Méli-Mélo (1)

Je me désolais il y a peu d’un manque d’ouverture envers les autres sur le web québécois, alors je propose aujourd’hui un début de solution, un nouveau type de post. Si vous vous rappelez mes débuts à Séquences, vous vous rappelez peut-être aussi que la majorité de mes textes étaient alors bourrés d’hyperliens vers d’autres publications, une abondance qui s’est vite tarie, au point que les références à mes propres textes sont devenues plus fréquentes que des liens vers l’extérieur. Que s’est-il passé? Suis-je devenu un vieux con narcissique?

Je ne sais pas, j’imagine que je structure mes textes différemment, que mon point de départ ne se situe plus sur le web, mais ce temps du « des exemples ici, ici et ici » me manque, alors de temps à autres je vais rassembler en un article tous ces liens vers des textes lus récemment qui m’ont allumé pour une raison ou pour une autre, sans me limiter au cinéma, encore moins au Québec, puisque la majorité de ces liens seront sans doute en anglais (la totalité en fait aujourd’hui). Peu de Québec, car s’il y a beaucoup de critiques courtes qui paraissent par icitte, quelques éditoriaux, il y a peu d’essais d’envergure ou d’actualité moins éphémère, peu de textes plus substantiels vers lesquels j’aurais plus envie de porter l’attention ou de discuter (sans compter que les critiques portent souvent sur des films que je n’ai pas vus). Je vais aussi profiter de ce Méli-Mélo pour vous faire part de ce que je lis sur papier, de ce que j’écoute, peut-être un mot rapide sur des films vus sur lesquels je n’ai pas envie de développer, ou tout ce qui peut vous donner une idée de ce qui se passe autour de moi, qui m’influence, mais dont je ne ferais pas part dans mes articles réguliers, une manière de reconnaître ces influences secrètes (secrètes pour le lecteur, pour moi elles sont évidentes) ou d’enrichir mes textes en les rapprochant d’auteurs qui approchent des sujets similaires de manière différente, en une sorte de post-scriptum sur des textes passés ou même à venir, comme vous allez voir ci bas.

Ce sera aussi l’occasion de vous lancer la balle, à vous lecteurs, si vous avez des liens à proposer, à commenter, ou des films à discuter, le temps d’un hors-sujet qui n’en sera pas vraiment un puisqu’il n’y a pas à proprement parler de sujet! Tout est permis.

Voilà de mon côté, en cliquant ci dessous, quelques textes lus récemment:

Cara Ellison, sur le jeu Striptease de Stephen « Increpare » Lavelle :

« The game begins with text: the crude dialogue between Candy’s boss and Candy. The ‘go show ‘em what you’ve got’ seems simple enough, a kind of caricature. You then begin sliding tiles around to have Candy take her clothes off. Mechanically speaking the ‘focus’ on one aspect of her body at one time has you depersonalize her, until you begin to think of her as a collection of tiles that comprise that one important part, the part you want to see. The hair. The feet. The tits. The crotch. She’s not really a person but a set of things. Things that are goals. Things that you can win. You can bargain for them. Who cares about her face? Stop looking at her face. »

– Rami Ismail (de Vlambeer), sur la prépondérance de l’anglais comme langue d’usage sur le web :

« According to 2010 figures, the internet as a resource features a staggering 80% of pages using the Latin alphabet, and 50% of the entire internet is in English. The second-largest language using the Latin alphabet is German, at approximately 6% of the internet. The four largest non-Latin alphabets, Chinese, Japanese, Arabic and Russian, represent about 15% of the internet. »

Et quant à parler de Vlambeer, pour revenir sur ce que j’avais écrit dans mon texte sur les intentions d’auteur, concernant l’artiste qui ne doit pas refermer le dialogue avec ses critiques en brandissant la toute-puissance de ses intentions, je veux revenir rapidement sur un petit débat qui a eu lieu il y a peu concernant leur dernier jeu, LUFTRAUSERS, un superbe exemple d’artistes qui savent comment prendre la critique. Essentiellement, certains critiques ont reproché à Vlambeer la perspective de leur jeu, qui selon ces critiques place le joueur dans la peau d’un aviateur nazi. Et pour des raisons que l’on sait bien, prendre plaisir à jouer un nazi est pour le moins problématique. Pour Vlambeer, pourtant, LUFTRAUSERS se situe dans un univers fictif inspiré par la Deuxième guerre mondiale, le joueur n’empruntant donc pas, selon les créateurs du moins, une perspective nazie; autrement dit, cette interprétation ne correspond pas à leurs intentions. Raison suffisante pour faire taire les critiques? Non, bien sûr : je vous encourage à lire la réponse de Vlambeer, alors qu’ils explicitent leurs intentions tout en acceptant l’interprétation de leurs critiques (du jamais vu!), avec ces mots au passage :

« We do have to accept that our game could make some people uncomfortable. We’re extremely sad about that, and we sincerely apologise for that discomfort. The fact is that no interpretation of a game is ‘wrong’.  […] But even more so in an interactive medium, we do have to accept that no way of reading those implications is ‘false’ – that if someone reads between the lines where we weren’t writing, those voids can be filled by the player, or someone else. If we accept there’s no wrong interpretation of a work, we also have to accept that some of those interpretations could not be along the lines of what we’re trying to create. […] Having been born and raised in the Netherlands, we are extremely aware of the awful things that happened, and we want to apologise to anybody who, through our game, is reminded of the cruelties that occurred during the war. »

Voilà très exactement ce que j’aimerais entendre de la bouche de Steve McQueen!

– Dans le cadre de sa série Bridging Worlds, Eron Rauch examine les liens entre les jeux vidéo et l’histoire de l’art, et cette fois-ci il relie les débuts de l’impressionnisme en peinture à des jeux récents comme Proteus, des walking simulator dit-on parfois (ma critique du jeu, en anglais), pour montrer que la question du « est-ce l’art? » ne date pas d’hier.

« It was merely a happy accident that these two conversations – one about Impressionism, the other about the rise of indie games – echoed across a century but hopefully their pairing can become a way for all sides to contextualize the deeply human conversation in which the video game world finds itself enmeshed in right now. By gaining some context perhaps it can become clear that the idiosyncratic works of art, even if their methods and vocabularies seem strange or disconcerting initially, are actually often strategies to find a new vocabulary of techniques and forms to speak about these anxious, messy, slippery moments of change that we are going through globally in 2014. »

En fait, je n’ai pas aimé cet article des plus superficiels, mais je le note ici parce qu’il porte sur un sujet que je prévois aborder bientôt en relation avec le cinéma québécois (oui, je sais, le lien est évident : Monet – Ed Key – Patrick Huard!) : notre manière de concevoir l’art aujourd’hui est radicalement différente de ce qu’elle était il n’y a pas si longtemps et il semblerait que nous avons tendance à l’oublier très facilement dès que nous tentons d’établir des liens avec le passé. Rauch parle de contextualisation, mais voilà bien ce qu’il ne fait pas : oui la question du « est-ce de l’art? » n’a rien de bien neuve aujourd’hui, mais elle n’est pas du tout posée de la même façon en 2014 qu’elle l’était à la fin du dix-neuvième siècle, justement parce que le Salon de Paris a déjà eu lieu en 2014… Et il ne suffit pas de rappeler qu’on s’est « trompé » dans le passé sur la valeur de certaines oeuvres pour prouver qu’on se « trompe » encore dans ce cas-ci (je dis ça, mais j’aime bien certains de ces jeux, c’est un problème d’argumentation – et je mets des guillements à « trompe » puisqu’on ne se trompe jamais tant qu’on est sincère).

– Bilge Ebiri, un vieil article (vieil selon les normes du web) sur Raiders of the Lost Ark, que je rapporte ici parce que ce n’est pas sans lien avec ma série sur La Chute de l’Homme,  cette idée de l’action pensée à hauteur d’homme :

« But, unlike its many imitators, Raiders’ setpieces themselves work because they have a strong backbone of character. While most filmmakers are content to let people take a backseat to the action – using their actors more like toy figures amid all the pyrotechnics – Spielberg uses action to explore and enhance his characters.  […] Additionally, Spielberg, his producer George Lucas, and screenwriter Lawrence Kasdan understood (and, to some extent, helped define) what makes an action movie character truly relatable: Not just that we watch him experience the action, but that we experience the action through him. »

Et, quant à y être, le top 25 des films d’action depuis Die Hard, selon le même Ebiri (un top pour le moins discutable!)

– Finalement, les 237 questions de FilmCritHulk à propos the Amazing Spiderman 2 (je n’ai pas vu et ne verrai probablement pas), qui rejoignent souvent celles que je veux poser dans ma série sur le cinéma d’action. Sa perspective est surtout scénaristique, comme d’hab’ avec LUI, la mienne plus esthétique, voire philosophique,  alors j’aurais parfois envie qu’il pousse un peu plus loin, qu’il cherche à formuler quelle genre de vision sous-tend ces scénarios bordéliques par exemple, mais ce Hulk est quand même formidable pour déconstruire un film (surtout son scénario, moins la mise en scène).

Mes questions préférées :

« SERIOUSLY, WHAT IS PETER’S ACTUAL DILEMMA AND CONFLICT IN THESE MOVIES? THAT HE SHOULDN’T HAVE TO GIVE UP HIS KICK-ASS MAGIC GIRLFRIEND? THAT PEOPLE NEED TO GET OUT OF HIS WAY AND LET HIM BE AWESOME? THAT PEOPLE SHOULD ALWAYS TELL HIM THE TRUTH AND TRUST HIM WHEN HE’S GIVEN NO EVIDENCE OF BEING ABLE TO DO ANYTHING RESPONSIBLE, BUT THEN PEOPLE OBLIGE WHEN HE MAKES THEM FEEL LIKE BAD PEOPLE? YEEESH. THE PEOPLE WHO DON’T LIKE THE RAIMI MOVIES COMPLAIN ABOUT THE CAMPY TONE AND STUFF, BUT THOSE MOVIES AT LEAST UNDERSTOOD HOW TO THROW CONFLICT AT PETER LIKE A MOTHERFUCKER. AND THE CONFLICT FOR PETER CAME IN THE FORM OF HOW INCREDIBLY DIFFICULT IT WAS TO LIVE LIFE WHEN YOU’RE DOING THE RIGHT THING. »

« BECAUSE TRULY, THIS IS A FILM SERIES THAT DOESN’T UNDERSTAND CONSEQUENCES. MORE SO, IT DOESN’T UNDERSTAND THE IDEA THAT IF A FILM IS ABOUT SOMETHING, THEN IT NEEDS TO ACTUALLY BE ABOUT IT. IT NEEDS TO TAKE THAT ISSUE AND PUT IT TO THE FOREFRONT. IF A MOVIE IS GOING TO INTRODUCE A DILEMMA (ESPECIALLY AS THE MOTHERFUCKING CENTRAL THEME) THEN IT NEEDS TO DEAL WITH THE FALL-OUT OF THAT. IT NEEDS TO BE ABOUT THAT. IT NEEDS TO DRAMATIZE THROUGH ACTION AND CONSEQUENCE AND RE-ARTICULATION. SO WHY DOES THIS CREATIVE TEAM KEEP FLIRTING WITH CONCEPTS AND THEN NOT ACTUALLY DEALING WITH THEM OR EXPLORING THEM? »

Et la plus essentielle de toutes, à propos de la notion de choix, sur laquelle il me faudra bien écrire un jour :

« WHY DOES HARRY GET AN EQUALLY UGLY DESTINY-FILLED STORYLINE WITH EVERYTHING SET IN STONE FOR HIM? WHY IS HIS ONLY « CHOICE » TO GO DOWN THE OBVIOUS PATH OR ABSTAIN? SINCE WHEN THE HELL DID WE ACCEPT THIS KIND OF THING AS A CHOICE? WHY IS THIS THE WAY WE APPROACH STORYTELLING NOWADAYS ACROSS THE BOARD? »

Pour commenter rapidement cette dernière :  vous avez remarqué comment les scénaristes aiment bien de nos jours placer les personnages dans des situations où « ils n’ont pas le choix », même s’il est assez facile d’imaginer une alternative, où encore comment les personnages ne sont que rarement en train d’agir, de choisir, mais toujours en train de réagir, sauf bien sûr quand vient le temps du Grand Dilemme Éthique, basé sur les trolley problem et autres expériences de pensée complètement vaines tant elles sont abstraites, conceptuelles, alors que l’éthique se pose toujours à partir d’une situation précise, un personnage donné devant cette question-ci?

– Ce que je lis : plusieurs lectures en cours, ce qui est plutôt rare, concours de circonstances de réservations de bibliothèque qui déboulent en même temps. Enfin, je lisais Robert Musil, L’Homme sans qualité, sur lequel je n’arrive pas à me concentrer pour une raison quelconque, ce que je m’explique d’autant moins que c’est pile mon genre de livre, autant en termes de style, de ton, de propos. J’y reviendrai. Alors j’ai sauté sur Siri Hustvedt, Living, Thinking, Looking, excellent, parfait compagnon pour mes écrits récents sur l’Autre, mais j’ai dû quitter temporairement pour aller vers La fin du cinéma? d’André Gaudreault et Philippe Marion, sur l’avènement du numérique. Je pensais y revenir ici, mais j’approche de la fin et ça ne m’inspire guère. Alors disons au moins que ma déception tient surtout à leur approche, historique, comme il fallait s’y attendre avec ces auteurs; j’apprécie mais ça me laisse un peu froid. C’est trop anecdotique pour moi, je m’intéresse surtout aux conséquences de tous ces changements technologiques sur notre conception du cinéma, sur ce que cela dit de notre relation au monde, un sujet que le livre ne fait qu’effleurer. À ce niveau, le livre de D.N. Rodowick, Virtual Life of Film, sur lequel j’avais élaboré ici, demeure LA référence. Et en français, le petit livre de Jacques Aumont, Que reste-t-il du cinéma?, m’apparaît largement supérieur, ou en tout cas plus près de mes intérêts. (Aussi, après Hustvedt qui commence son livre en s’excusant pratiquement d’avoir utilisé parfois un langage technique et un vocabulaire d’initiés, qu’elle a évité autant que possible, tout ce barrage de néologismes et d’acronymes, même si assez faciles à saisir, ça me rebute pas mal – l’une des pires tendances des essais académiques quant à moi, des plus déplorables de surcroît dans le domaine artistique.)

– Ce que j’écoute : depuis le début de l’année, le magnifique Benji de Sun Kil Moon, dont l’empathie m’inspirait lorsque j’écrivais mes Juste un film sur 12 Years a Slave, l’album éponyme de St. Vincent et le Lost in the Dream de War on Drugs. Je dois maintenant rajouter à cette liste To Be Kind de Swans, et leur précédent, The Seer, un groupe qui m’a intimidé trop longuement, que je n’osais pas écouter, erreur aussi monumentale que leur musique. Bien hâte de détruire mes oreilles à leur spectacle cet été.

– Et j’ai vu Under the Skin de Jonathan Glazer, sur lequel je vais essayer de revenir (je dis essayer parce que j’ai oublié de prendre des notes et mes idées commencent à se perdre, mais il suffit souvent de l’écriture pour les raviver) et le Godzilla de Gareth Edwards, très mauvais début, mais après c’est quand même pas mal (ce n’est pas sans lien, non plus, avec La Chute de l’Homme, je n’en dirai pas plus car ça concerne des idées que je développe dans la troisième et dernière partie qui s’en vient bientôt).

Sylvain Lavallée Écrit par :

"Car une chose est d’apprendre à regarder les films « en professionnel » - pour vérifier d’ailleurs que ce sont eux qui nous regardent de moins en moins - et une autre est de vivre avec ceux qui nous ont regardés grandir et qui nous ont vus, otages précoces de notre biographie à venir, déjà empêtrés dans les rets de notre histoire." Serge Daney

20 Comments

  1. Pierre Lachaine
    22 mai 2014
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    Bon, je vais entamer le dialogue en vous faisant travailler un peu, M. Lavallée, si ça ne vous dérange pas trop. Vous dites que le top 25 d’Ebiri est pour le moins discutable, ce que je ne puis sincèrement discuter étant moi-même parfaitement nul en film d’action (j’aime bien Die Hard sans plus), or je vous pose la question: quel serait votre palmarès du film d’action post-’80 ? Pas besoin de vous rendre à 25, bien entendu, mais si vous pouvez balancer comme ça quelques titres, des œuvres qui vous apparaissent essentielles, histoire de mettre à jour un pauvre cinéphile qui a l’impression d’avoir littéralement passé à côté du genre depuis plus de 20 ans (pas de blague, le dernier que j’ai vu je crois que c’était Face/Off de John Woo, qui n’est même pas sur la liste et qui m’avait bien plu à l’époque). Sur ce, je vous laisse cogiter…

    • Sylvain Lavallée
      22 mai 2014
      Reply

      Pour le top, je disais « discutable » dans le sens « il y a de quoi entraîner une discussion », pas vraiment dans le sens « je ne suis pas pantoute d’accord! » Mes choix seraient assez similaires, peut-être pas dans le même ordre.

      Je connais pas le genre tant que ça, j’en ai vu beaucoup dans les années 90, mais j’ai un peu oublié, j’avais mis ça de côté en devenant un cinéphile « sérieux ». Pour les valeurs sûres : James Cameron, Aliens et les 2 Terminator, True Lies aussi, en voilà un d’ailleurs qui a sombré bien bas avec son dernier film. Verhoeven, Robocop, Total Recall et Starship Troopers (lui je ne l’ai pas encore revu, mais j’avais beaucoup aimé.) John Woo, clairement, Biri mets Hard Boiled mais j’avais trouvé un peu trop long (ça demeure impressionnant en clisse), Face Off aussi, the Killer… Les 4 Mission Impossible sont bien, surtout le premier et le 4e, là on est dans le excellent. Les Once Upon a Time in China c’est très bien aussi, le premier surtout. Spielberg, évidemment. Die Hard 2 est moins réussi mais tout de même supérieur à la moyenne et le 3 est presque à la hauteur du premier. Speed! Le premier Transporter, très bien itou (j’aime beaucoup Statham en fait, pour ce que j’ai vu, un acteur avec une éthique qu’il poursuit de film en film). J’ai entendu beaucoup de bien de Crank, je n’ai pas encore écouté parce que je sens que je vais avoir des choses à dire, j’attends plus de temps libre, les dernier Fast Five et le six sont assez réputés aussi. J’ai été déçu par the Raid, mais les chorégraphies sont hallucinantes, ne serait-ce que pour ça, ça vaut le détour (moins le 2, ou juste le dernier 30 minutes, le scénario, avant, c’est insupportable). Et en général il y a un plaisir à suivre nos bons vieux Stallone/Schwarzenegger, ne serait-ce que pour eux (de vrais stars quant à moi).

      Mais je n’ai pas trop confiance en mon opinion en la matière : je vais me faire une rétrospective cet été, je vais être plus en mesure de répondre en septembre!

    • Pierre Lachaine
      22 mai 2014
      Reply

      Ha, merci! En effet, je croyais que vous n’étiez pas d’accord avec son classement. En tout cas, je prends bonne note de tout ça, soyez-en sûr. Votre sélection m’a permis de constater l’ampleur de ma nullité en la matière, ignorant pour une bonne partie d’entre eux jusqu’à leur existence (Transporter? Crank? Fast Five?). Je dois dire que le cinéma d’action n’a jamais été véritablement ma marotte, même au cœur de l’âge d’or des années 80 (mon enfance), j’étais alors bien trop occupé à regarder en boucle Back to the Future et à tripper sur Indie et les Goonies (j’étais spielbergien, quoi!). J’ai bien vu une couple de Chuck et de Rambo mais sans passion, je dois bien avouer. Enfin, merci pour cette avalanche de titres.

      Pour ce qui est de la musique, vous dites apprécier Sun Kil Moon. Êtes-vous un fan du travail de Mark Kozelek? Si non, vous devriez jeter un œil sur son premier groupe, Red House Painters, un des plus grands des années 90, maîtres d’un rock délicat et vaporeux, presque aussi beau par moment que des lieds de Schubert.

      Sur ce, je vous lève mon verre de Talisker 10 ans, si tant est que vous êtes amateur de tourbe.

      • Sylvain Lavallée
        23 mai 2014
        Reply

        Oubli majeur dans la filière asiatique : Johnnie To, l’un de mes cinéastes chouchous, dans mon top 10 des vivants. Tout est à voir, mais pour l’action je dirais en particulier The Mission et Exiled. Aussi Running out of Time, Throw Down (à ma connaissance le seul film d’action basé sur le judo! et en hommage à Kurosawa), Breaking News (avec son virtuose plan-séquence à l’ouverture), PTU, Drug War… Et dans le non-action Sparrow, émouvant hommage à Demy, et même sa comédie romantique, Don’t Go Breaking My Heart, qui avait déçu plusieurs de ses fans mais n’avait pas manqué de me charmer. Lui, en tout cas, il est résolument à hauteur d’homme, un grand descendant d’Howard Hawks (pour le sens de la communauté entre personnages dépareillés, l’humanité déchue qui se reconstitue dans l’amitié, pas pour le verbomoteur).

        Et oui pour Kozelek, je le connais depuis 4-5 ans, j’ai pas mal tout entendu de Red House Painters et Sun Kil Moon, il ne me manque que ses albums sous son nom. Je suis un grand fan, j’ai même son recueil de textes. Je m’y connais moins en whisky par contre, il me semble qu’il faudrait monter d’un étage à la SAQ pour en apprécier un vrai, il y a quelque chose d’intimidant devant ce choix. J’aime mieux la démocratie du bourbon! Et peut-être aussi suis-je trop américanophile, préférant la mythologie du bourbon au cinéma.

  2. RAPHAEL
    22 mai 2014
    Reply

    Je n’étais pas au courant pour le nouvel album de Swans! C’est un groupe que j’apprécie bien, ils font du gros stock, vraiment intéressant.

    Pour ma part j’ai visionné We own the night de James Gray il y a quelques jours. J’ai beaucoup aimé. Le film m’habite encore. Il contient plusieurs séquences absolument sublimes, je pense entre autre à la scène où la famille est réunie dans l’église silencieuse pour se parler dans le blanc des yeux alors que le party continu en bas. Toujours impressionnant de voir des acteurs possédant autant de charisme à l’écran que Robert Duvall et Joaquin Phoenix se donner la réplique dans ce genre de scène.

    Et que dire de la séquence où Bobby est amené dans le bunker de Vadim! Le plan du gangster qui disparaît au ralenti dans la noirceur au fond du couloir m’a tiré une larme! A ce moment, plus de fuite possible, Bobby n’a d’autre choix que de s’enfoncer dans cet enfer, avec comme seul moyen de défense son briquet/micro.

    Eva Mendes offre aussi toute une performance. Elle me donnait vraiment l’impression d’être authentique, fragile. Dépassée par tout ça.

    Un très bon film!

    • Sylvain Lavallée
      22 mai 2014
      Reply

      Plus qu’un très bon film, un chef d’oeuvre! Il y a plusieurs séquences sublimes, en effet, et ce qui m’épate toujours c’est qu’elles forment un tout cohérent, uni, même si elles sont construites de manières distinctes, avec leur tonalité propre. Une sorte de patchwork de morceaux de bravoure où on ne sent pas les patch, quoi.

      Très hâte de voir the Immigrant, dans les prochains jours sûrement, j’aurai sûrement l’occasion de revenir sur Gray. Je dirais ceci : dans sa critique du film, Helen Faradji parle de fatalisme par rapport à Gray, mais pourtant il n’y a absolument aucun fatalisme chez lui. Bien au contraire, sa grande force (et celle de Joaquin Phoenix, qui n’est jamais aussi bon qu’avec Gray), c’est de toujours montrer son personnage choisir, hésiter. Il n’y a pas de fatalité au-dessus de la tête de Bobby, tout ce qui se déroule découle de choix bien conscients, réfléchis, pour les autres personnages aussi. C’est ça, d’ailleurs, la tragédie, la grande : ce qui nous tombe sur la tête ne provient pas d’une force extérieure, incontrôlable, mais des conséquences de nos actions, nos choix.

  3. LA_Roy
    22 mai 2014
    Reply

    Et ce que vous avez bu!?

    Je commence, tiens : testé le cidre houblonné des Vergers de la colline. C’est toujours magique, ce qu’ils réussissent à faire.

    Voilà, un hors-sujet de plus dans ma banque.

    • Sylvain Lavallée
      22 mai 2014
      Reply

      Ahah, l’alcool, j’ai oublié! Je ne suis pas un fan de cidre, j’aime mieux le houblon ou le raisin (j’ai un Chablis en main), mais rien bu de remarquable dernièrement. C’est le temps du bourbon et du gin! Le Hendricks, pour ce dernier, vraiment sublime, agrumes prononcées, ça fait des tonic et des martini d’enfer! Et un Ridgemont Reserve 1792 pour le premier, bien caramélisé.

    • Sylvain Lavallée
      23 mai 2014
      Reply

      Si je me rappelle bien, Tarantino a aussi dit que s’il devait abandonner la pellicule, il allait arrêter le cinéma. C’est un des derniers gardiens de la pellicule, avec Christopher Nolan et Spielberg (ces derniers ne menacent pas de démissionner par contre). Spielberg est encore plus traditionaliste : il ne fait même pas de montage numérique, Michael Kahn, son monteur de presque toujours, utilise encore une bonne vieille Moviola, des ciseaux et du ruban adhésif! (Sauf pour Tintin, évidemment). Est-ce un hasard si Spielberg est aujourd’hui le plus grand maître, à Hollywood, de l’espace, de la mise en scène? (Un peu, oui, Nolan étant au contraire confus au max!)

      Mais je ne dirais pas que je me désole du numérique: je me désole des films que je vois, et je perçois un lien entre ces ratages et ma vision du numérique. Si on faisait des bons films en numérique, si tout le monde était Michael Mann ou Fincher, je ne serais pas aussi nostalgique!

      • Pierre Lachaine
        24 mai 2014
        Reply

        Si je peux me permettre, j’ai l’impression que PTA n’est pas non plus particulièrement enchanté par le numérique, lui qui osa le 70mm pour The Master et qui vient de tourner Inherent Vice en 35mm. James Gray ne semble guère plus emballé, The Immigrant ayant été tourné en 35mm avec de la pellicule Kodak. Mais bon, au bout du compte, tout ça finit par être transféré et projeté sur support numérique (qui est très bien, il faut le dire, pour la préservation), mais le désir est là tout-de-même, tant celui d’enregistrer le réel tel qu’il se déroule devant l’objectif que de vivre une expérience de tournage proche des grands maîtres du passé.

        • Sylvain Lavallée
          24 mai 2014
          Reply

          Oui, c’est vrai, il y en a plusieurs qui résistent (même le dernier Spider-Man a été tourné en pellicule! et Tom à la ferme aussi si je ne m’abuse). Mais le numérique pour la préservation, c’est un point controversé : pour l’instant, la pellicule demeure le meilleur moyen et les méthodes de conservation sont assez au point de nos jours pour garantir une conservation adéquate, prolongée. Le numérique, il y a une tonne de difficultés, un extrait de Bordwell sur la question :

          « Archivists estimate the life of any digital platform to be less than ten years, sometimes less than five. All hard drives fail sooner or later, and they need to be run periodically to lubricate themselves. Tape degradation can be quite quick; one expert found that 40 % of tapes from digital intermediate houses had missing frames or corrupted data. Most of the tapes were only nine months old.

          Moreover, hardware and software are constantly changing. One archivist estimates that over one hundred video playback systems have come and gone over the last sixty years. Archives currently recognize over two dozen video formats and over a dozen audio ones.

          Periodically, then, the DCP files of The Girl will have to be checked for corruption and transferred to another tape or hard drive and eventually to another digital format. Such maintenance takes time; shifting a terabyte of data from one system to another may need at least three or four hours. Ideally, you’d want several copies for backup, and you’d want to store them in different locations.

          There are hundreds of other films like The Girl awaiting processing at major archives. About 600-900 feature films are produced in the US each year. Currently the world is producing about 5500 features per year. At some point, they will all originate in digital capture.

          Besides access and storage there’s the matter of cost. Storing 4K digital masters costs about 11 times as much as storing a film master. You can store the digital master for about $12,000 per year, while the film master averages about $1,100. »
          http://www.davidbordwell.net/blog/2012/02/13/pandoras-digital-box-pix-and-pixels/

          Et n’oublions pas qu’un fichier numérique endommagé, tu perds tout. Une pellicule endommagée, peut-être que tu auras des égratignures, des frames illisibles, une teinte rougeâtre, mais le contenu sera largement accessible.

          La vraie question pour le cinéphile : comme tout sera transféré un jour ou l’autre en numérique, probablement sur un nuage, considérant les coûts d’une telle opération, quels films seront sélectionnés pour être préservés? Combien de films, en pellicule seulement, allons-nous perdre dans le processus? Qui sera responsable de prendre de telles décisions? Quant à moi, la réponse fait peur quant à l’avenir de l’histoire du cinéma. Le numérique n’a pas de passé indeed.

  4. Pierre Lachaine
    24 mai 2014
    Reply

    Voilà une bien intéressante et discutable (dans le sens de « il y a de quoi entraîner une discussion », évidemment:) précision, merci! Moi non plus, ça ne me donne pas le goût d’ouvrir le champagne tout ça, même à l’heure des festivités cannoises.

  5. Sylvain Lavallée
    25 mai 2014
    Reply

    Je peux rapporter avec plaisir qu’après avoir revu Die Hard hier, c’est aussi bon que dans mon souvenir! Ça faisait quand même au moins dix ans que je ne l’avais pas vu, j’avais peur de l’avoir embelli dans la nostalgie; il n’en est rien.

  6. Martin Beaulieu
    27 mai 2014
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    Bravo pour ce pot-pourri. Voilà une autre formule qui ouvre un bel espace de discussion. À ce sujet, je me permets quelques commentaires sur votre blogue et vos propres réponses à d’autres de lecteurs. D’abord, vous parlez de la critique du dernier Spider-Man en mentionnant qu’il s’agit d’un bon travail, mais qui est trop centré sur le scénario (évacuant des dimensions plus philosophiques.) Pour ma part, voilà exactement l’angle que je retiens très souvent pour analyser un film. Il s’agit du matériel de base sur lequel le film va se construire. Vous mentionnez le dernier « Mission Impossible » dans votre liste de films d’action. Pour ma part, il s’agissait exactement d’un mauvais scénario qui minait la crédibilité du film. Chaque scène qui devait faire avancer l’histoire était sabotée par un événement extérieur, mais la scène suivante venait corriger cette lacune : on envahit le Kremlin pour découvrir l’identité du méchant – échec, mais le big boss vient à Moscou révéler l’information. On se rend à Dubaï empêcher une transaction – échec, mais on retrouve un marchand d’armes qui nous révèle où se trouve le méchant. On envahit une tour de communication pour empêcher le lancement d’un missile – échec, mais on l’arrête à la dernière seconde (en passant le méchant était trop bête pour uniquement laisser tomber la valise, il décide de se laisser tomber avec…). Tout le long du film, j’étais complètement frustré. Et je ne parle pas de la musique sans aucune imagination (on est à Moscou, on joue des airs russes, on est à Dubaï, on amène des sonorités arabes et on est en Inde…). Je me sentais régresser.

    En passant, on parle de film d’action, mais on tend à oublier que l’affrontement entre le bon et le méchant ne doit pas être uniquement physique, mais aussi psychologique. Le méchant doit faire douter le héros ou au contraire le héros doit faire sortir le méchant de ses gongs (à cet effet, le premier et le troisième Die Hard joue à fond sur cette composante). Ces affrontements sont, pour moi, ce qui distinguera le bon (ou le correct) du grand film d’action. Ce qui m’amène au troisième « Mission Impossible ». Je fondais de grands espoirs en la présence de Philip Seymour Hoffman au générique. Cependant, à l’exception de la scène de l’avion où il bouffe carrément Tom Cruise, Hoffman ne peut véritablement déployer tout son talent, le scénario limitant son personnage au rôle de méchant typique… juste méchant. Un autre motif de frustration (mais il y a de belles scènes dont celle de l’évasion de Hoffman).

    J’avoue que j’ai très hâte à votre lecture du dernier Captain America, je crois que votre point de vue va me sortir de ma zone de confort.

    • Sylvain Lavallée
      27 mai 2014
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      Pour le texte sur Spiderman, je veux préciser : ce n’est pas mon angle préféré pour approcher un film, mais il est tout à fait valable, et d’ailleurs FilmCritHulk est remarquable, c’est l’un de mes critiques préférés (et je trouve que ce texte-ci ne va pas assez loin par rapport à ce qu’il a déjà écrit dans le passé, notamment sur le dernier Stark Trek si je me rappelle bien).

      Pour le scénario, c’est sûr qu’il est préférable qu’il soit bon, mais pour moi ça demeure secondaire à la mise en scène, qui de toute façon peut toujours arriver à relever un scénario médiocre. MI4, je ne me rappelle même plus de l’histoire, peut-être que c’était ordinaire, je ne sais pas, mais il me reste encore en tête nombre de séquences (la sortie de prison, la tour de verre avec le jeu de rôle, le stationnement intérieur, le désert) et les idées qu’elles soulevaient (sur la duplicité, l’image). Il y a des moments très forts, quand les personnages par exemple se cachent derrière un écran numérique qui simule la réalité d’un corridor, ou la scène dans le désert, des moments auto-réflexifs sur le cinéma contemporain et ses effets spéciaux (Tom Cruise perdu dans le désert de l’écran vert, le CGI qui simule une réalité cachant les hommes derrière). Et les séquences sont très bien orchestrées, originales. C’est de loin l’un des meilleurs films d’action des dernières années quant à moi (en plus d’être un superbe véhicule pour Tom Cruise).

      L’affrontement psychologique, ça amène à un autre niveau, effectivement, mais c’est plutôt rare (Die Hard est une exception). Enfin, c’est rarement bien mené surtout: il y a de ça dans le dernier Captain America, mais le film ne s’en préoccupe pas assez, ce n’est pas développé. Et il y a un problème de point de vue, comme dans le premier mais en moins pire, c’est un film qui devrait être concentré sur le Capitaine et son enquête, mais on nous montre Fury pour donner une scène d’action au fond inutile, et des apartés avec Redford pour justifier sa paie, mais tout ça dilue notre engagement envers le personnage, nous en révèle trop par rapport à ce que lui sait et ça finit par détruire tout suspens. Le film n’en a rien à cirer des doutes du Capitaine, ou même de sa relation au Winter Soldier, on ne prend jamais le temps d’installer quoique ce soit.

      Et ça vient de me donner une idée pour mon texte, en lien avec Die Hard, alors je m’arrête ici! (Mais je dois dire que j’ai un peu de misère à l’écrire, je pars dans toutes les directions, je n’arrête pas de couper et de recommencer, ça va peut-être prendre un peu de temps).

      • Martin Beaulieu
        27 mai 2014
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        À lire votre commentaire sur MI4, je réfléchie à un commentaire que je me fais depuis quelques semaines (à la lecture de vos autres billets), comment le cinéma à la capacité d’incruster des images en nous. J’ai des souvenirs enfants de petits bouts scènes que je ne pense pas oublier du reste de ma vie. Vous me direz que c’est le rôle du cinéma, mais des images, il y en a tout le tour de nous et leur capacité de s’imprégner dans notre mémoire n’est pas aussi forte que dans le cas du cinéma, en tout cas dans mon cas. Ainsi, je lis tout ce que vous écrivez pour MI4, je me souviens l’avoir vu, mais cela n’a aucunement eu la même capacité d’évocation. Il y a un jeu de connexion cérébrale… Pour Captain America, je suis d’accord avec vous, mais je crois que l’on voit le même verre d’eau, mais je pense le voir à moité plein…

        • Sylvain Lavallée
          28 mai 2014
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          J’aime beaucoup la question de la mémoire par rapport au cinéma. Stanley Cavell a écrit son livre, World Viewed, sans revoir les films dont il parle, assumant les erreurs d’interprétation (il faut dire qu’il n’avait pas bien le choix, en 71, avant le VHS!) Je disais lire Hustvedt: elle parle beaucoup de notre relation à l’art en termes d' »embodiement », je ne suis pas sûr comment je le traduirais (incarnation?), mais dans le cas du cinéma ça voudrait dire que nous ne sommes pas que des spectateurs distants séparés par un écran, mais que notre corps participe au film, comme si nous étions présents dans le monde à l’écran (on ressent les coups que reçoit un personnage par exemple, on pense avec lui). Et justement, on se rappelle d’images de film comme on se rappelle de nos propres souvenirs, en général par le biais des émotions qui y sont associées. Quand je pense à MI4, je me rappelle l’exaltation des moments que j’ai nommés, des sortes de flashes révélateurs où je me disais « quel coup de génie! » – et c’est tout ce qui me reste du film, cette émotion, les images éparses et idées associées à cette émotion. Je ne sais même plus qui jouait le méchant, quel était l’enjeu du film, parce que tout ça ne m’a pas marqué. J’imagine que c’est la même chose pour vous, mais étendu sur tout le film, une indifférence. On oublie vite dans ce temps-là.

          Et ce n’est pas sans lien avec ce que j’écris sur la construction de l’espace : pour que je puisse me sentir « embodied » dans une fiction, il faut un espace à hauteur d’hommes, pour que ma subjectivité y trouve sa place… Bon, il n’y a pas que ça qui joue, sinon j’aurais complètement oublié les films expérimentaux de Brakhage, mais c’est je crois très important, surtout dans le cas d’oeuvres narratives. Après, il y a toutes sortes de raisons, personnelles, contextuelles, qui peuvent influencer, mais il reste que je me méfie des films qui disparaissent de mon esprit – comme c’est le cas pour Winter Soldier, vu il y a à peine un mois, mais que je dois m’efforcer à ressusciter le souvenir!

  7. Nathalie Juteau
    28 mai 2014
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    Deux films vus ces dernières années m’ont marquée au point d’incarner en moi, comme vous dites, des fragments d’images, des scènes évanescentes qui demeurent collées à mon esprit. Deux films des plus différents par leurs formes et par leurs propos: Tree of Life et Spring Break. Je n’ai pas analysé le comment du pourquoi ces deux films demeurent toujours aussi présents en moi, mais intuitivement, je dirais que leur langage est en premier et avant tout purement cinématographique. Est-ce que le fait que ces deux œuvres ont été tournées dans des lieux physiques tangibles et réels fait une réelle différence dans ma plongée imaginaire? Je ne sais pas. Je pose la question.

    • Sylvain Lavallée
      28 mai 2014
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      Je ne sais pas non plus, mais pour ce qui est de Spring Breakers, l’explication ne tient pas (le lieu physique y est déconstruit, déformé, surréel, au point qu’il n’a plus aucun lien avec le lieu réel). Je dirais que « l’espace à hauteur d’homme » nous aide à nous « incarner » dans un film, mais ce n’est qu’une donnée parmi tant d’autres. Peut-être qu’il ne faut pas chercher plus loin que notre sensibilité personnelle, que parfois on ne peut pas expliquer : il y a des films dont je me rappelle avoir admirés que j’ai complètement oubliés, il ne me reste d’eux qu’une admiration désincarnée, et d’autres plus médiocres desquels survivent encore quelques images. Parfois je peux comprendre pourquoi (me rappeller le contexte du visionnement, certaines émotions, certaines idées qui me sont venues), d’autres non. Bref, je n’ai pas de réponse à la question! (Mais si vous vous y intéressez, Hustvedt touche beaucoup à ces questions, la formation du « moi », la mémoire, le rapport à l’art et à l’Autre – lecture chaudement recommandée).

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