Publié dans La Chute de l'Homme

Suspendre la Chute

“Car une chose est d’apprendre à regarder les films « en professionnel » – pour vérifier d’ailleurs que ce sont eux qui nous regardent de moins en moins – et une autre est de vivre avec ceux qui nous ont regardés grandir et qui nous ont vus, otages précoces de notre biographie à venir, déjà empêtrés dans les rets de notre histoire.” Serge Daney

Suspendre la Chute Publié le 12 avril 20151 réplique

“Car une chose est d’apprendre à regarder les films « en professionnel » – pour vérifier d’ailleurs que ce sont eux qui nous regardent de moins en moins – et une autre est de vivre avec ceux qui nous ont regardés grandir et qui nous ont vus, otages précoces de notre biographie à venir, déjà empêtrés dans les rets de notre histoire.” Serge Daney

Je crains que Vin Diesel ne se trompe : Furious 7 ne remportera pas l’Oscar du meilleur film l’an prochain (il disait : « It will probably win best picture at the Oscars, unless the Oscars don’t want to be relevant ever. There is nothing that will ever come close to the power of this thing. ») Dommage tout de même, j’aurais bien aimé pouvoir y croire, je préfère de loin l’allègre légèreté de cette franchise des plus surprenantes, même si sa dernière instance n’est pas (toujours) à la hauteur des attentes, à la balourdise prétentieuse de ce qui sera le Birdman de 2015. Comme écrit Richard Brody (oui, toujours les mêmes références, mais que voulez-vous, il n’y a pas beaucoup de bonne critique en ce bas monde) : « Its [le film] forthright pleasures have sharp limits, in other words. Yet its virtues are brought out by contrast with certain etiolated art-house productions that mistake ambiguity for complexity, gentility for virtue, solemnity for honesty, and plainness for authenticity. » L’art est si rare, il faut savoir l’apprécier quand il passe, et oui, il y en a plus dans cette série que dans la majorité des productions hollywoodiennes qui se veulent prestigieuses.

Peut-être que j’exagère, encore sous le choc de la surprise – c’est que je n’avais jamais vu ces films avant il y a deux semaines. Comme j’entendais les louanges se multiplier depuis le cinquième épisode en 2011, je me suis fait un petit marathon pour me préparer pour Furious 7, en me disant qu’il y aurait sûrement quelque chose à en tirer par rapport à La Chute de l’Homme. Et en effet, série des plus fascinantes, mais bon, je ne vais pas écrire sept critiques, alors je me contente de noter les deux aspects les plus importants pour l’angle habituel sur ce blogue, la construction des scènes d’action et le respect des acteurs – mais avant tout, quand même, un bref mot sur les six premiers films (trigger warningspoilers pour tous les films) :

The Fast & The Furious : Wow! Ok, ce n’est pas si bon, mais comme je ne m’attendais à rien, j’ai été soufflé, notamment par la scène d’action finale (voir plus bas), par la mise en scène (des scènes découpées! Pas juste du champ / contrechamp en gros plan! Maudit qu’on en a perdu en quinze ans!) et par Vin Diesel (présence prenante).

fast-furious-grilling-620x341

2Fast2Furious : Film de série B plutôt sympathique, mal aimé (il est vrai qu’on sent trop la structure récupérée au premier film et que Vin Diesel nous manque), mais en fait je trouve que c’est encore assez bien fichu.

Tokyo Drift : Le fond du baril, vraiment d’un ennui mortel, principalement parce que l’acteur principal est d’une parfaite insignifiance, ce qui nous (me) confirme qu’un film d’action tient avant tout à l’attrait de sa star (on me dira que ce n’est pas tout à fait un film d’action, mais le drame est encore plus inerte). Première incursion de Justin Lin derrière la caméra (qui signe aussi les 3 prochains films) ce qui me faisait peur pour la suite : mise en scène impersonnelle avec tous les tics modernes, aucune cohérence spatiale, du champ contrechamp ad nauseam. Le seul film qu’on peut éviter, heureusement, pour comprendre la suite des choses, tout ce qui est important est de toute façon répété dans le 6 et le 7 (pour ceux qui ne connaissent pas la structure de la série : les films 4, 5 et 6 se déroulent dans l’intervalle entre le 2 et le 3, la fin de ce dernier est reprise à la fin du 6 pour ouvrir la voie au 7).

Fast and Furious : On remonte un peu la pente, mais pas beaucoup (surtout grâce à la séquence d’ouverture, superbe). En gros, les intentions sont bonnes (commencer à reformer la famille), l’exécution atroce (entre autres parce que la mort de Letty (Michelle Rodriguez) est complètement escamotée, on peut à peine en ressentir le choc et comme le reste du film est une quête de vengeance, on suit les personnages sans partager leur émotion).

Fast Five : De l’avis général, le meilleur de la série, mais je préfère le suivant, peut-être même le premier. Lin filme comme un pied, à part la séquence finale l’action est assez ordinaire, et la première partie est très laborieuse. Le film démarre vraiment quand la famille est enfin réunie et que les personnages sont mis à l’avant-plan. Lin (et le scénariste Chris Morgan) commencent à établir quelque chose qui ne s’épanouira vraiment que dans le suivant (la famille!) Mais la finale : wow! (voir plus bas) Et évidemment, The Rock, toujours la meilleure chose dans un film (il en serait peut-être autrement s’il choisissait mieux ses projets) : le contraste entre la masse imposante de son corps et l’aisance de son jeu est des plus réjouissantes, et son plaisir manifeste du cinéma est tout autant contagieux.

Furious Six : Le mélange le plus réussi de soap opera et d’action, d’où ma préférence, même si la scène finale est trop longue et un peu confuse, même si Lin ne sait toujours pas filmer des acteurs qui parlent. Heureusement, on sent tout de même un respect envers eux, ou rien ne nuit à nous transmettre leur amitié et leur joie de travailler ensemble (un bon cinéaste, toutefois, bâtirait sa vision à partir de cette matière par la mise en scène). Je ne sais pas pourquoi les fans de la série tiennent Lin en haute estime : il est vrai que ses scènes d’action sont largement au-dessus de la moyenne, mais à mon avis c’est lui qui empêche la série de vraiment s’élever, elle doit beaucoup plus à la plume de Morgan et surtout (enfin, je présume) à Vin Diesel, qui produit depuis le quatrième volet (je présume parce que je ne sais pas ce qui se passe en coulisses, mais à l’écran c’est vraiment sa famille, ou son idée de la famille, et la série est taillée sur mesure pour lui, c’est-à-dire qu’il démontre l’amitié qu’il prêche (et qui correspond aussi à la générosité qu’on lui connaît en tant que star) en laissant une belle place à tous les membres de la famille).

la-fast-and-furious-family-est-en-deuil

Enfin, l’important maintenant : l’action.

Quoique les extravagances des derniers films soient jouissives, la série n’a jamais approché à nouveau le sommet que constitue la séquence finale de The Fast & the Furious (le premier, qu’on différencie du quatrième parce que celui-ci fait fi des the!), un modèle exemplaire du genre à tous les niveaux. D’abord pour le découpage, parfaitement lisible (aucune caméra nerveuse ici, que de bons plans larges suffisamment longs, alternant habilement entre les divers points de vue) et pour l’unité spatio-temporelle (une seule action, simple, qu’on prend le temps de bien montrer, ressentir : libérer Vince qui est coincé sur le capot d’un camion sur l’autoroute). Ensuite parce que la scène est bien préparée : on a déjà vu Vin Diesel et son équipe s’attaquer à un camion dans la première scène, on sait donc ce qu’ils veulent accomplir; on sait aussi que le chauffeur du camion les attend, mais on ne sait trop comment il va les accueillir (ce sera un shotgun); alors nous avons un parfait suspens fondé sur un inattendu (que va faire le chauffeur?) qui surgit dans une situation connue et bien établie (ils utilisent la même tactique d’approche qu’ils avaient utilisé au début). Enfin, il y a un poids dramatique à la séquence au-delà de l’action elle-même puisqu’il s’agit du moment où Brian O’Conner (Paul Walker) décide de révéler qu’il est flic (il infiltre la gang à Dominic Toretto (Vin Diesel) avec qui il a commencé à développer une amitié), ce qui influe aussi sur sa vie intime (Vince est son rival pour l’amour de Mia (Jordana Brewster), la sœur de Dominic, le fait de le sauver confirme sa supériorité sur lui, mais en même temps en agissant à ce moment Brian se dévoile, ce qui empêche son amour naissant, enfin, jusqu’à la réconciliation au quatrième épisode). Bref, l’action sert à développer les personnages (les autres aussi, leur désir de sauver Vince par exemple confirme leur solidarité), ce qui est très, très rare et pourtant fondamental (tout Die Hard fonctionne sur cela, les Rocky aussi).

L’autre grosse réussite, en termes d’action, est la finale de Fast Five, un coffre-fort traîné par deux voitures dans les rues de Rio. Pas de développement de personnage à ce moment, l’enjeu est purement narratif (vont-ils réussir leur vol?), il n’y a pas d’attente, que de l’inattendu (leur plan initial échoue, ils doivent improviser), une approche de l’action qui peut aussi être fort efficace quand elle est bien menée, ce qui est plutôt difficile puisqu’il faut que la solution improvisée soit vraiment surprenante, qu’elle nous prenne de court par son inventivité (plausible ou non), comme c’est le cas ici (le suspens est généralement moindre, il fait place au plaisir de la surprise). Le contraste entre cette séquence et celle qui clôt de The Fast and The Furious est particulièrement éloquent dans l’optique de la Chute de l’Homme : on passe d’un suspens « réaliste » où l’on craint essentiellement pour la vie d’un seul homme sur une autoroute quasi vide, donc sans dommages collatéraux, à une destruction massive en lieu urbain où, en théorie, il doit bien y avoir une tonne de victimes collatérales (sans compter les policiers, mais ils sont apparemment tous (sauf une!) corrompus), et où l’on ne craint jamais pour les personnages principaux, devenus invincibles (il n’y a plus de suspens, que la jouissance de la destruction).

img_5286

La scène fonctionne surtout par son absence totale de gravité (dans le sens de sérieux comme de loi de la physique), l’abandon avec lequel le film s’adonne à la destruction. En général de telles scènes se voient plutôt alourdies par un ton sombre, pessimiste, ou un sérieux mal placé (comme exceptions qui assument le jouissif je pense aux Transformers ou la fin des Avengers avec le Hulk, Smash!) La fin du Man of Steel de Zack Snyder par exemple est foutument impressionnante, mais l’atmosphère est si grave, tragique, qu’elle nuit au plaisir du spectacle – dans ce genre de séquence, fondée sur un spectacle de cataclysme dévastateur, il faut nous laisser savourer la destruction en paix, sinon à quoi bon? C’est une sorte d’hypocrisie : on fait semblant que tout ce massacre, c’est dramatique, même si en réalité le tout reste sans conséquence (peut-être n’est-ce que moi qui ne peux pas prendre au sérieux ces scènes : j’aime autant que quiconque voir une ville s’écrouler, mais il ne faut quand même pas me demander de trouver cela tragique, la disproportion empêche le drame, le trait est trop forcé, grossier, le plaisir du spectacle balaie toute autre émotion). De même, le drame que vit Superman s’accorde très mal avec la ville qu’il détruit férocement, une tension difficile à réconcilier pour le spectateur puisque mon émerveillement face au spectacle ne correspond nullement au drame que vit Superman, il y a une déconnexion trop forte entre moi et lui qui me met à distance en contredisant mon émotion (comme si le film voulait m’émerveiller tout en m’interdisant de l’être).

Dans les Fast, au contraire, les auteurs savent très bien là où il faut mettre son drame (les personnages) et là où il n’est pas nécessaire (partout ailleurs), ce qui nous permet d’apprécier le spectacle en paix. De plus, puisque le film demeure attaché aux personnages, puisqu’il met en scène leurs réactions humaines aux situations invraisemblables, Brian et Dominic semblent aussi surpris que nous de la destruction qu’ils commettent, ils s’amusent avec nous, sans pour autant nous faire des clins d’œil méta qui nous sortiraient de la fiction (ce n’est pas juste un film). Alors étrangement, malgré les personnages quasi-super-héros (en ce qu’ils sont invincibles et qu’ils défient les lois de ce monde), le film reste ancré dans l’humain : mon émerveillement est aussi celui des personnages, ils vivent le spectacle, assumé comme tel, et nous invitent dans la fiction en affichant des émotions qui sont aussi les nôtres, qui autorisent et réfléchissent les nôtres.

landscape-1428081205-2431-sb-00003r

Ce qui nous renseigne bien sur une chose : on se fout de l’invraisemblance du moment que les personnages et le film, eux, y croient. Rien de plausible dans Fast Five ou Furious Six, mais les films font comme si, ils croient en leur propre fiction. Dans Furious Seven, cependant, pas tout à fait : l’invraisemblance est toujours assumée, mais cette fois on tombe vraiment dans le « juste un film ». Le problème, c’est que le film n’essaie même plus de justifier l’action, elle survient parce qu’on en a envie et c’est tout. Je veux bien qu’une ambulance écrase un drone, mais il faut au moins me permettre de croire que le personnage qui conduit ce véhicule a pu suivre le drone, qu’il a prévu le détruire de cette façon, même si tout cela est hautement improbable. Puisque l’ami The Rock joue ce conducteur, j’aurais pu croire qu’il en est capable, parce qu’il y aurait cru avec moi (il a la foi envers le cinéma, ce type). Mais dans le film, l’ambulance surgit comme ça, complètement inattendue, parce que c’est drôle (ce l’est, mais ce le serait plus si on avait pu anticiper le coup, ou se dire, du moins, « j’aurais pu, mais je ne l’ai pas vu venir » plutôt que simplement « je ne l’ai pas vu venir » – et si je ne l’ai pas vu venir, c’est que personne dans le film n’y croit, derrière la caméra non plus, alors on n’essaie pas de me faire croire non plus, on veut juste m’impressionner avec une cascade débile). Les séquences manquent de lien, on passe de l’une à l’autre un peu au hasard, on casse le ton de manière brusque et maladroite, il n’y a aucun effort de cohérence quelconque. J’ai l’impression, en fait, que les auteurs ne savaient pas quoi faire avec Jason Statham : un homme seul comme vilain ne permettait pas de justifier les séquences spectaculaires qu’ils avaient en tête, alors ils ont rajouté une trame secondaire qui ne fait aucun sens avec la première (même Dominic en est conscient : comme il dit au départ, pourquoi j’essaierais de chasser ce vilain si de toute façon je n’ai qu’à attendre qu’il m’attaque?) Le 5 et le 6 ne brillaient certes pas par leur cohérence, mais il y avait un effort minimal pour justifier les incohérences, avec des explications invraisemblables auxquelles les personnages croyaient, et il ne faut rien de plus pour que j’y crois à mon tour.

Alors pourquoi le film ne paraît pas si décousu? Probablement parce qu’il laisse les acteurs assurer cette cohésion qu’il ne parvient pas à maintenir autrement, parce que James Wan (qui remplace Lin) ne leur nuit pas plus que son prédécesseur. À ce point de la série, il y a une telle complicité entre les acteurs (et entre eux et le spectateur) que cela suffit à porter le film, à nous démontrer que oui, quand Vin Diesel dit (dans Fast Five je pense) qu’il n’y a rien de plus important pour lui que les personnes réunies autour de cette table, il est sincère. C’est aussi ce qui rend les excès mélodramatiques si beaux, sentis, sans ironie, en particulier la relation entre Dominic et Letty : on la croit morte dans le quatrième épisode, elle ressuscite dans le sixième, mais amnésique, elle ne se rappelle plus de son amour pour Dominic et elle travaille pour le vilain du moment (Owen Shaw, joué par Luke Evans). Il faut la reconquérir, la ramener du bon côté, lui remémorer son amour pour reformer la famille, ce qui donne lieu à quelques moments très forts (le saut entre deux autoroutes pour l’attraper au vol dans Furious 6, autre séquence d’action qui rejoint l’intime ; ce beau dialogue, dans le cimetière, au début de Furious 7).

bcu6lwvipue93nvu7dbr

En fait, il y a dans toute la série (sauf peut-être le 3) une confiance et un optimisme envers l’homme des plus rafraichissants en cette ère de la Chute : jamais Dominic ne doute de Letty par exemple, il sait qu’elle finira par redevenir elle-même, et il fait confiance à Brian malgré tout à partir du 4, à Vince aussi dans le 5. L’idée de famille est développée surtout à partir du 5, mais il s’agit d’une reprise amplifiée du thème de la solidarité présent dès le premier film (Brian sacrifiait son travail au profit de son amitié). D’ailleurs, j’aime bien comment la série repart dans une nouvelle direction à partir du 4 sans jeter le passé aux poubelles (une sorte de reboot, la série part dans une autre direction, qui n’en est pas un, puisque le début de la série continue d’exister au lieu d’être effacé), en allant chercher les personnages secondaires du 2 et du 3 pour leur donner une nouvelle chance, comme si la série elle-même était une famille et qu’il fallait en honorer tous les membres. Bref, l’idée de famille n’est pas que des mots jetés comme ça au hasard, les films démontrent un véritable respect envers cette idée (et quelle famille d’ailleurs : reconstituée, multiethnique, ouverte et mouvante, ce qui est déjà fort singulier dans le cinéma hollywoodien, et ce qui correspond aux origines ethniques de Vin Diesel (voir wikipedia).

Ce respect s’étend aussi au-delà de la famille, par exemple envers Jason Statham : a priori, Statham comme ennemi, ça ne me plaisait pas trop comme idée, puisque c’est une star qui défend une éthique, un code du moins, et avec les Expendables, il affiche une solidarité semblable à celle de la famille de Vin Diesel. Mais voilà, le film le met explicitement en parallèle avec Vin Diesel puisqu’au fond l’objectif de Deckard Shaw, son personnage, est le même que celui de Dominic dans Fast and Furious, venger sa famille (Statham est le frère d’Owen, le Méchant mort dans la finale du 6). Déjà, sa présence était préparée dans le 6, dans la confrontation verbale entre Dominic et Owen, quand ce dernier dit quelque chose comme « tu as un code comme mon frère, lui aussi tient à la famille » (nous ne savons pas encore que Statham sera ce frère). « Tu devrais écouter ton frère, tu comprendrais pourquoi je dois faire ce que je fais » répond Dominic, sa motivation nous permettant de comprendre à l’avance celle de Statham (dans Furious 7 par contre, Statham demeure sous-utilisé, trop monomaniaque, et si ce n’était de sa présentation dans le film précédent, sa présence serait bien pauvre). 1La scène offre aussi une belle autoréférentialité par rapport à Vin Diesel : Owen lui dit « tu volais des DVD sur la rue et maintenant te voilà à la tête d’une famille multimillionnaire », un peu comme Vin Diesel tient aujourd’hui la barre, comme producteur, d’une des plus lucratives franchises hollywoodiennes, après des débuts beaucoup plus modestes. Selon imdb : « His first break in acting happened by chance, when at the age of seven he and his friends broke into a theatre to vandalize it. A woman stopped them and offered them each a script and $20, on the condition that they would attend everyday after school. » J’espère en fait que si huitième opus il y a, le personnage de Statham soit récupéré pour l’allier à la famille (ça serait un conflit intéressant pour Statham d’ailleurs, en phase avec ses rôles usuels, ses personnages devant souvent remettre en question leur code lorsque confrontée à une situation inattendue (dans le premier Transporter entre autres) : doit-il suivre son code et se venger pour son frère ou vivre sa solidarité autrement, en s’associant à Dominic?)

Enfin, Furious 7 réussit surtout à offrir un émouvant hommage à Paul Walker, ce qui n’est pas une mince affaire puisque de prime abord, il y a quelque chose d’indéniablement indécent dans un film qui accumule les cascades automobiles impossibles et des personnages qui défient la mort (Letty, Dominic) alors même que l’une de ses stars est morte dans un accident de voiture (dans un monde où les voitures peuvent sauter d’un gratte-ciel à l’autre à Dubaï, difficile de croire qu’on puisse trouver la mort dans un véhicule), mais il y a aussi quelque chose de très beau dans le fait d’offrir à Walker une vie qu’il n’a pas pu avoir (auprès de sa famille, sa fille). Quand Letty pleure sur le corps de Dominic, à la fin, et qu’il reprend vie lorsqu’elle se remémore leur mariage, ce mélo (très fort au demeurant) peut sembler nier la réalité, la mort autrement plus définitive de Walker, pourtant j’y vois plus une foi envers le cinéma, comme si cette résurrection était aussi celle de Walker, qui peut continuer à vivre à travers son œuvre. L’amour de Letty réveille Dominic, celui de Vin Diesel envers celui qu’il disait son frère le maintient aussi en vie dans ce film (Walker est mort avant la fin du tournage, la magie du numérique comble les trous, mais euh, son avatar est parfois terrifiant, problème d’uncanny valley). Le film insiste beaucoup sur la mémoire : dans le cimetière, Letty parle des souvenirs qu’elle voit briller dans les yeux de Dominic, mais qu’elle ne peut plus partager avec lui, cette Letty qu’il se souvient n’existe plus qu’en lui, et c’est de retrouver cette mémoire qui le ramène à la vie – la mémoire étant aussi, au fond, le cinéma (il n’y a bien qu’au cinéma qu’on peut ressusciter ainsi!) No more funerals disait Dominic au début du film, devant les tombes de deux membres de la famille morts dans le sixième épisode, il n’y aura donc pas de funérailles pour Brian : la série dit au revoir à Paul Walker (le dernier plan est magnifique), mais refuse de le laisser mourir aussi dans la fiction. Il ne peut pas mourir, en fait, parce que Furious 7 est la mémoire vivante de son acteur défunt, le film entier (et la série par ricochet) devient l’un de ces souvenirs qui ne veulent pas mourir, comme ceux de Dominic et Letty – rarement (jamais?) ai-je vu un film rendre un hommage aussi senti à l’un de ses acteurs.

Fast-Furious-7

La Chute de l’Homme : même si Furious 7 fait la démonstration que les voitures peuvent voler, je n’irais pas jusqu’à dire que les Furious renverse la Chute, ramène l’Homme vers le haut, mais peut-être parviennent-ils au moins à suspendre sa course vers le bas, à le maintenir ainsi en apesanteur dans une dignité certaine, et à croire en ses possibilités (et en celles du cinéma). C’est déjà pas mal.

Notes   [ + ]

“Car une chose est d’apprendre à regarder les films « en professionnel » – pour vérifier d’ailleurs que ce sont eux qui nous regardent de moins en moins – et une autre est de vivre avec ceux qui nous ont regardés grandir et qui nous ont vus, otages précoces de notre biographie à venir, déjà empêtrés dans les rets de notre histoire.” Serge Daney

1 comment

  1. Ok, écrit trop rapidement, comme souvent, alors hommage Paul Walker prise 2 : tout Furious 7 apparaît comme si Vin Diesel disait “je ne vais pas enterrer mon meilleur ami une deuxième fois”, alors les cascades impossibles viennent moins nier la mort de Walker que la défier. C’est tout le sens du “cars can’t fly” : dans la vie, en effet, les autos ne volent pas, mais au cinéma pourquoi pas? La voiture que conduisait Walker ne pouvait pas voler, mais Vin Diesel, lui, par le cinéma peut le faire, alors il fait voler la voiture de Walker là où en réalité elle s’est écrasée ; la vie lui a enlevé son ami alors il le fait revivre au cinéma afin de lui dire un vrai au revoir, lui offrir cet adieu qui n’a pas eu lieu au réel. Vin Diesel dit au fond : notre amitié survit à la mort, ce film en est la preuve. Bref, c’est très beau.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *