(4) Le dialogue

(Investigations cinématographiques, suite. Paru sur le blogue de Séquences.)

Ouf… Voilà en une exclamation essoufflée ce qui résume ma semaine, un Grant-o-Thon intense m’ayant fait naviguer sur des émotions bien contradictoires : du plaisir, bien sûr, comment ne pas en ressentir en compagnie de ce grand séducteur facétieux au corps oblique, jusqu’au désespoir, ces visionnements me ramenant inlassablement vers les réflexions surgies de mes interrogatoires, me forçant à réévaluer tout ce que je croyais avoir compris, une remise en question qui aurait pu m’enthousiasmer si elle ne s’imposait pas aussi tardivement. Alors que l’objectif de mon investigation semble enfin se matérialiser, alors que je commence un peu mieux à saisir mon rôle dans cette affaire, je suis pris d’une angoisse nouvelle, celle de ne pas être apte à traduire adéquatement ces idées, à les laisser filer maladroitement entre les mailles d’une écriture trop approximative, une prose jusqu’ici trop insouciante. Pourquoi ai-je repoussé aussi longtemps ce qui aurait dû être mon point d’entrée dans cette enquête? Je croyais connaître Cary Grant, j’avais déjà vu la majorité de ses films importants, ceux qu’il a tournés avec Hitchcock, Hawks ou Cukor, j’avais donc une vague idée de son personnage type, mais je n’ai jamais tenté d’établir un lien entre ce que celui-ci représente et ce que je découvrais dans mes interrogatoires. Comme je l’ai écrit la semaine dernière, je considérais Grant comme arbitraire, ce qui est vrai dans la mesure où il importe peu que je retrouve ou non Cary Grant, ou ce que détient possiblement Cary Grant, l’essentiel c’est que je le cherche (que mes geôliers, ces obstinés de la Vérité, se le tiennent pour dit), mais si la nature du trésor s’avère accessoire par rapport à sa quête, il n’est pas insignifiant que je recherche celui-ci plutôt qu’un autre.

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Je ne peux toutefois vous annoncer dès maintenant ces dernières conclusions, ils vous manquent encore, à vous lecteurs, quelques éléments pour bien saisir l’importance de Grant dans cette histoire. Il ne me reste que deux conversations à rapporter, la dernière s’avérant plutôt secondaire pour ce qui m’intéresse chez cette star, c’est donc principalement dans l’entretien que je m’apprête à narrer que se trouve les indices nous menant le plus sûrement vers Grant. En fait, dès ma rencontre pitoyable avec B., si je n’avais pas été aussi sourd à celui-ci, j’aurais déjà pu déceler quelques pistes, mais à l’époque je préférais taire cet échec désastreux : non seulement je n’avais pas obtenu d’informations sur R., mon épistolière admirative, mais en plus je ne savais plus où j’en étais. Pourtant, il n’y avait rien de particulièrement bouleversant dans ce que m’avait dit B., rien de fulgurant ou de franchement original dans ces idées que je n’avais, de toute façon, pas encore comprises, celles-ci ne participaient donc pas directement à mon marasme pusillanime, non, j’étais tourmenté plutôt par mon inaptitude au dialogue, une impéritie qui ébranlait toute mon investigation, fondée, vous le voyez bien, sur la conversation.

Cette incompétence patente me cloua dans mon angoisse, rien ne pouvait me sortir de la torpeur léthargique dans laquelle je m’enfonçai peu à peu. Si j’étais le pire des pères et des conjoints avant mon entretien avec B., après celui-ci je n’aurais pas pu en toute franchise me réclamer de ces titres tant j’étais absent et indifférent à mes proches. Je justifiais mon autisme familial en me répétant que je ne voulais pas les entraîner avec moi dans une enquête soi-disant dangereuse (même si jusque-là je n’avais senti aucune menace), prétexte cachant maladroitement un refus temporaire de mon quotidien usuel. J’avais accepté le rôle de détective privé, j’étais entré dans un récit qui me détournait sensiblement de mon réel et je ne parvenais (ou ne voulais) pas concilier les deux. Heureusement, je dus m’obliger assez rapidement à me réveiller afin de poursuivre mon enquête, je devais bientôt rencontrer R., un entretien que je ne pouvais manquer puisqu’il me promettait enfin quelques révélations, à la condition que je puisse pour une fois me montrer à la hauteur.

Le jour venu, j’hésitai entre enfiler mon imperméable d’inspecteur ou un vêtement plus banal, entre annoncer directement mes lubies inquisitrices ou me présenter de façon plus neutre. Est-ce que R. savait que j’avais rencontré Lauren Bacall? Probablement, mais je ne lui avais pas dit que j’enquêtais sur Cary Grant, on devait se rencontrer simplement par curiosité amicale, pour échanger quelques mots en personne, je ne savais donc pas si elle se doutait de mes intentions, si elle s’attendait à ce que je lui présente ma photographie de Grant. Je me décidai à enfiler mes habits usuels, préférant une attitude détendue, à l’opposé des velléités belliqueuses que j’avais offertes à B. Devant le grand ciel bleu et le soleil éclatant qui m’accueillit à l’extérieur, je m’efforçai au sourire et à la nonchalance béate, mais rien ne pouvait effacer complètement mon angoisse ténébreuse alors que je retournais sur cette terrasse où tout a commencé.

J’arrivai le premier, je m’assis à la même table que la dernière fois, commandai un café… et devant cette réitération du même, je m’attendis presque à voir surgir à nouveau Lauren Bacall, une perspective pour le moins affolante. De simples mots ne peuvent donc exprimer à quel point je fus soulagé lorsque je vis surgir, là où était apparue autrefois cette séductrice empoisonnée, le fantôme de Katharine Hepburn. Oui, Hepburn cette fois, mais il ne s’agissait que d’une fausse impression : lorsqu’elle se rapprocha je vis clairement que R. n’était pas une star défunte, et même que la ressemblance était plutôt lointaine. Il y avait quelque chose dans les cheveux, je crois, ces boucles légères qui descendaient doucement jusqu’aux épaules, mais c’est surtout son attitude qui rappelait si fortement Hepburn : sa démarche laissait nettement pressentir une vive intelligence, aussi enjouée que cordiale, et elle affichait une ferme détermination, sans la froideur paralysante qui caractérisait celle de Bacall. Le charme de R.-Hepburn ne dégageait donc pas d’effluves ensorceleurs, au contraire, même si elle usait tout autant de séduction, même si je la sentais tout autant manipulatrice, j’y voyais là plus une invitation à une sorte de jeu, comme si malgré qu’elle dominait largement la conversation, elle m’incitait à la défier, à tenter de la détrôner, non pas pour m’humilier ou pour mieux me rabaisser, mais plutôt comme une exhortation à me surpasser. Bref, cette R. ne partageait peut-être pas les traits d’Hepburn, mais elle en ressuscitait certainement la personnalité. Ce qui m’arrangeait bien, puisque Hepburn, contrairement à Bacall, a joué quelques fois en compagnie de l’ami Grant.

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Cette fois, la conversation fut des plus agréables, elle ne me tourmenta pas comme les précédentes, elle se déroulait même si bien que j’en oubliai le rôle ambigu de mon interlocutrice. J’avais décidé de ne pas lui présenter immédiatement ma photo de Grant, de commencer notre conversation comme si on se rencontrait simplement pour discuter de mon blogue, ce qui de toute façon nous permettait de parler de cinéma, comme il se devait, sans avoir le poids de cette enquête qui alourdissait autrement mon esprit. Nous discutâmes deux bonnes heures de sujets divers, des derniers films que nous avions vus, de notre parcours de cinéphiles, des mots qui me semblent aujourd’hui trop anodins pour les rapporter, puis vers la fin de notre rencontre, alors que je commençais à sentir qu’il me fallait aborder plus ouvertement mes préoccupations, la conversation se tourna d’elle-même vers le sujet de mon investigation, sans que j’eusse besoin de la faire ployer.

–       Vous aviez abordé ce sujet sur votre blogue, me disait-elle, dans ce monologue qui niait l’objectivité en art.

–       Ah, oui, le « Monologue critique », où enfin j’assumais ce que je n’avais jamais osé dire directement auparavant. Mais ce n’est pas très bien vu de déclarer ainsi une totale subjectivité en esthétique, on préfère croire qu’il y a une valeur intrinsèque aux œuvres, même si en même temps on dit souvent que tous les goûts sont dans la nature, ou que beauty is in the eye of the beholder. Je ne sais pas trop ce que les gens pensent en fait, on entend trop souvent un incohérent mélange de perspective.

–       Je crois que personne ne réfléchit vraiment à ce que veulent dire ces maximes, et qu’en réalité tout le monde s’en fout. Quand on lit « les goûts ne se discutent pas », il ne faut pas y voir l’énonciation d’une philosophie esthétique, même simpliste, il s’agit plutôt d’une affirmation permettant de mettre fin à une conversation. Nous ne sommes pas d’accord? Ce n’est pas grave, tous les goûts sont dans la nature, il n’y a plus rien à dire. Même chose quand on préfère l’approche objective : ce film est bon, rien de ce que vous pouvez dire ne changera ce fait, votre point de vue est invalide, il n’y a rien à discuter ici. D’une manière ou d’une autre, on dit bye-bye à la discussion.

–       Oui, exactement, on se referme sur son point de vue sans oser le défendre.

–       Et pourtant, comme vous le notiez dans votre texte, un tel appel à la subjectivité devrait au contraire inviter au dialogue. Tous les goûts sont dans la nature, ça ne devrait pas clore une discussion, ça devrait l’ouvrir : tu ne penses pas comme moi, essayons de comprendre pourquoi. La richesse d’une œuvre apparaît principalement dans ces échanges, pas du tout dans un point de vue isolé.

–       C’est d’ailleurs pour ça qu’en théorie les blogues devraient être le véhicule idéal pour la critique, mais c’est pourtant là que le refus du dialogue est le plus évident. On y énonce son point de vue, mais si on se fait contredire, hop les insultes sortent et paf, tous les goûts sont dans la nature. Tout le monde reste sur sa position et on n’a rien appris sur le point de vue de l’autre. Je me dis parfois que je perds mon temps à commenter sur les blogues des autres, ce que je fais assez souvent, peut-être que je devrais plutôt écrire un article, voire un livre, un texte signé de mon propre nom plutôt que d’un pseudonyme, mais en même temps je me dis que c’est la meilleure place pour m’exprimer, parce que je vais avoir un feedback immédiat qui va me permettre de travailler mon point de vue, d’améliorer ma compréhension ou mon appréciation d’une œuvre. Et aussi, en fait, ce qui n’est pas rien, ma compréhension des Autres. Mais j’ai parfois l’impression d’être le seul à penser cela. En tout cas, on n’est pas beaucoup.

–       Et je dirais que le cinéma invite plus naturellement à la conversation que les autres arts, par sa réception qui se fait traditionnellement en public, mais paradoxalement, il n’est jamais question de réellement discuter d’un film, il suffit d’émettre succinctement son opinion en sortant de la salle, de laisser son voisin émettre la sienne, sans vouloir aller plus loin. On est particulièrement vexé quand quelqu’un n’est pas d’accord avec nous, on voit ça immédiatement comme une attaque, alors on refuse le point de vue de l’autre, on n’essaie même pas de le comprendre. Si ce que tu penses ne concerne que toi, à quoi bon le partager? Vaut mieux se taire.

–       D’où la remise en question incessante du rôle de critique : quand on est d’accord avec un critique, on ne dit rien, mais si celui-ci descend une œuvre que l’on a adorée, alors, attention, tous les goûts sont dans la nature, et pourquoi t’es payé pour donner une opinion qui ne vaut pas plus que la mienne?

–       Il s’agit, encore une fois, de fermer la conversation. On n’essaie pas de comprendre ce que dit le critique, on n’essaie pas de contre-argumenter, on dit simplement : ferme ta gueule, tu n’as pas ton mot à dire, ce n’est pas toi qui vas décider ce que j’aime. À mon avis, il n’y a rien de plus nocif pour l’art, et pour le cinéma en particulier, que ce refus du dialogue.

–       Le critique est dans une drôle de position dans tout cela : en théorie, c’est son devoir d’ouvrir le dialogue, d’offrir un point de vue à partir duquel le lecteur peut se positionner, mais c’est assez difficile à rendre compte dans un texte traditionnel, publié dans une revue ou un journal, un format qui coupe tout contact avec le public. En général, le critique n’a pas accès aux réactions que ses écrits provoquent, et pourtant une critique ne tient qu’à cela, elle n’est jamais plus intéressante que la meilleure des réflexions qu’elle entraîne, tout comme un film n’est jamais meilleur que la plus belle expérience qu’il suscite.

–       Le problème est là, pour le critique : puisqu’il est payé pour donner son opinion, puisque le lecteur est incapable de lui répondre, cette opinion semble doter d’une certaine autorité, d’où les attaques parfois agressives que les critiques subissent. Quand on a été particulièrement emballé par une œuvre, il est vrai qu’il peut être déstabilisant d’être remis en question par quelqu’un qui semble avoir plus le droit que nous de décider ce qui est bon ou mauvais. Ça n’a rien à voir avec le fait que le critique parvient mieux que nous à articuler son point de vue, ce qui de toute façon n’est pas toujours le cas. Mais le critique ne possède aucune autorité, c’est une impression découlant du fait qu’il est publié, que son opinion est plus publique que les autres. En réalité,  ses textes ne servent qu’à ouvrir un débat, qui malheureusement ne pourra avoir lieu que dans l’esprit du lecteur, si seulement il a lieu. Même si son opinion ne vaut pas plus que les autres, le critique a donc son utilité : il ouvre la réflexion, il est le premier à faire vivre l’œuvre, il devrait faciliter le contact entre elle et le public.

–       Mais il est vu plutôt comme une sorte de spécialiste autoproclamé qui dicte le goût… Un passeur disait Daney, ce n’est que ça un critique, un passeur. Sauf que plus personne n’a envie de saisir le point de vue de l’autre. Ce n’est pas seulement le débat qui est interdit, comme on le dit si souvent, c’est carrément toute forme de conversation, ce qui est bien plus fondamental.

–       Oui, la subjectivité règne, ce n’est pas la première fois qu’on le dit, mais il serait plus juste de dire que le subjectivisme tant décrié n’est pas nocif en soi, c’est notre façon de le vivre qui le rend si abject. C’est-à-dire qu’au lieu de se refermer sur sa propre expérience personnelle, il devrait y avoir là une invitation à considérer le point de vue de l’autre, parce que justement notre expérience ne sera toujours que partielle. Je dirais même : elle est sans intérêt tant qu’elle n’est pas partagée, tant qu’elle n’est pas d’une manière ou d’une autre publique, donc sujette à la discussion. En fait, notre expérience ne vit pas tant qu’elle n’est pas publique, puisqu’elle n’est accessible qu’à celui qui l’a vécue, et il la garde jalousement pour lui. Aujourd’hui, il semble plus important que jamais d’émettre son opinion, de la mettre sur la place publique, mais elle n’est pas là pour être discutée, elle n’est là que pour exister, ou nous faire exister à travers elle. Sauf que notre existence ne tient à rien si elle n’est pas confrontée à celle des autres, si elle n’est là que pour soi. Vous dites souvent que la critique est une expérience de l’œuvre, ce qui déjà est une forme de conversation entre l’œuvre et le spectateur, mais cette expérience a peu de valeur si elle n’est pas exprimée, la conversation doit se poursuivre à l’extérieur de la salle et engager les autres spectateurs. Quant à moi, aussi bien se débarrasser de l’art s’il ne sert qu’à provoquer des réactions isolées et muettes.

–       D’autant plus qu’il n’y a rien de plus difficile, en tout cas pour moi, que de décrire notre expérience d’une œuvre. Une critique, ce n’est que ça, une description d’un état passager, de ce qui s’est passé entre nous et l’écran, mais aucun mot ne peut réellement remplacer l’expérience elle-même, ce ne sera toujours qu’un pauvre substitut, que l’on ressent comme inadéquat. Aussi impuissant semble-t-il parfois, il reste que c’est le seul outil que l’on a, notre langage, et c’est lui qui constitue vraiment l’œuvre – pas le film lui-même, ni notre seule expérience en salle, mais les mots qui décrivent la relation entre les deux. Voilà, c’est ça une œuvre, une expérience traduite en mots par son spectateur. Alors, s’il n’y a plus de dialogue, que reste-t-il?

–       Rien. Et la critique d’une œuvre est effectivement ardue, la conversation sert justement à combler cette lacune, à multiplier les points de vue et les approches pour avancer vers une description plus juste, ou plus exacte. Si on dit qu’une œuvre d’art est inépuisable, ce n’est pas parce qu’il y a des choses cachées qui n’attendent que d’être trouvées, non, tout est toujours à découvert, cela veut simplement dire que toute œuvre entraîne des réactions distinctes chez chaque individu, trop complexes pour être entièrement décrites, et l’existence d’une œuvre dépend exactement de cela…

Pour la première fois depuis le début de notre échange, un silence s’inséra entre nous, comme s’il nous fallait laisser couler les dernières paroles, elle parce qu’elle tentait de deviner si je comprenais ce qu’elle essayait de me dire, moi parce que je me demandais si j’avais bien compris ce qu’elle me disait, c’est-à-dire que je prenais conscience non seulement qu’elle venait de m’offrir ce que j’étais venu chercher, mais aussi qu’elle me démontrait implicitement qu’elle savait très bien ce que j’espérais de notre rencontre. Je profitai de cet interlude pour sortir enfin ma photo de Cary Grant.

–       Bon, je crois que vous savez que je cherche cet homme. (Je n’ai jamais réussi à dire franchement : « Je cherche Cary Grant », cette phrase ne faisait aucun sens pour moi, j’avais besoin de ma photographie pour exprimer cette idée.)

–       Oui, évidemment.

–       Vous savez aussi qui m’a engagé? (Je n’osais pas non plus prononcer « Lauren Bacall ».)

–       Oui, je le sais. (Elle non plus apparemment. À moins qu’elle mentait, ou qu’elle se trompait sur l’identité de mon embaucheuse.)

–       Et vous savez pourquoi on m’a engagé? Pourquoi moi?

–       Vous posez trop de questions… Mais vous m’êtes sympathique, alors je vous dirai ceci : je ne sais pas la réponse, à mon avis c’est à vous de le savoir. Vous n’êtes pas le premier à vouloir parler de cinéma avec moi pour retrouver cet homme, j’imagine que vous avez dit quelque chose, ou que vous avez écrit quelque chose, qui démontre une prédisposition à certaines idées. Je ne peux pas en dire plus.

–       Combien de personnes avant moi?

–       Je ne peux pas répondre à ces questions, vous le savez aussi bien que moi. De toute façon, les réponses ne sont pas intéressantes. Concentrez-vous sur vos interrogatoires.

La conversation se termina sur ses mots, elle quitta la table sans même un salut, et je me retrouvai à nouveau seul à la terrasse du café, toujours incapable de cerner mon rôle dans cette investigation saugrenue. J’avais peut-être un début de réponse, je croyais alors que R. m’avait parlé franchement, mais j’en doute aujourd’hui, puisqu’en retournant chez moi après cette rencontre, je sentis dans mon dos un regard insistant : j’en étais certain, un homme me suivait, pour la première fois la menace prédite par Bacall se concrétisait. Difficile de croire qu’il ne s’agissait que d’une coïncidence, que R. n’était pas liée d’une manière ou d’une autre à cette filature… cette supposée honnêteté, je sais bien maintenant que c’est elle qui m’a précipité dans ce cachot où je gis aujourd’hui.

à suivre…

Sylvain Lavallée Écrit par :

"Car une chose est d’apprendre à regarder les films « en professionnel » - pour vérifier d’ailleurs que ce sont eux qui nous regardent de moins en moins - et une autre est de vivre avec ceux qui nous ont regardés grandir et qui nous ont vus, otages précoces de notre biographie à venir, déjà empêtrés dans les rets de notre histoire." Serge Daney

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