Publié dans Critiques

Du Cinématographe c. le Québec (1): Miraculum

“Car une chose est d’apprendre à regarder les films « en professionnel » – pour vérifier d’ailleurs que ce sont eux qui nous regardent de moins en moins – et une autre est de vivre avec ceux qui nous ont regardés grandir et qui nous ont vus, otages précoces de notre biographie à venir, déjà empêtrés dans les rets de notre histoire.” Serge Daney

Du Cinématographe c. le Québec (1): Miraculum Publié le 27 mars 20145 répliques

“Car une chose est d’apprendre à regarder les films « en professionnel » – pour vérifier d’ailleurs que ce sont eux qui nous regardent de moins en moins – et une autre est de vivre avec ceux qui nous ont regardés grandir et qui nous ont vus, otages précoces de notre biographie à venir, déjà empêtrés dans les rets de notre histoire.” Serge Daney

Le cinéma québécois est-il déprimant? Se décline-t-il en deux variétés (commercial/ auteur) destinées à deux publics préétablis (Grand/et les autres)? Y a-t-il des spectateurs pour l’accueillir, ce cinéma? Est-il aussi mauvais que je le pense? Comment pourrais-je répondre à ces questions si je ne vois presque pas de films québécois? Il n’y a qu’une manière de dépasser le stade des préjugés, du moins si je veux convaincre quelqu’un d’autre que moi-même de la légitimité de ceux-ci : affronter le cinéma québécois, tenter de le voir pour ce qu’il est et non comme je me l’imagine… À moins, bien sûr, qu’il soit exactement comme je me l’imagine, ce qui m’autoriserait à affirmer qu’il n’est pas nécessaire de voir un film pour le juger, et tout ce temps perdu à confirmer ce que je savais déjà permettra au moins à mes collègues critiques de ne pas perdre le leur. Alors faisons vœu de transparence : puisqu’un nombre infini de variables peut influencer mon expérience d’un film (de mes prédispositions à mon état physique, de l’état de la salle au goût du popcorn), puisque cette expérience ne dépend pas uniquement du film lui-même, je me vois obligé d’exposer le plus précisément possible tout ce qui forme cette expérience pour réussir à bien voir « le film lui-même » plutôt que ma vision subjective et donc trompeuse de celui-ci. Après tout, il faut bien différencier « mes préjugés » de « l’œuvre » si je veux les affronter en face à face… Premier combat, donc : Miraculum, le dernier film de Podz.

Ça commence mal pour le Québec…

Mes préjugés : Soyons diplomate : que ça ne serait pas très bon (il faut dire que c’est surtout la faute à Céline Gobert  et Jason Béliveau). Tout de même, vous n’êtes pas obligé de me croire, mais j’étais réceptif (je pense qu’un jour, avec un bon scénario, peut-être que Podz pourrait faire quelque chose de bien… peut-être).

État physique : Fatigue, mais la caféine a bien fait son travail. Préoccupé, mais pas au point d’oublier l’écran devant moi. Un brin accablé : pourquoi me suis-je assigné une telle tâche de patriotisme cinéphilique?

Spectateurs dans la salle : J’estime à 6 ou 7, incluant moi. Deuxième semaine d’exploitation. Selon mon expérience, j’aurais tendance à dire que c’est un flop, mais je n’y ai pas été en période d’achalandage (un dimanche soir).

Qualité de la projection : Que de pixels, dans ce Quartier Latin! Enfin, pas assez de pixels puisque je les constate. Mais bon, je pense être capable de voir au-delà de ces piètres conditions pour réussir à m’imaginer, sans trop de peine, l’œuvre dans toute sa pureté platonicienne; encore une fois, vous n’êtes pas obligés de me croire (je vais cesser de le dire pour ne pas me répéter à chaque phrase).

Le Message du film : La vie est déprimante en chien et pour essayer de l’oublier nous avons tous notre dépendance : l’alcool, le jeu, l’adultère, Dieu. Mais malheureusement pour ceux qui sont dépendants à Lui, Il n’existe pas (oui, comme vous l’avez sûrement lu ailleurs, le film prétend bien démontrer l’inexistence de Dieu par l’argument « Si les avions tombent du ciel, ben c’est que votre Dieu tout-puissant, il n’existe pas »; dans ta face, Thomas d’Aquin, tu n’y avais pas pensé à celle-là, hein!)

Public visé : Je ne suis pas sûr. (Ce qui est un bon point! Enfin presque : ) Bien trop déprimant pour le Grand Public qui n’en veut plus de la déprime (dixit Guzzo du moins), bien trop impersonnel pour les Festivals. Un film pour la Critique? Peut-être, considérant que Podz a toujours été bien accueilli par celle-ci, et que le film recherche moins un look international (comme celui associé à Microscope (Gabrielle, Incendies) que celui d’un Hollywood auteuriste. Ce qui serait bien, en théorie, puisqu’au Québec les « films d’auteur » ont toujours été associés aux films que personne ne veut voir sauf quelques festivaliers misanthropes, alors ça fait du bien de voir qu’on peut aussi s’intéresser à ces paradoxaux films d’auteur/grand public (mais comment est-ce possible?!?) qu’Hollywood produit régulièrement. Mais il faudrait expliquer à Podz que pour faire un Film d’Auteur, même Grand Public, il est quand même important d’avoir un auteur (un individu prêt à mettre sa subjectivité en jeu, son humanité) derrière la caméra (non, faire des travellings avant sans rime ni raison n’est pas une marque d’auteur).

Québécitude : Sous-terraine. Je m’explique : pas ici de Signes Ostentatoires (inc.) exprimant usuellement le Québec dans notre cinéma, c’est-à-dire pas d’images de paysages de nos régions (le lieu demeure indéfini je crois, ça pourrait être n’importe quelle ville près d’un aéroport), peu de sacres, pas de Rémy Girard, de Michel Côté, d’humoristes ou d’autres symboles nationaux, historiques ou contemporains, etc. Même nos acteurs y sont hollywoodianisés : Marilyn Castonguay ressemble à s’y méprendre à Rooney Mara, Robin Aubert à Collin Farrell avec des accents de Joe Pesci (c’est peut-être à cause du contexte du casino faut dire), Anne Dorval et Gilbert Sicotte je n’ai jamais réussi à mettre le doigt dessus, mais ils ont été semblablement métamorphosés; il n’y a que Julien Poulin qui conserve toute sa JulienPoulinitude. 1Notons d’ailleurs qu’il s’agit d’une tendance montante dans le cinéma québécois (ils nous volent nos cinéastes, imitons leurs acteurs) : Antoine Bertrand avait aussi été Jonah Hill-isé pour Starbuck, et il l’est encore dans le teaser (imbécile et rétrograde) de Les maîtres du suspense. Peut-être est-ce la nouvelle stratégie pour attirer le public dans nos salles : nous faire croire qu’il ne s’agit pas vraiment d’un film québécois. Mais malgré ces tentatives de cacher le Québec derrière ce panache hollywoodien, comment ne pas voir que le discours athéiste de Miraculum arrive à point nommé? Est-ce vraiment un hasard si ce film est sorti quelques jours avant le déclenchement des élections? Complot chartiste, je vous dis!

Déprime : Extrême. Plein de gens meurent, tout le monde est malheureux, pas une once d’humour (sauf de façon involontaire), atmosphère froide et détachée, aucune empathie, et imaginez il n’y a même pas de Dieu pour nous réconforter! Nous sommes isolés dans notre misère et les seuls personnages qui trouvent un peu de joie dans leurs vies, qui réussissent à surmonter leur peur pour vivre leur bonheur, vont finalement mourir dans l’accident d’avion. Pourquoi? Parce que c’est comme ça, que c’est triste et injuste la vie!

Scénario Sodec Inc./Réalisation lisse au point de la transparence : Oh, que oui! Toutes les scènes sont d’une linéarité exemplaire : il se passe ceci et ça veut dire cela, le personnage fait ceci parce qu’il est comme cela. Tout a une fonction bien précise, unique, prédéterminée, pour nous amener inexorablement, sans finesse, vers le « message » du film, la finale, cette réplique débile en voix off sur l’absence de Dieu démontrée, indubitablement, par les accidents d’avions (ce n’est pas l’Homme qui a tué Dieu, mais nos avions défectueux).

Permettez-moi de m’y attarder, à cette phrase, parfaite expression d’un Scénario Sodec Inc. : sérieusement, qu’est-ce qu’elle crisse-là? Elle avait déjà été dite par Gilbert Sicotte au milieu du film, mais à ce moment-là, au moins, il n’était pas si évident que le film endossait ces mots, on pouvait toujours se dire que Sicotte se défoulait sur les témoins de Jéhovah pour noyer sa peine, alors ses mots ne ressortaient pas comme LA vérité que le film poursuivait (même si ça demeurait maladroit). Or, en insistant aussi solennellement, à la toute fin, sur l’une des trames du film (les témoins de Jéhovah), les autres deviennent complètement futiles. Qu’est-ce que la bourgeoise dépressive d’Anne Dorval ou son mari gambler ont à voir avec Dieu? Rien, ni les autres personnages, qui sont tous reliés thématiquement par leur dépendance ou du moins par une fixation. Que devient donc cette idée de dépendance si la finale met l’emphase sur Dieu? Elle disparaît, tout simplement, et tous les personnages deviennent des accessoires à la « prise de conscience » (il n’y a rien qui ressemble à une conscience dans ce film, ni chez les personnages, ni chez les techniciens derrière la caméra) de Julie (Marilyn Castonguay-Mara), et toute la structure du film s’effondre du coup. Je voyais des parallèles (un en fait, la dépendance) entre les diverses trames du récit, mais en réalité je me trompais : ce qui relie ces personnages est sans importance, le film n’a rien à dire sur cela, l’essentiel est de démontrer à Julie qu’elle a tort, quitte à isoler d’autant plus tous les personnages, les renfoncer dans leur malheur…

Je voyais dans Miraculum une imitation simpliste de Magnolia, et je pensais le film assez intelligent pour être conscient de ce qui sous-tend cette structure empruntée, permettant (à Paul Thomas Anderson du moins) de réunir des personnages tout-seuls-en-manque-d’amour dans un ensemble accentuant à la fois leur isolation et les liens qui pourraient les unir si seulement les personnages reconnaissaient ces liens que le film, lui, nous donne à voir. Mais non, finalement le récit choral ne mène à rien, c’est un artifice insignifiant d’une fausse complexité, et merde aussi à l’humanisme de PTA : Podz et Gabriel Sabourin préfèrent écraser leurs personnages, utiliser leur misère comme fondation pour y ériger ostentatoirement, c’est le cas de le dire, leurs propres croyances de créateurs. Scénario démonstratif, explicatif, réducteur, à message (social de préférence, ici l’exotisme des témoins de Jéhovah), voilà en gros ce qui sort de la scénarisation par comité.

Si ce n’était que ça… Un mauvais scénario (mal écrit, peu développé, simpliste, etc.) est une chose, mais dans son désir de se conformer à ces préceptes de fonctionnaire, Miraculum en devient abject, irresponsable par sa manière de perpétuer une ignorance arrogante.

Prenons Julie : il est déjà clair, très tôt dans le récit, qu’elle a tort de faire partie des témoins de Jéhovah et qu’il faut absolument qu’elle s’en sorte; sa religion est toujours présentée comme un carcan qui l’empêche d’aimer comme elle le voudrait, ou d’interagir avec les autres. Je veux bien croire que les témoins de Jéhovah ne sont pas des plus libertaires, mais il faut tout de même essayer de comprendre leur perspective si on veut les représenter. Car pour le croyant, refuser une transfusion sanguine est une manière d’exercer sa liberté 2Ah oui, le synopsis, ça pourrait vous aider à me suivre si vous n’avez pas encore subi ce film : le personnage de Xavier Dolan, futur mari de Julie, est atteint de leucémie, et il ne peut accepter de don de sang, considéré « impur » par sa religion.; il s’agit d’une privation, oui, mais elle permet au croyant d’exprimer sa foi, d’être libre. La foi n’est pas une prison tant que les règles que le croyant s’impose, aussi nombreuses soient-elles, ou étonnantes de notre point de vue, ne l’empêche pas de s’exprimer, d’être qui il est, même si cela implique de ne plus être. On pourrait dire que c’est le cas pour Julie, sa religion n’est rien d’autre qu’une prison qui la brime dans sa liberté – ce qui bien sûr est possible, on peut vouloir s’échapper. C’est même le nœud du problème : pour exercer sa liberté par la foi il faut d’abord être libre dans sa croyance et oui il est légitime de se demander si celui qui décide de mourir par conviction religieuse, alors qu’il pourrait facilement être sauvé, le fait vraiment en toute liberté de conscience. Je ne connais pas assez cette religion-peut-être-secte pour juger s’il est possible ou non d’être un témoin de Jéhovah libre, mais de toute façon, le film suppose d’emblée qu’il faut condamner ces croyances, sans même faire un effort de compréhension, d’empathie, ou sans même, au minimum, montrer pourquoi il faut condamner ou plutôt pourquoi ces personnages ne sont pas libres…. Je ne sais même pas pourquoi j’écris tout cela tant le film n’en a rien à foutre de ces questions. Je pourrais dire simplement : fonder le mélo sur le préjugé des spectateurs pour le renforcer dans toute sa condescendance est aussi méprisant que méprisable.

Continuons quand même : oui, je vois bien le dilemme de Julie, voilà un test de la foi (pour elle et son mari) si jamais il en fut un, mais comment comprendre qu’il s’agit d’un dilemme si l’une des options est condamnée à l’avance par une instance omnisciente? Comment ne pas sentir qu’il s’agit ici avant tout du point de vue explicitement athéiste du scénariste/cinéaste qui s’exprime à travers ce personnage au détriment de la liberté de Julie? Qu’est-ce qui la motive à s’échapper, sinon qu’il le faut car ses croyances sont « mauvaises »? La crise de foi de Julie est des plus ridicules : il ne faut pas que tes croyances tiennent à grand-chose pour qu’elles puissent être ébranlées par un inconnu qui te claque la porte au nez en te rappelant que les avions tombent parfois du ciel. Le point de vue du scénariste et du cinéaste plombe la personnage de manière malsaine, en fait ils la punissent pour ses croyances arriérées, sans même faire un geste vers elle pour comprendre ce qui l’anime. La « distance » clinique qu’aime bien Podz à la mise en scène n’aide en rien ici, comme s’il se contrecrissait des personnages qu’il manipule pour mieux soutenir sa propre croyance (l’athéisme demeure une croyance, ce n’est pas comme si on peut prouver l’inexistence effective de Dieu).

Alors voilà la question : pourquoi faire un film pour prouver que le personnage que tu as créé a tort? Tes personnages peuvent bien se sentir tous seuls dans leur dépression, si même toi t’es pas capable de reconnaître ce qui en eux tient de l’humanité… Eh bien voilà, ça vient de me frapper l’esprit : en réalité le film ne démontre rien d’autre que sa propre inanité : personnages surdéterminés par un trait de caractère, une “dépendance” pour être gentil, parce que personne n’a su les étoffer; les personnages pleurent sur leur existence vide car effectivement ils n’existent pas à l’écran; ils sont isolés dans leur manque d’amour parce qu’ils ont été largués par leurs créateurs, qui les regardent à distance et utilisent leurs souffrances; et comme la finale le dit si bien, celui qui n’en a rien à cirer de sa création, celui qui laisse tomber des avions sans égard à la souffrance, fait un bien piètre créateur.

Verdict Objectif : Mes préjugés l’emportent haut la main. Pas besoin de voir ce film si vous partagez les miens (qui n’ont rien de condescendants, je vous jure!)

 

Notes   [ + ]

“Car une chose est d’apprendre à regarder les films « en professionnel » – pour vérifier d’ailleurs que ce sont eux qui nous regardent de moins en moins – et une autre est de vivre avec ceux qui nous ont regardés grandir et qui nous ont vus, otages précoces de notre biographie à venir, déjà empêtrés dans les rets de notre histoire.” Serge Daney

5 comments

  1. Hors-sujet.

    J’ai eu une discussion sur l’agnosticisme versus l’athéisme, il y a quelques années, et en particulier sur l’idée de cette phrase : « l’athéisme demeure une croyance, ce n’est pas comme si on peut prouver l’inexistence effective de Dieu ». Je me déclarais agnostique sur la base de cette même réflexion. Mes amis me firent le raisonnement suivant : le fardeau de la preuve n’est pas sur ceux qui disent qu’il n’existe rien, il est sur celui qui disent qu’il existe quelque chose. Un exemple absurde : on ne peut pas prouver l’inexistence de licornes invisibles et sans masse. C’est tout à fait vrai, on ne peut en faire la preuve. Même chose avec les fantômes, les loups-garous, le yéti, ce qu’on veut et on peut en inventer par millions, tant qu’on a de l’imagination. La seule chose qui les différencient, c’est l’historicité des différentes idée, dont celle de dieux/Dieu ― historicité qui ne prouve rien par ailleurs. En sommes, être agnostique, c’est laisser le bénéfice du doute à des gens qui n’ont toujours pas de preuve de l’existence de Dieu. C’est croire que ça ou la licorne invisible et sans masse et quoi que ce soit qui n’a pas été prouvé comme véritable, peut l’être parce que des gens le disent.

    1. Humm, oui et non. Le raisonnement est bon pour les licornes, mais la religion en fait ne cherche pas à “prouver” quoique ce soit. Il n’existe pas, et n’existera jamais, de “preuve” de Dieu, au sens où l’on entend généralement ce terme (au sens scientifique, rationnel, logique, etc.) Il y a des preuves de Dieu si nous avons la foi, mais sans la foi nous ne voyons pas ces “preuves”, évidentes pour le croyant. Et la foi n’a aucun sens si l’existence de Dieu est avérée, vérifiable comme on peut vérifier l’existence d’une chaise au quotidien. On évacue souvent cette dimension en parlant de religion, celle du doute surmontée par la foi. La religion se fonde sur le doute bien plus que sur une connaissance. Le texte de Kierkegaard sur Abraham qui sacrifie son fils pour suivre la parole de Dieu (j’ai oublié le titre de l’essai) est LA référence au sujet de la foi (et pour répondre à des questions comme pourquoi Dieu laisse des avions tomber du ciel, ou pour comprendre pourquoi Xavier Dolan décide de se laisser mourir).

      Je ferais cette analogie: la religion est une interprétation du monde, au même titre que l’athéisme, de la même manière qu’il peut y avoir plusieurs interprétations d’une même oeuvre d’art. Je ne crois pas en Dieu, je ne vois pas Son empreinte sur le monde, mais je suis capable de comprendre comment il est possible de voir Dieu dans ce monde. Les preuves du croyant ne me convainquent pas, de la même manière qu’une interprétation bien argumentée ne fera pas nécessairement flancher mon interprétation concurrente d’une oeuvre. Mais bon, c’est une analogie tout à fait athée (un croyant ne pourrait pas dire la même chose, sinon je ne comprends pas à quoi il croit) et qui néglige les conséquences critiques qu’entrainent ces interprétations du monde divergentes, sur notre manière d’agir dans ce monde-ci comme possiblement dans celui au-delà.

    2. Et je préciserais ma phrase ainsi: je ne crois pas en Dieu, mais il ne s’agit pas pour moi d’une conviction résultant d’un argument rationnel. C’est un sentiment intime que je peux difficilement mettre en mot, une perception du monde découlant de mon expérience peut-être, c’est pourquoi je l’associe à une croyance que je suppose être similaire en nature à celle du croyant-en-Dieu (je crois, mais pas à la même chose que lui). Oui, je suis plus sensible à Kant démontant les arguments usuels sur l’existence de Dieu qu’à ces arguments, mais ce n’est pas ce qui me convainc ou me conforte dans mon athéisme. Ultimement, mon athéisme n’est pas rationnel et je ne pense pas que le recours à la raison ou aux preuves logiques a sa place dans une telle discussion, c’est passer à côté de la nature de la foi, c’est forcer le croyant à parler dans un langage qui n’est pas le sien et qui ne peut pas exprimer vraiment ce qu’il ressent (d’ailleurs, la différence entre Dieu et les licornes n’est pas dans le nombre de croyants ou l’histoire de la religion, mais dans la nature de la foi).

  2. Je ne veux pas faire dévier le débat philosophique sur l’existence ou non de Dieu, mais j’ai une question… plus cinématographique, disons. Je suis d’accord sur votre analyse du “film à message”. Je n’ai pas de souvenir de bons “films à message”, les cas que j’ai en tête, le film est toujours écrasé par son message, les personnages, les événements, tout converge vers le message que l’on ne peut pas manquer. Auriez-vous un titre qui réussit à éviter ce piège?

    Par ailleurs, je ne dis pas qu’un film ne peut pas avoir de message, mais je crois que le message pourra varier selon le cinéphile et son expérience. Je reprends toujours les mêmes exemples, mais pour moi, Social Network, est le plus grand film sur l’entrepreneurship. Pourtant, je n’ai pas lu beaucoup d’analyse dans ce sens.

    1. Un bon film à message? Je ne pense pas que c’est possible. En tout cas, pas quand le message est précis, quand on peut le résumer en une phrase, généralement dite explicitement par un personnage. Le problème c’est que ça rend le spectateur inutile, ça réduit à néant son apport au film.

      Vous dites que le message pourra varier selon le cinéphile, mais pour moi l’expression “film à message” suppose qu’il n’y a pas de variations possibles. Normalement, oui, notre expérience définit ce qu’on voit ou non dans un film, mais quand il y a un message, le film nous dit “peu importe ce que tu peux voir, ce n’est pas vrai, ce n’est pas cela que je veux dire, moi je veux dire ceci et seulement cela”. C’est assez insultant, en fait, pour le spectateur, car on ne peut pas s’empêcher de lire à notre façon et le “message” vient nous contredire.

      En ce sens, Social Network n’est pas du tout un film à message. Il y a une vision claire qui traverse le film, mais ça ne se laisse pas saisir facilement, ou résumer en une phrase. Et on peut sûrement l’approcher sous bien des angles.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *