“Car une chose est d’apprendre à regarder les films « en professionnel » – pour vérifier d’ailleurs que ce sont eux qui nous regardent de moins en moins – et une autre est de vivre avec ceux qui nous ont regardés grandir et qui nous ont vus, otages précoces de notre biographie à venir, déjà empêtrés dans les rets de notre histoire.” Serge Daney

Bilan 2010 Posted on 17 décembre 2010Leave a comment

“Car une chose est d’apprendre à regarder les films « en professionnel » – pour vérifier d’ailleurs que ce sont eux qui nous regardent de moins en moins – et une autre est de vivre avec ceux qui nous ont regardés grandir et qui nous ont vus, otages précoces de notre biographie à venir, déjà empêtrés dans les rets de notre histoire.” Serge Daney

(Paru sur le blogue de Séquences.)

L’année s’achève et voilà venu le temps des compilations, des discussions sur « ah non, X mérite la deuxième et non la troisième place, Y est bien meilleur que Z, etc. » En tentant de faire un top 10, parce qu’il semblerait que 10 soit la norme, je me suis vite rendu compte qu’il n’y avait pas 10 films cette année que j’avais vraiment envie de défendre (en ne considérant que les films sortis en salles au Québec en 2010, donc rien de visionné en festival). Il y a bien plusieurs bons films, l’année est moins pauvre qu’on l’a souvent répété, mais il y a très peu d’œuvres vraiment marquantes, peu de surprises, pas de coups de cœur ou presque; une qualité égale, mais trop lisse donc, trop confortable. Je me contente ainsi d’un top 4, pour les films qui ressortent vraiment du lot, auquel je greffe dans un ordre aléatoire les autres films qui m’ont plu, mais que j’hésite à placer dans une liste des meilleurs films de l’année pour des raisons diverses (entre autres, pour quelques-uns d’entre eux, le souvenir est trop lointain et certaines discussions tenues après les avoir vus me font croire que je les réévaluerais à la baisse si je les revoyais). Pour accompagner cette maigre liste, j’ai préparé ma propre remise de prix pour souligner les moments forts et moins forts de l’année, pour ressusciter quelques souvenirs, pour récompenser ou réprimander de façon bien personnelle ces films ou ces artistes qui ont marqué mon année cinéma 2010.

Top 4!

Oncle Boonmee d’Apichatpong Weerasethakul (pas de grosse surprise ici)

Le Ruban Blanc de Michael Haneke

Mother de Bong Joon-ho

The Social Network de David Fincher

Et le reste :

The Killer Inside Me de Michael Winterbottom (sortie en DVD seulement au Québec, un grand malheur)

Un Prophète de Jacques Audiard

Hereafter de Clint Eastwood

The American d’Anton Corbijn

Fish Tank d’Andrea Arnold

Les signes vitaux de Sophie Deraspe

Curling de Denis Côté

The Other Guys de Adam McKay

The Fighter de David O. Russell

The Ghost writer de Roman Polanski

Scott Pilgrim vs The World d’Edgar Wright

Les Amours imaginaires de Xavier Dolan

Et pour ma première cérémonie de remise de trophées maintenant (je n’ai pas trouvé de nom, alors si vous avez des suggestions…):

Mise en scène de l’année

Bong Joon-ho pour Mother ex aequo avec Michael Haneke pour Le Ruban Blanc

Meilleur acteur qui va passer inaperçu dans les remises de prix officielles

Casey Affleck pour The Killer Inside Me (qui a aussi le droit à la meilleure narration en voix off depuis le dernier film de Terrence Malick)

Mère de l’année

Hye-ja Kim dans Mother (évidemment)

Meilleur acteur dans son propre rôle

Mickey O’Keefe, l’entraîneur de Mickey Ward dans The Fighter ex aequo avec Leonardo DiCaprio, pour Shutter Island et Inception (il faudrait arrêter de lui donner le rôle du gars troublé qui vit avec un passé de regret et de culpabilité insurmontable, c’est un excellent acteur qui s’est enfermé récemment dans cette intensité réfrénée qu’il joue en réutilisant toujours les mêmes tics et expressions)

Scène la plus jouissive avec Mathieu Amalric

La scène au poste de police et l’interrogatoire dans Les Herbes folles d’Alain Resnais

Utilisation la plus douteuse d’acteurs québécois dans le rôle de personnages libanais

Incendies de Denis Villeneuve

Meilleure interprétation d’une quille triste

Emmanuel Bilodeau dans Curling

Meilleur film que je n’ai pas vu

Carlos d’Olivier Assayas

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Pire film que je n’ai pas vu

127 Hours de Danny Boyle (il y a sûrement pire, mais pourquoi s’acharner sur des films comme Marmaduke?)

Film pour lequel je comprends le moins l’engouement critique

Winter’s Bone de Debra Granik

Meilleure sortie DVD d’un film qui n’a jamais pris l’affiche à Montréal

The Man from London de Belà Tarr

Dialogue explicatif le plus patent

Cyrus des frères Duplass, pour toutes ces discussions « matures » où les personnages expliquent leur psychologie, ex aequo avec Black Swan de Darren Aronofsky, quand Vincent Cassel dit au début du film « Everybody knows the story of Swan Lake, but I’m gonna explain it again anyway ». Après ça, si le spectateur ne sait pas exactement où le film s’en va…

Soulignement le plus grossier des enjeux d’une scène

The King’s Speech, alors que le roi s’apprête à faire son premier discours public important, à la fin du film, un figurant qu’on n’a jamais vu auparavant s’autorise, en gros plan, à parler au roi, et au spectateur, pour déclarer : « This is your greatest challenge yet, sir. » Il ne manque plus qu’une cheerleader qui se promène au bas de l’écran avec une pancarte annonçant « climax ».

Réplique finale la plus désolante

The Social Network, « You’re not an asshole, Mark. You’re just trying so hard to be. », dommage pour un film qui évitait jusque-là ce genre d’explication navrante de simplicité.

Meilleure réplique de Dolph Lungren

« But I like to hang pirates! » dans The Expendables de Sylvester Stallone

Trame sonore la plus subtile

Trent Reznor et Atticus Ross pour The Social Network, une musique toujours présente, mais en arrière-plan, qui module le film sans qu’on en prenne vraiment conscience.

Avec mention spéciale à Herbert Grönemeyer pour The American

Trame sonore la moins subtile

Hans Zimmer pour Inception, omniprésente et tonitruante, surlignant toutes les émotions même quand il n’y a rien dans les images, elle a tout des pires travers des musiques de film.

Meilleure utilisation de la musique des Sonics dans un film

Tournée de Mathieu Amalric

Meilleure utilisation d’un guitariste des Jaguars et des Sinners dans un film

Les signes vitaux de Sophie Deraspe, avec Arthur Cossette

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Ces directions photo qui risquent malheureusement de passer inaperçues

Harris Savides pour Greenberg

Marcel Zyskind pour The Killer Inside Me

Tom Stern pour Hereafter

Meilleur film que j’ai redécouvert cette année, ne l’ayant pas revu depuis une dizaine d’années

L’ange exterminateur de Luis Bunuel

Meilleur film que j’ai redécouvert cette année, ne l’ayant pas revu depuis une dizaine d’années

L’ange exterminateur de Luis Bunuel

Meilleurs classiques vus pour la première fois cette année

They Live By Night de Nicholas Ray, Scarlet Street de Fritz Lang, High and Low d’Akira Kurosawa et Berlin Alexanderplatz de R.W. Fassbinder

Ces films où j’aurais mieux fait dormir

Cyrus

Confessions de Tetsuya Nakashima

Décès le plus troublant de l’année

Dure catégorie, avec Rohmer, Chabrol, Satochi Kon et pas plus tard qu’hier Blake Edwards, mais j’y vais pour le plus jeune avec Satochi Kon, dont les films d’animation me sont très précieux.

Cinéaste le plus important qu’il a fallu que j’attende la mort pour commencer à m’y intéresser

Éric Rohmer

Film le plus vif par un réalisateur de plus de 80 ans

Je n’ai pas vu le dernier Manoel de Oliveira, alors Les herbes folles d’Alain Resnais.

Meilleure ballerine

Mark Wahlberg dans The Other Guys (désolé Nathalie Portman, mais pourquoi s’entraîner pendant un an si de toute façon on va passer 99% du film en gros plan sur un visage?)

Mention spéciale au court métrage pour la chanson Runaway de Kanye West

Meilleure utilisation du hors champ

Le Ruban Blanc

Meilleure utilisation du bleu dans un film

Film Socialisme de Jean-Luc Godard

Meilleure utilisation du défunt format 1 : 33 dans un film

Fish Tank

Meilleure utilisation du ralenti dans un film

Les amours imaginaires ex aequo avec Inception (le ralenti comme substitut à l’usuel décompte d’une minuterie pour créer la tension)

Métaphore la plus banale

L’ascenseur pour descendre dans la conscience de Leonardo DiCaprio dans Inception, avec son souvenir le plus refoulé au sous-sol

Justification la moins convaincante pour un film de torture-porn

Srđan Spasojević pour A Serbian Film, qui dit vouloir représenter les horreurs de son pays commis envers son propre peuple en montrant un nouveau-né se faire violer et un oeil crevé par un phallus d’acteur porno (un peu de mauvaise foi, je n’ai pas vu le film, mais l’argument est mince…)

Meilleur retour en arrière

Will Ferrell dans The Other Guys qui raconte son passé de pimp.

Meilleures scènes d’ouverture

Oncle Boonmee

Black Swan

Mother

The Social Network

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Meilleurs derniers plans

Le Ruban Blanc

Mother

The American

Un prophète

The Ghost Writer

Meilleure scène d’action

La dernière bobine de The Expendables

Meilleur moment LOL

La police vegan de Scott Pilgrim vs The World

Will Ferrell et Mark Walhberg dans The Other Guys, qui en se roulant à terre après avoir survécu à une explosion, débattent sur le réalisme des explosions dans Star Wars

Dans Get Him to the Greek, Jonah Hill qui répond sans conviction à son patron qui lui dit lui faire un « mind fuck », « I hope you have a condom ‘cause I have a dirty mind. »

Plus belle scène de sexe

Oncle Boonmee, entre la princesse et le poisson-chat

Meilleur moment de nostalgie

La rencontre entre Sylvester Stallone, Bruce Willis et Arnold Schwarzenegger dans The Expendables

Le plan le plus mal compris de l’année

Le visage écrasé de Jessica Alba dans The Killer Inside Me ex aequo avec le dernier plan d’Inception (on s’en fout si elle tombe ou non la toupie, l’important c’est qu’il lui tourne le dos! C’est ben pour dire, c’est le seul plan du film où Nolan travaille sur une mise en scène en profondeur, une interaction entre l’avant et l’arrière-plan, et plus personne ne sait lire l’image…)

Pire plan de l’année

À peu près n’importe quoi tiré de Filière 13 de Patrick Huard, mais particulièrement les scènes de Guillaume Lemay-Thivierge déguisé en homme de ménage efféminé.

Le thème de l’année

Le virtuel pour régler ses problèmes réels, comme souligné dans un article récent du Guardian, à partir d’Avatar jusqu’à Tron, en passant par Inception, Scott Pilgrim, The Social Network et Shutter Island (une mise en scène pour guérir la folie), il vaut mieux fuir le réel dans sa représentation que de continuer à y vivre avec tous nos malheurs et nos handicaps.

Pochette Criterion de l’année

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D’autres candidats ici ou ici.

Meilleur article que je n’ai pas eu le temps d’aborder cette année

À quoi sert la critique de cinéma, par Jean-Michel Frodon (mais dans le fond je n’ai rien à y rajouter)

Film qui a reçu le plus de prix et dont a trop parlé, car ce n’est pas un si bon film que ça malgré qu’il soit fascinant à analyser

Faut-il vraiment le répéter?

Et pour prendre un peu d’avance :

Meilleur film de 2011

The Tree of Life, de Terrence Malick

Projet qui pourrait me réconcilier avec la télévision

Le remake de Mildred Pierce par Todd Haynes

Ma note pour l’année 2010

6/10

Sur ce, joyeuses fêtes! Et on se revoit l’année prochaine.

1 commentaire sur “Bilan 2010”

  1. Merci Sylvain de ce retour original sur l’année 2010. Voici ma tentative du même exercice:

    Meilleurs films (projetés pour la 1ere fois à Montréal en 2010, incluant les festivals)
    ONCLE BOONMEE
    ANIMAL KINGDOM
    LE PROPHÈTE
    FISH TANK
    LOLA
    LA DANSE
    THE WOMAN WITH THE 5 ELEPHANTS
    LE QUATTRO VOLTE
    CARLOS
    MAMMUTH
    HADEWIJCH
    THE DITCH
    À L’ORIGINE D’UN CRI
    WHITE MATERIAL

    Meilleures performances
    Edgar Ramirez dans CARLOS
    Tahar Rahim dans LE PROPHÈTE
    Vincent Cassel dans MESRINE
    Jean Lapointe dans À L’ORIGINE D’UN CRI
    Doona Bae dans AIR DOLL
    Giovanna Mezzogiorno dans VINCERE
    Jackie Weaver dans ANIMAL KINGDOM
    Kathie Jarvis dans FISH TANK

    Meilleure performance animal
    Le chien dans LE QUATTRO VOLTE, une des grandes performances de l’année
    Mention spéciale au chevreuil anticipé dans LE PROPHÈTE

    Meilleure performance d’un objet
    Le pneu dans RUBBER
    Mention spéciale à la toupie dans INCEPTION

    Meilleure scène de prestigitation
    Raphaël Lacaille dans JO POUR JONATHAN

    Meilleurs effets spéciaux ou trucage
    Le singe aux yeux rouges dans ONCLE BOONMEE

    Pire séquence de l’année
    Le fameux « 1+1= 1 » et la réaction de Mélissa Desormeaux-Poulin dans INCENDIES

    Meilleure séquence d’ouverture
    La scène du divan dans ANIMAL KINGDOM
    Mention spéciale à la sortie de la valise d’une auto dans RUBBER

    Meilleur dernier plan
    Sans aucune compétition LE PROPHÈTE

    Meilleure scène d’action
    La scène de la tranchée dans ARMADILLO

    Plus belle scène de sexe (avec une twist)
    Natalie Portman qui se caresse sans savoir que sa mère est juste à côté d’elle dans BLACK SWAN
    Mention spéciale à Itsuji Itao qui gonfle et dégonfle Doona Bae dans AIR DOLL

    Moins belle scène de sexe
    La pénétration d’un point de vue interne dans ENTER THE VOID
    Mention spéciale à Gérard Depardieu pour sa branlette avec son cousin dans MAMMUTH

    Scène la plus insupportable
    Le repas d’un des détenus (qui consistait au repas d’un autre qu’il a disons…expulsé de son corps) dans THE DITCH de Wang Bing

    Meilleure utilisation du hors champ
    Scène d’ouverture dans À L’ORIGINE D’UN CRI

    Film dont j’ai quitté la salle avant la fin (cela m’arrive pratiquement jamais)
    CONFESSIONS, tout simplement insupportable

    Meilleurs classiques vus pour la première fois cette année
    LE COMBAT DANS L’ÎLE et THÉRÈSE d’Alain Cavalier
    YOYO de Pierre Étaix

    Écrit par Daniel Racine

“Car une chose est d’apprendre à regarder les films « en professionnel » – pour vérifier d’ailleurs que ce sont eux qui nous regardent de moins en moins – et une autre est de vivre avec ceux qui nous ont regardés grandir et qui nous ont vus, otages précoces de notre biographie à venir, déjà empêtrés dans les rets de notre histoire.” Serge Daney

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