L’ami Jerry

« Lewis is an artistic genius of visual and scenographic inventiveness, comic fury, technical originality, and philosophical perspective; but he’s also a furious, reckless, regressive, id-plumbing revealer of the depths of his character by way of demands on his body. And this full-spectrum artistic commitment—from the ideal to the carnal, from the sophisticated to the crude, from the pursuit of an artistic conception to the force and price of personal drive and desire—is his crucial connection to, and inspiration of, the new world of young filmmakers. » Richard Brody

Heureuse surprise, ce matin, que ce texte de Brody dont voilà la conclusion, puisque j’ai commencé à découvrir Jerry Lewis dernièrement (aussi, je suis jaloux et veux voir cet entretien Scorsese-Lewis!) Je n’ai même pas encore vu ses films plus réputés (essentiellement, je pense, The Nutty Professor, The Patsy, The Ladies Man et Bellboy), et je trouve que c’est l’artiste le plus formidable qui m’a été donné de rencontrer cette année, et de loin (bon, je me garde une petite gêne, Preston Sturges, c’est génial aussi, et Frank Tashlin compte pour beaucoup, j’ai d’ailleurs vu surtout des films réalisés par ce dernier). Je n’ai pas grand-chose à dire pour l’instant, sinon pour recommander chaudement avec soixante ans de retard, mais trouvons le temps pour une courte analyse d’une scène de The Errand Boy (réalisé par Lewis, celui-là) pour expliquer quelque peu mon enthousiasme : Lewis se confie à une sorte de marionnette d’autruche (l’image ci-haut), expliquant pourquoi il est si étourdi, maladroit depuis le début du film, trop excité qu’il est par ce monde hollywoodien merveilleux qu’il découvre (son personnage commence à y travailler). Puis il se rend compte qu’il parle à une marionnette et commence à relever l’absurdité de la situation, alors l’autruche lui demande (oui, elle parle) pourquoi il s’en fait avec cela, après tout s’il aime ce qu’il voit et qu’il y croit, pourquoi ne pas l’accepter? Et la scène en finit là, pas de petit malin qui se cache derrière la marionnette, qui joue un tour au pauvre Lewis, non il parle à une marionnette vivante, ou à une autruche qui est représentée par une marionnette, et il nous invite à croire à la scène avec lui (la discussion est en plan-séquence, rien pour briser la magie de ce qui se passe entre eux deux). Voilà en quelques minutes une superbe déclaration d’amour au cinéma et à ses possibilités; de plus, la fin du film récupère implicitement le discours de cette scène pour y adjoindre un exposé émouvant sur la star comme modèle pour le spectateur (en gros, Lewis nous dit, pratiquement dans ces mots, que la star permet d’exprimer ce que le spectateur aimerait dire ou faire, la star donnant des mots, des actions, un corps à ces désirs). Bref, pour réapprendre à aimer le cinéma en cette année des plus chiches (en espérant que le FNC qui s’ouvre renverse la tendance), rien de mieux que Jerry Lewis (c’est aussi très, très drôle, ce qui est déjà pas mal).

Enfin, comment résister à un extrait jouissif de cet Errand Boy avant de partir en mer festivalière :

Sylvain Lavallée Écrit par :

"Car une chose est d’apprendre à regarder les films « en professionnel » - pour vérifier d’ailleurs que ce sont eux qui nous regardent de moins en moins - et une autre est de vivre avec ceux qui nous ont regardés grandir et qui nous ont vus, otages précoces de notre biographie à venir, déjà empêtrés dans les rets de notre histoire." Serge Daney

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