Notes de visionnement – Top Gun

Ok, the « Tom Cruise movie » des années 80 ? Pas son meilleur, mais sûrement le plus iconique, celui qui assoit son statut de star. Remarquons d’abord que Tom Cruise a participé de près au film, il a retravaillé la première mouture du scénario que lui avait présenté Simpson/Bruckheimer pour développer notamment le drame de son personnage, alors Tom Cruise est en partie l’auteur du scénario-type du Tom Cruise movie, pas seulement son acteur (il continuera par la suite de collaborer à ses scénarios et de surveiller de près le tournage). Quelques notes :

1 – « Jeez, I crack myself up ! » dit-il après avoir pris une photo d’un pilote ennemi en plaçant son avion au-dessus, à l’envers. Satisfait de lui-même, notre Tom Cruise.

2 – Mais pas tant que ça : quand son supérieur, par après, lui reproche ce genre de vaines acrobaties, il se raidit (en bon militaire) devant les accusations, on ne peut plus droit, le regard fixe devant lui. Il semble surtout se protéger par sa pose. Et dès qu’il est mention de sa famille, son père, il perd un peu sa tenue, son regard se détourne vers la gauche.

3 – Encore obsédé par être le meilleur : dans le discours de bienvenue à l’école Top Gun, quand Michael Ironside dit à ses nouveaux étudiants qu’ils sont the elite, the best, Tom Cruise, poings serrés, le bras à la verticale, accoudé sur sa table, serre sensiblement le poing. Puis, quand Michael demande qui pense que son nom sera sur la plaque du meilleur de la classe, seul Tom Cruise répond. Enfin, en entendant no place for second place, Tom Cruise lance un de ses sourires.

4 – Tout autant fier de ses exploits : son grand sourire quand on les énumère. De même, quand on lui reproche d’être dangereux, il le prend plutôt comme un compliment, il lance un autre sourire en répliquant That’s right. Mais c’est quand même bizarre que c’est uniquement ce que l’on semble avoir retenu de Tom Cruise dans ce film quand l’enjeu explicite est de perdre ce comportement dangereux, d’apprendre l’humilité, de voler avec ses confrères, etc. (le travail d’équipe, c’est important pour Tom Cruise, ça revient beaucoup dans les Mission : Impossible, il n’est pas un héros solitaire).

5 – Il continue à avoir de la difficulté à soutenir le regard de l’autre, notre Tom (j’ai l’impression, en consultant mes souvenirs, que c’est une constante), surtout devant Val Iceman Kilmer. Quand ce dernier lui demande quel est son problème, Your mother didn’t love you, le regard de Tom, encore une fois, part au loin. En fait, si le corps de Tom Cruise parle beaucoup, son émotion passe souvent par ses yeux, l’alternance fierté/peur entre autres (il y a souvent un contraste entre ce que son corps dit et ce que ses yeux disent).

6 – Les lunettes de soleil, comme dans Risky Business, lui permettent de se cacher.

7 – Il n’aime pas l’autorité, notre Tom Cruise, se faire imposer des règles : quand il se fait remontrer une nouvelle fois, cette fois par son supérieur à Top Gun, il a la peur dans les yeux, il déglutit devant les menaces. Ce n’est peut-être pas tant l’autorité en fait, mais l’idée que ce qu’il fait n’est pas reconnu, que les autres ont mauvaise opinion de ses actions. Surtout qu’il rêve d’un parcours professionnel impeccable.

8 – Son meilleur ami, Anthony Edwards, fait un grand speech sur Tom Cruise et son père, aussi un pilote pour l’armée, disparu dans des circonstances mystérieuses (pas un mauvais père donc, mais un père absent). You fly with a ghost dit Anthony, Tom Cruise doit se prouver face à son père – comme il doit se prouver face à l’armée et face à ses spectateurs : il recherche l’approbation, la validation par le regard des autres. C’est aussi ce que lui demande Tom Skerrit, sa figure paternelle/mentor qui l’amène vers le droit chemin : trying to prove something ?

9 – Aussi, quand sa douce (Kelly McGillis) l’attaque en public (elle lui reproche sa réponse à un examen, une proposition de manœuvre risquée), il se fige et la fuit en moto par après. C’était pourtant une critique toute professionnelle, mais il ne peut pas accepter ça, notre Tom Cruise : considérant que son engagement dans son travail lui permet de fuir ses difficultés relationnelles, ce n’est pas difficile de comprendre sa réaction.

10 – Après la mort de son meilleur ami, quand il doit aller voir sa veuve (Meg Ryan), il n’arrive pas à rentrer chez elle : il ouvre la porte, la referme, et se soutient sur elle. On ne le verra jamais entrer, coupe de montage et le voilà à l’intérieur, et Meg vient le réconforter plutôt que le contraire (il n’arrive pas à lui parler). Tom Cruise serait bien incapable de faire face à une telle émotion personnelle, d’en parler.

11 – Reprise de Risky Business : on se rappelle de la scène avec l’infirmière, quand Tom Cruise la prenait délicatement par le col. Dans Top Gun, il répète ce geste avec son nouveau co-pilote, suite à la mort de son ami, mais cette fois il est violent, l’émotion vive. Dans Risky Business, on était en gros plan, Paul Brickman soulignait l’impassibilité de l’infirmière et les mains timides de Tom Cruise ; ici, Tony Scott préfère un plan large, avec tout le corps de Tom Cruise qui se penche, menaçant, vers son co-pilote.

12 – Tom Cruise perd le contrôle encore une fois : en étant pris dans le jet wash, il perd le contrôle de son appareil, n’arrive pas à le redresser, perd son ami et sa vie s’effondre. Mais le schéma du film est un peu atypique pour Tom Cruise, il ne gagne pas ainsi en assurance, il apprend plutôt à la tempérer (quand on lui dit, vers la fin, qu’il n’a rien appris, il serre la mâchoire, le visage carré, insulté par cette remarque aveugle).

13 – On sait qu’il a appris quand, à la fin, lorsqu’on lui montre qu’il a fait la une des journaux, il tente de réprimer son sourire : il commence à l’esquisser et se reprend aussitôt et retrouve un air plus neutre. Tout le contraire de la scène avec Michael Ironside au début.

Bref, Tom Cruise n’est pas que cela :

Sylvain Lavallée Écrit par :

“Car une chose est d’apprendre à regarder les films « en professionnel » – pour vérifier d’ailleurs que ce sont eux qui nous regardent de moins en moins – et une autre est de vivre avec ceux qui nous ont regardés grandir et qui nous ont vus, otages précoces de notre biographie à venir, déjà empêtrés dans les rets de notre histoire.” Serge Daney

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