D.
  17. @Sylvain

    Merci pour les réponses et la description de votre réaction personnelle à « Curling » (qu’il est effectivement dommage que vous n’ayez pu incorporer à votre analyse – pour les raisons que vous expliquez – car il me semble qu’elle l’aurait grandement amélioré, du moins à mon sens, votre papier)…

    Merci aussi pour votre tentative (une des rares avec celle d’Antoine Godin, que j’en profite pour saluer chaleureusement) d’examiner une oeuvre très médiatisée mais somme toute peu analysée (qu’on l’aime ou pas et que l’on apprécie ou non les rares analyses qu’elle inspire).

    Pour le reste, comme vos commentateurs soulèvent beaucoup de questions et que nous avons peu de temps (c’est le week-end, après tout, et nous avons tous – du moins, je l’espère – mieux à faire), j’irai à la question qui me semble la plus fondamentale, ou en tous cas, celle qui revient le plus souvent et que vous formulez ainsi: « Pourquoi faites-vous de Côté votre cheval de bataille? » (Ou, comme se le demandait Jimmy D. la semaine dernière, « Pourquoi choisir CE clou-là?).

    Eh bien je serais tenté de vous dire que si je « choisi » sur ce clou-là, c’est tout simplement parce que c’est celui qui dépasse le plus, celui sur lequel tout le monde s’enfarge le plus souvent (et là, je parle aussi de la critique locale, niaise au point de dire, dans « La Presse », par exemple, au sujet d’ »Espions », le premier film d’un ex-critique des « Cahiers du cinéma », « n’est pas Denis Côté qui veut », ou encore, dans « Le Devoir », en parlant du dernier film de François Delisle, qu’il intéressera « ceux qui aiment la démarche de Denis Côté ». N’importe quoi!)…

    Qu’on le veuille ou non (et ce n’est pas de faute, à moins que Jimmy D. ou CineK me blâment pour ça aussi), Côté est devenu le passe-partout d’une critique en mal de références, le sésame qu’on brandit en disant « cinéaste indépendant québécois, pur et dur ». Comme vous le disiez vous-même, Sylvain, à la fin de la première partie de votre papier, Côté « occupe une place singulière dans notre cinématographie, que l’on achète ce qu’il fait ou non ». Et c’est vrai: avec ses cinq longs métrages tournés en cinq ans, les prix qu’il a ramassé à Locarno, sa manière unique d’occuper – pour un oui ou pour un non – l’avant-scène des médias, Côté s’est en quelque sorte imposé comme le porte étendard et la figure la plus visible d’un cinéma dont il est devenu (que ses collègues en veuillent ou non) le porte parole. Mais un porte-parole méprisant pour tous ceux qui n’aiment pas son cinéma. Et c’est là que le bât blesse…

    Je ne compilerai pas le « worst of » des déclarations de Côté (je n’ai pas que ça à faire et vous les connaissez probablement comme moi) mais j’inviterai tout de même les curieux à revisiter un article récent du « Devoir », où Côté disait à Martin Bilodeau que si « Curling » n’avait pas mieux marché, c’était à cause de « Piché » et autres merdes du genre (qui n’ont pourtant pas empêché les films de Dolan de fonctionner, mais passons…). Et d’ajouter qu’il estimait avoir « relevé le défi haut la main » parce que son film (qui a coûté un million de dollars aux contribuables) venait de ramasser 11 000 $ au box-office.

    Voilà ce qui me dérange chez Côté: ce mépris total pour le goût et les choix des autres, et cette arrogance absolue face à ses propres « accomplissements »: « Si vous n’aimez pas mon film, c’est que vous n’aimez pas le cinéma pointu ». « On dira de mon film qu’il est le plus ci et le plus ça. » « Si vous n’aimez pas mon film, c’ est parce que Piché et les autres vous ont lavé le cerveau. » « Je suis un cinéaste pur et dur, celui qui prend le chemin le plus difficile, celui qu’on aime ailleurs et qu’on boude ici, on dit de moi que je suis patati et patata, etc… » Et merde!

    Vous voyez les autres parler comme ça? Cracher ainsi sur le public? Se mettre constamment de l’avant comme des exemples de tout et de rien? Moi pas… Ils font leurs films, les laissent parler pour eux et ne se disent pas que si on ne les aime pas, c’est parce qu’on est des demeurés qui ne connaissent rien au cinéma. Et c’est pour ça que « ce clou-là » me dérange pas mal plus que les autres, Jimmy (et d’ailleurs, ne vous en faites pas pour moi, je suis en excellente santé mentale et physique, et je n’ai pris qu’un petit deux heures et beaucoup de plaisir à écrire mon pastiche du texte de Sylvain).

    Et comme je m’emmerde profondément en regardant les films de Côté (que j’éviterais si tout le monde ne m’en parlait constamment), je le dis et l’écris (ce qui ne devrait pas déranger outre mesure les fans d’un cinéaste qui dit aimer la controverse, pour peu qu’ils soient capables de débattre et d’argumenter, au lieu de lancer des accusations gratuites…)

    Vous me direz sans doute qu’il faut savoir distinguer l’Homme de l’Oeuvre, qu’un créateur peut être quelconque et que sa création peut être admirable, et c’est vrai. Mais dans le cas qui nous occupe, l’homme et l’oeuvre m’inspirent tout deux les mêmes réserves, et je trouve les films de Côté aussi méprisants, nombrilistes, poseurs et prétentieux que les déclarations de leur auteur…

    Et, non, Sylvain, je ne vous suivrai pas dans une autre analyse visant à comprendre la manière dont le cinéma de Côté « fonctionne », car, pour moi, il ne « fonctionne » justement pas…

    Alors, nous voilà revenu à la case départ; vous allez me dire que ce sont là des arguments « ad hominem » alors que pour moi, ce sont les films de Côté qui sont « ad hominem », la persona médiatique du cinéaste étant en fait sa meilleure création.

    Je vous envoie donc cette réponse uniquement par respect pour votre démarche, tout en sachant très bien que mes arguments vous paraîtront irrecevables même s’ils me semblent, au contraire, aller directement au coeur du problème…

    Incompréhension mutuelle, dirons-nous? Sans doute.

    Reste qu’il est parfois dur d’aimer ce cinéma qui semble nous aimer chaque jour un peu moins. Et que les échanges de ce genre, qui jadis me réchauffaient le coeur en me rappelant que je n’étais pas seul à aimer ce que j’aimais, me font aujourd’hui l’effet inverse. Mais il est possible que nous nous rejoignions au moins là-dessus, quand je vois ce que Jipi et vous écriviez sur le « 99% des films » dont vous parliez plus tôt. Mais tout cela est bien déprimant en effet…

    Alors pourquoi continuer cet échange qui n’en est pas un? Pour continuer à me faire traiter de je-ne-sais-quoi par des gens qui ne sont pas foutus d’écrire trois lignes? Me faire dire que je devrais me faire soigner par Jimmy D. ou CineK (et ça, ça ne vous semble pas des accusations « ad hominem », mon cher Sylvain?) Franchement, j’ai mieux à faire et le cinéma n’est pas que ça, Dieu (ou Fellini, Tarkovski, Costa et les autres) merci!

    Alors, à un de ces jours, peut-être, à l’occasion d’une discussion qui sera, espérons-le, un peu moins stérile. Et bon cinéma quand même, quelque soit la forme qu’il prenne pour vous…

    Écrit par Corbeil
  18. @ Jimmy:

    «—Toué, tatoué!»

    (Alors, heureuse?)

    Écrit par Jipi
  19. @Corbeil

    Je ne crois pas que ce soit possible de débattre avec quelqu’un qui affiche autant de haine et de mépris. Ça va demeurer stérile, cher ami, parce que c’est perdu depuis le début. Personne n’a DEUX HEURES à consacrer à une telle argumentation. Il y a plus de films dans n’importe quel festival que j’ai le temps d’en voir dans une année. Je manque au moins la moitié des films que j’encercle dans les horaires hebdomadaires des cinémas. Juste dans ma bibliothèque il y a des films, que je n’ai pas encore vu, pour m’occuper pendant 2 ans. Sans compter ceux que je veux revoir. Alors tout ce temps, ces énergies, pour un seul cinéaste, ou un seul de ses détracteurs, ne me réchaufferaient point le coeur.

    Maintenant, si vous en voulez à Côté pour la façon dont il est présenté dans les médias, si vous êtes bien certain qu’il cherche lui-même toute cette visibilité, qu’il est toujours parfaitement bien cité, qu’il manipule les critiques avec agilité, on arrivera jamais non plus à débattre de ce dont vous l’accusez d’entrée, parce que c’est bien l’homme derrière les films qui vous agace. Le jupon a dépassée à la fin de votre dernier commentaire.

    De plus, ce type de discussion autour de Denis Côté (dont vous contribuez à en élever la légende à force de le sortir du lot comme vous le faites avec tant d’énergie) sont toujours perdues d’avance, peu importe le niveau de l’argumentation. Peu importe l’angle. Rien à faire contre un Corbeil, pas plus qu’avec un BigBadMeuf ou un Denis Hétu-Comtois. Quand la haine s’en mêle, vaut mieux battre en retraite. Et regarder le magnifique coffret des films de Costa récemment paru chez criterion.

    Jimmy

    PS: Je n’avais pas parlé de vous faire soigner, ni de votre santé. Comme quoi, on interprète bien ce qu’on lit comme on veut.

    Écrit par Jimmy D.
  20. Eh, vous y allez quand même un peu fort avec l’histoire du 99%. C’est pas comme si on parlait de la dernière saveur de chips qu’on a mangé. Moi, ça me ferait un large pli si 99% des objets d’art que j’ai vu s’effaçaient soudainement. L’art, c’est pas juste faire du beau ou du joli, c’est une extériorisation fantastique de l’âme d’une personne, ça doit être traité avec plus de respect je crois. Voilà pour la section vierge offensée.

    À propos de Curling, si on le montrait à un Papou qui n’a jamais vu d’effet spéciaux, qui ne sait pas ce qu’est un dialogue épique et pompeux ou qui n’a jamais entendu parler de plans en plongée ou contre-plongée, il en resterait très impressionné je crois. Les larges plans, le vent qui souffle, la personnalité repliée de Seauvageau, le tigre (le tigre!), qui sait?

    Il y a cette chose de fascinante dans le cinéma contemplatif qui pourrait nous convaincre que, malgré toutes nos connaissances, ou plutôt à cause d’elles, il est de plus en plus difficile de reconnaître dans nos gestes et nos paroles ce qui est prétentieux, narcissique, ou n’a d’autre but que de faire de l’effet. Il y a étonnamment une virginité du regard à reconquérir qui ne peut peut-être pas arriver par un autre moyen que l’art contemplatif ou minimaliste.

    En fait je crois que l’art contemplatif est une réflexion qui peut s’exprimer assez simplement. Si les personnalités et les états d’âme présentés dans Curling ont vraiment une valeur propre, alors il est superflu de donner aux images, au récit ou aux dialogues des attributs esthétisants. Et puis, je pense que si l’on veut réellement parler des personnes et des préoccupations derrière les personnages et non de soi-même, ce qui est toujours un danger, ces procédés sont à la limite indécents ou au minimum distrayants.

    S’il est possible de ressentir une satisfaction dans la fréquentation de ce genre oeuvres, c’est aussi par la redécouverte de la valeur intrinsèque des objets et des réalités qui nous entourent, en-dehors de leur capacité à se transformer en objet de jouissance.

    Écrit par Agathe Hourst
  21. @Corbeil

    Vous avez raison, on ne se comprendra jamais sur ce point, je ne vois dans votre argumentation que du ad hominem, alors que ce qui m’intéresse c’est pourquoi selon vous les films de Côté ne fonctionne pas. Si son cinéma est aussi méprisant, nombriliste et poseur que le cinéaste lui-même, il faut trouver comment cela se manifeste dans ses films, pas dans ses entrevues au Devoir. Ce qu’il dit dans les médias m’indiffère, si la critique a décidé d’en faire un emblème c’est son affaire et ça ne concerne qu’indirectement les films eux-mêmes. Je conçois que le discours critique autour de Côté mérite attention, que ce qui s’écrit sur ce cinéaste peut cristalliser des tics que l’on lit souvent à propos de films similaires, mais cela révèle avant tout certaines tendances de la critique, pas du cinéma. De plus, et ça c’est encore une autre question, certaines déclarations de Côté que vous trouvez méprisantes, moi je les trouve valables, et je ne trouve pas que Côté prend tant de place que ça dans les discours critiques, il n’est certainement pas à l’avant-plan en tout cas. Bon, discussion close, vous reviendrez faire un tour par ici, je vous en prie.

    @un peu tout le monde

    Je veux quand même préciser ce que voulais dire par 99%: je n’ai dit pas que ça ne ferait pas un pli à personne, mais à moi personnellement. Bon, c’est exagéré, je voulais simplement dire que les oeuvres qui me touchent profondément sont assez rares, celles que je veux garder près de moi pour toujours. Dans le 99%, il y a tout ceux que j’aime ou que j’admire, mais qui me rejoignent moins personnellement. Bon, ça me ferait au moins un pli, probablement plus d’un, mais je pourrais vivre sans Antonioni, Bergman, Kubrick, Costa, Côté, Herzog, Godard, des cinéastes qui ne m’ont jamais touché aussi fortement qu’un Nicholas Ray, un Weerasethakul ou un Tarkovski par exemple. 1% d’oeuvres véritablement marquantes, ça me semble une proportion assez juste. Il faut dire qu’en général, ce qui peut sembler étrange pour un critique cinoche, le cinéma m’importe moins que la musique et la littérature, des arts où la proportion d’oeuvres marquantes serait autrement plus élevée.

    Écrit par Sylvain Lavallée
  22. Si je puis me permettre, je ne crois pas qu’il y ait lieu de disqualifier une rhétorique qui procéderait de la « haine » ou des arguments « ad hominen »; la première a déjà fait ses preuves (ex. Céline), les seconds peuvent démonter une argumentation en la retournant contre sa source.

    Pour Mme Hourst, quant à moi la « valeur objective » d’un objet, dans l’absolu, c’est bien celle de n’importe quel objet, n’est-ce pas? Une pierre, une mare de boue… et autres formes que peuvent prendre les atomes en s’agglomérant, voilà la neutralité des choses avant qu’un regard les découvre et en fasse une figure — donc pas toujours un « objet de jouissance », mais tout au moins un objet de pensée. Cette idée de valeur intrinsèque et/ou objective d’une œuvre d’art me paraît ce genre de notions qui accuse la prétention d’un certain discours esthétique à passer pour une science, à un moment, qui plus est, où cette quête de la « valeur objective » motive les expériences discutables de l’art conceptuel.

    Je ne vois pas qu’il y ait lieu de tout isoler, les œuvres du discours critique par exemple, car elles forment un ensemble, elles conditionnent aussi la réception des œuvres ; si, M.Lavallée, vous croyez presque une nécessité déontologique de la critique de ne pas tenir compte du paratexte, il me semble qu’elle se risque ainsi de passer à côté d’aspects importants ; comment regarder « Avatar », par exemple, sans oublier tout l’argument publicitaire (et non dénué d’influence) qui en a fait l’emblème de l’avenir du cinéma ? (Triste avenir) Prétendriez-vous que les critiques qui ont accusé la banalité du récit de ce film n’ont fait que répondre « ad hominem » à tout ce « buzz » ? La seule contemplation de l’objet est certes une approche possible, voire sensible, mais elle ne saurait être la seule sans qu’on risque, éventuellement, à se replier dans l’autisme puisque « le cinéma est aussi une industrie ».

    Je ne m’inquiète pas de l’avenir des arts minimalistes, cela dit. Je m’inquiète beaucoup plus de celles qui pratiquent la condensation, de celles qui cherchent à remplir leur espace avec un maximum d’éléments, qui ne prétendent pas que le « cinéma pur » doit forcément correspondre à des plans fixes de caméras de dépanneur ; la forme comme quasi-absence de forme. Il y a des cinéastes qui lisent des livres, qui s’intéressent à la peinture, à la musique, voire à l’histoire et la philosophie, et qui ont même des opinions politiques. Ils s’exposent mieux à faire des films qui non seulement pensent, mais qui comptent, aussi. La pureté, surtout au cinéma, n’est pas de ce monde…

    Écrit par Jipi
  23. @Corbeil

    Pourquoi ne pas faire profiter de votre immense savoir à la société, plutôt que demeurer relativement anonyme sur les blogues?

    «La Cinémathèque est à la recherche d’un directeur de la programmation et d’un chef de service des collections documentaires.»

    http://www.cinematheque.qc.ca/
    Voir section « Joignez-vous à notre équipe ».

    Écrit par Jimmy D.
  24. Bon, ok, suffit les attaques inutiles entre intervenants, c’est la dernière que je publie.

    @Jipi

    D’abord, je ne vois pas comment critiquer un argument publicitaire ou parler d’un récit banal serait une réponse « ad hominem ». Par quel sophisme pouvez-vous en arriver là? De deux, vous avez raison, on ne peut pas tout isoler, que je le veuille ou non j’ai regardé Avatar en me disant voilà l’avenir du cinéma, et si j’avais à en faire la critique, cette influence du marketing se ferait sentir d’une manière ou d’une autre. Par contre, on ne peut pas descendre Avatar sous le seul prétexte que l’avenir du cinéma serait bien pauvre si ce n’était que cela, que le marketing est trompeur, c’est quelque chose que l’on peut dire si on est capable de démontrer en quoi ce film représente un avenir si sombre, si l’on ne se contente pas de dire que les méchants publicistes nous ont traîné dans une salle de force avec leurs mensonges honteux. D’ailleurs, dans mon article sur Côté, je réponds plus ou moins implicitement à des trucs que j’ai lu ici et là et qui ne vienne pas de ses films, mais de son paratexte. Sauf que j’essaie de le faire en revenant toujours vers l’oeuvre, mon argument ne se limite pas à une critique de ce paratexte sans considération pour les films. Du moins c’était l’intention.

    Et je vous rejoins dans votre dernier paragraphe, quand vous dite que le cinéma « pur » ne se limite pas à des plans fixes et lents, comme on a trop tendance à le croire aujourd’hui. J’ai déjà mentionné cela auparavant dans certains textes, ça m’agace aussi cette insistance sur le « lent et pas de dialogue = cinéma » sous prétexte que le cinéma serait un art « d’image » (comme si les dialogues ne pouvaient pas interagir avec l’image!) Sauf exception, ce n’est pas mon cinéma préféré, je préfère encore un blockbuster intelligent et des oeuvres plus « classiques » à ce cinéma du lent ou de la contemplation ou peu importe comment on veut l’appeler. Il n’y a pas grand chose de mieux à mon avis présentement que des cinéastes ultra-généreux comme Bong Joon-ho, qui semble vouloir remplir ses films avec le plus d’émotions et de genres possibles.

    Écrit par Sylvain Lavallée
  25. Ça me va en tout cas, comme manière de fin (-next!)

    Écrit par Jipi
  26. Il y peut-être quelque chose de recevable dans la critique de Corbeil. Que sa vibrante réplique ad hominem correspond, ou est le négatif exact, d’une certaine louange ad hominem de Côté l’homme et non de Côté l’oeuvre. Quand on dit que Côté est un pur et dur ou je ne sais quoi, cela intensifie le discours sur l’auteur et il est surement bon qu’il y ait un équilibre ici comme là. Mais on s’entend que dans trente ans, tout ça aura disparu ou aura pris une importance bien relative. Alors, dans un sens ou dans l’autre, on gaspille sa salive.

    Jipi

    « Pour Mme Hourst, quant à moi la « valeur objective » d’un objet, dans l’absolu, c’est bien celle de n’importe quel objet, n’est-ce pas? Une pierre, une mare de boue… »

    Andy Warhol ajouterais « une boite de soupe Campbell ».

    Pour ce qui est de l’objectivité d’une oeuvre d’art, elle s’établit toujours en relation avec un autre objet qui lui est comparable. Je pense que dans ce sens là, on pourrait parler d’une objectivité relative. Évidemment qu’il y a des oeuvre qui sont objectivement supérieures à d’autres. Quant à dire si une oeuvre est objectivement « bonne », je ne sais pas si c’est possible ou si c’est même une question intéressante.

    Écrit par Agathe Hourst

“Car une chose est d’apprendre à regarder les films « en professionnel » – pour vérifier d’ailleurs que ce sont eux qui nous regardent de moins en moins – et une autre est de vivre avec ceux qui nous ont regardés grandir et qui nous ont vus, otages précoces de notre biographie à venir, déjà empêtrés dans les rets de notre histoire.” Serge Daney

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