Oblivion

(Eh ben voilà, c’était mon dernier texte pour Séquences (pour la revue, il me reste à remettre en ligne quelques entrées de blogue). On voit que mes dernières contributions tournaient déjà autour de mes sujets de prédilection actuels… C’est un peu pour ça que je suis parti : Tom Cruise ne fait pas des films chaque mois, alors j’avais de la misère à trouver des films sur lesquels j’aimerais m’épancher! Blague à part, c’est un texte qui aurait mérité quelques paragraphes de plus, et la conclusion est franchement exagérée – il y a tout de même plein d’idées dans ce film, même si elles sont peu développées. Paru dans le numéro 285 de la revue Séquences, Juillet-Août 2013.)

Une critique du repliement vers le virtuel dans Tron Legacy, et maintenant une pléthore de sous-textes dans Oblivion (dont, encore une fois, une lutte entre le virtuel et le réel), Joseph Kosinski ne manque pas d’ambition, avec son cinéma de science-fiction s’articulant autour de grandes idées, fort pertinentes et actuelles. Dommage, toutefois, qu’il ne parvienne pas à les développer avec cohérence. Dans Oblivion, sa piètre maîtrise de la mise en scène se fait sentir assez tôt, alors qu’il enchaîne les uns après les autres des espaces spectaculaires qu’il ne prend jamais la peine d’explorer, préférant l’accumulation à l’approfondissement, la surenchère de « belles » images (et pour ce que ça vaut, elles le sont vraiment) à une véritable vision significative. Si bien que, par exemple, la division entre le haut et le bas (les oppresseurs vivant dans le luxe au-dessus des nuages et les victimes dans la sale pauvreté des caves), déjà peu originale, se perd dans une mise en scène plaçant tout au même niveau, indifférente, incapable de travailler un espace, un personnage, un événement, pour relever ce qu’ils peuvent avoir de singulier.

De même, le film cherche moins à construire sa propre vision qu’à calquer celle des classiques qui le précèdent. La finale, notamment, tire beaucoup de sa puissance évocatrice par sa référence, peu subtile quoique riche, à 2001, autant pour l’intelligence artificielle malveillante que pour la créature en face à face avec son créateur, mais malheureusement cela ne sert que de béquille à une réflexion que le film ne peut pas soutenir par lui-même. Ainsi, Oblivion est à l’image de son personnage principal (Tom Cruise), un clone sans personnalité distincte, une pâle copie des classiques qu’il pille. Le happy-end, en ce sens, est moins une concession aux producteurs qu’une tentative d’auto-justification, comme si en redonnant son humanité au clone le film tentait de se disculper de son manque d’individualité. Le double vaut bien l’original en autant qu’il sache aimer : peu convaincant, cet argument renverse la distinction établie auparavant entre l’homme et son image, et ne fait que célébrer la vacuité de l’ensemble.

Sylvain Lavallée Écrit par :

"Car une chose est d’apprendre à regarder les films « en professionnel » - pour vérifier d’ailleurs que ce sont eux qui nous regardent de moins en moins - et une autre est de vivre avec ceux qui nous ont regardés grandir et qui nous ont vus, otages précoces de notre biographie à venir, déjà empêtrés dans les rets de notre histoire." Serge Daney

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