Notes sur la critique: Pourquoi?

En effet, pourquoi écrire des notes sur la critique? Ou pourquoi la critique parle-t-elle si souvent d’elle-même? Bon, je ne suis plus officiellement critique, alors ce n’est pas comme si je vais parler de moi-même, mais puisque tout le monde est critique, peut-être bien que si… Dans tous les cas, avant de parler une énième fois de la critique, il faut bien se demander pourquoi je le juge nécessaire; après tout, quel autre métier consacre autant de temps à essayer de se définir lui-même? Quelle autre profession tente de justifier constamment son existence?Ces questionnements surgissent habituellement lorsque la critique professionnelle se déclare elle-même en temps de crise : nous allons tous mourir, la télévision nous envahit! Maintenant ce sont ces infâmes bloggeurs! Dommage qu’il faille attendre la « crise » (illusoire quant à moi) pour se remettre ainsi en question, car en fait il est sain, voire nécessaire, que la critique parle autant d’elle-même. D’abord parce que parler de critique, c’est aussi (et surtout) parler d’art, parce que défendre une vision de la critique, sa nécessité, c’est aussi défendre une vision de l’art; en effet, j’aurais bien des difficultés à vous convaincre que l’art n’est pas fonctionnel si j’écrivais des critiques qui se réduisent à vanter le suspens efficace d’un thriller. Un texte comme celui-ci n’est donc qu’une manière plus directe de parler de ce que je fais déjà de biais dans mes critiques proprement dites. En définissant la critique, je vous parle en premier lieu de ma propre expérience du cinéma, de mon engagement à cet art.Et ensuite, c’est le plus important, parce que ce regard porté sur soi, ou cette conscience de son propre regard porté sur l’art, est nécessaire à tout critique digne de ce nom, précisément, d’ailleurs, parce que l’art n’est pas que fonctionnel. Car si l’art était bien fonctionnel, s’il suffisait que le suspens fonctionne dans un thriller pour crier au chef d’œuvre, il me suffirait de jauger l’intensité de mes émotions pour évaluer un film. J’ai ri durant une comédie, j’ai pleuré durant un drame, j’ai eu peur durant un film d’horreur, chef d’œuvre, chef d’œuvre, chef d’œuvre… Je ne dis pas que nos émotions sont inutiles ou insignifiantes, mais se concentrer uniquement sur ses propres émotions et rien d’autre, voilà une belle définition du solipsisme. Avoir conscience du regard que nous portons sur l’œuvre, c’est se demander pourquoi telle émotion a été ressentie, c’est savoir différencier ce qui appartient à soi et ce qui appartient en propre à l’altérité face à nous, à l’œuvre donc, et c’est reconnaître aussi la diversité des regards possibles sur cette même œuvre. Quand je dis « j’ai pleuré, chef d’œuvre », j’érige ma propre expérience en critère de jugement absolu, ce qui nécessairement nie les autres expériences possibles, entre autres ceux qui n’ont pas pleuré (leurs expériences ne valent rien puisque c’est un chef d’œuvre même s’ils n’ont pas pleuré).

À peu près tous les critiques seront d’accord avec ce qui précède, quoiqu’ils le diront en d’autres termes (ce n’est pas le jugement ou la cote qui importent, mais la défense, l’argument, ou encore il faut tendre à l’objectivité, etc.), et même si très peu témoignent réellement d’une quelconque conscience dans leurs textes. En fait, non seulement il est difficile de dénicher chez le critique moyen cette conscience de soi, mais en plus il tend à parler de lui-même d’une manière qui le dissocie complètement de l’objet-cinéma qu’il devrait pourtant aimer à cœur ouvert.

Par exemple, le critique moyen pourrait résumer ce que j’ai dit plus haut par une niaiserie du genre « parfois on aime des mauvais films ou on n’aime pas de bons films, il faut voir l’œuvre avec objectivité, au-delà de nos goûts personnels ». Ce serait la traduction de « il faut être conscient de la source de son émotion, de son regard ». Eh bien, non, justement, c’est une très mauvaise traduction, car on ne verra jamais quoique ce soit avec « objectivité » (je peux emprunter vos yeux?); je l’ai déjà dit sur mes blogues à plusieurs reprises et sous plusieurs angles, avec plus de conviction dans la dernière année il est vrai : il ne faut pas chercher une « objectivité » inexistante, mais prendre conscience de sa subjectivité pour ce qu’elle est. Voilà pourquoi il est important de définir la critique, c’est-à-dire de chercher à comprendre comment on regarde un film et pourquoi. Un regard juste sur l’altérité passe toujours avant tout par une conscience de son propre regard. Je ne pourrai jamais voir l’Autre devant moi si je ne sais pas comment je le regarde, si j’identifie l’Autre à mon regard sur lui. En fait, il s’agit plus d’un idéal vers lequel il faut tendre, on ne peut pas se défaire de sa subjectivité; il faut apprendre à faire avec sans brimer l’Autre. On ne se déleste pas facilement de soi-même (ce que de toute façon il ne faut pas faire).

Donnons un exemple banal : je pleure durant ce film parce que la situation des personnages me rappelle ma propre vie. Le critique fonctionnel pourrait dire « j’ai pleuré, chef d’œuvre » puisqu’il ne reconnaîtrait pas qu’il pleure de façon bien égoïste, c’est-à-dire non par empathie envers les personnages à l’écran, mais plutôt parce que ceux-ci lui rappelle sa propre vie. Un tel critique ne voit pas leur drame, mais le reflet du sien à l’écran. Il ne parlerait plus du film, en tant qu’altérité, mais de lui, critique de cinéma confronté à (ou plutôt réconforté par) un reflet de sa vie personnelle. Le critique non-fonctionnel (le bon critique) pourrait bien pleurer devant le même film pour les mêmes raisons, et il pourrait aussi parler de chef d’œuvre, mais alors il ne le ferait pas dans les mêmes termes; sa critique ne se concentrerait pas sur l’émotion ressentie, même s’il peut bien en faire mention, mais sur celle des personnages à l’écran, ou plutôt sur la vision du cinéaste qui a permis à cette émotion de naître à l’écran. Pour ce critique, le film ne serait pas un chef d’œuvre parce qu’il a pleuré, d’autant moins qu’il a pleuré pour des raisons qui ne concernent que lui et non le film; ce serait un chef d’œuvre pour ce que le film lui a fait voir (pour un exemple, faire la comparaison entre ce que je reproche aux critiques de 12 Years a Slave vs ma propre approche de Captain Phillips).

Encore une fois, je pourrais paraître défendre ici une certaine objectivité de l’œuvre puisque je propose que le critique passe outre son émotion pour parler de la vision du cinéaste. Et pourtant… Il ne faut pas confondre vie personnelle du critique et vision personnelle du cinéma : je ne lis pas un critique pour savoir quel événement de sa vie trouve son reflet à l’écran, mais pour suivre sa pensée telle qu’elle se déploie à chaque nouvelle rencontre avec un film. C’est la délicate balance que doit maintenir tout exercice critique, toute tentative de circonscrire une rencontre avec une altérité (une œuvre d’art est toujours une altérité, à moins d’en être l’artiste) : assumer sa pensée, sa subjectivité, sans trahir l’objet devant soi. Ni s’annihiler soi-même en essayant d’être objectif (Mediafilm serait le type-même de cette critique sans personnalité, sans vie), ni annihiler l’œuvre en la soumettant à notre regard tyrannique. Le premier type est le plus fréquent, c’est le critique moyen en fait, dont tous les textes pourraient être interchangés avec ceux de ses collègues du même type. Le style peut varier, ça peut même être très bien écrit, mais ultimement c’est sans intérêt puisque nous chercherons longtemps l’individu derrière ces mots (car il ne faut pas confondre écriture personnelle, plume reconnaissable, avec vision personnelle du cinéma, même si souvent ça va de pair). Le second est plus rare, et à y penser rapidement il n’y a pas d’exemple qui me vient en tête… probablement que c’est une dérive qui peut se produire de manière ponctuelle chez certains critiques, mais qui ne se poursuit pas de film en film, dans tous ses textes.

Enfin, il faut pousser un peu plus loin, tout ça est plus complexe, mon exemple de pleurs-trop-personnels est trop peu ambigu… Revenons à l’idée « d’aimer des mauvais films », ce qui voudrait dire « être conscient de sa subjectivité (amour) et la différencier de la réalité objective (le mauvais film) ». Je ne crois pas à cette idée d’aimer des mauvais films; j’aime les bons films et je n’aime pas les mauvais films, et au fond nous pensons tous la même chose de nos amours/haines cinématographiques. En tout cas il devrait en être ainsi : en général, dire que je n’aime pas un bon film est un moyen de couper court à la discussion en se dissociant d’une opinion que je n’ai pas envie de défendre : « c’est un bon film, mais moi je n’ai pas aimé ça, alors vous ne pouvez pas m’enlevez mon droit de ne pas aimer, mes goûts n’appartiennent qu’à moi et ne se discutent pas… » Le recours à l’ « objectivité » (c’est un bon film) ne devient en fait qu’une excuse pour se replier dans sa propre subjectivité (mais ce sont mes goûts), dans le solipsisme puisque l’on refuse la discussion. Que répliquer à cela? Non, je ne peux pas te forcer à aimer quoique ce soit, mais comment peux-tu voir un bon film et ne pas l’aimer? Comment ne pas aimer ce que tu sais être bon ou, au contraire, aimer ce que tu sais être mauvais? Si c’est bon pour les autres, pourquoi ce ne l’est pas pour toi?

Je déteste cette façon de parler, tout comme l’idée de « plaisir coupable » (je ne serai jamais coupable d’aimer) : il faut assumer sa subjectivité, son amour, son indifférence, sa haine… Il faut s’engager dans l’œuvre, du moins dans le cinéma (pas tous les films ne méritent notre engagement), et défendre nos amours. Sinon, à quoi bon? Le critique devrait se distinguer du spectateur moyen par son amour profond, véritable, vital, pour l’art qu’il défend, mais dire que j’aime un mauvais film, c’est nier la validité de mon amour, du moins en dévaluer la portée (« j’aime mais ça ne veut rien dire puisque le film est mauvais » ou quelque chose comme cela). Ce serait déclarer vaine ma relation au cinéma,  clamer qu’elle ne mérite pas d’être partagée, ou encore nier la valeur de mon regard critique – même pas la valeur que les autres peuvent y trouver (ce n’est pas à moi de décider si mon regard à une valeur pour les autres), mais bien la valeur que moi j’y accorde, la valeur qu’il a pour moi, et donc par conséquent la valeur du cinéma dans ma vie (ce qui de toute façon va influencer la perception qu’on a de mon regard : si je vous dis que j’aime un film, mais que ce n’est que moi et que le film est mauvais pour les autres, vous allez peut-être vous demander pourquoi je suis critique si je trouve mes amours cinématographiques insignifiants au point de ne pas vouloir les défendre). Bien triste, tous ces critiques qui n’aiment pas le cinéma, ou du moins qu’ils n’arrivent pas à nous le faire sentir…

N’oublions pas qu’il est bien rare d’aimer ou de détester entièrement un film, ce qui déjà rend suspectes ces affirmations d’amour pour de mauvais films : en vérité, il y a presque toujours des éléments que nous aimons, d’autre moins, et nous choisissons sur lesquels on met l’emphase. Par exemple, j’aime bien le cinéma d’action américain des années 80. Oui, le scénario est nul, la violence gratuite, l’impérialisme américain exacerbé et les portraits stéréotypés de tous les personnages non-Blanc-Homme-Américain sont dégueulasses – ça, je n’aime pas, et je suis bien capable de reconnaître que ces éléments problématiques sont dans ces films. Mais il y a d’autres choses que j’aime, au-delà de ma nostalgie pour ce cinéma qui m’a déjà été précieux. J’ai un attachement à l’acteur entre autres (on dira ce qu’on voudra sur la qualité du jeu d’acteur de Sylvester Stallone ou d’Arnold Schwarzenegger, mais au moins on savait comment les filmer pour rendre honneur à leur présence à l’écran) et un plaisir devant les chorégraphies des scènes d’action (c’est peut-être plus évident avec les films d’arts martiaux (j’aime beaucoup Hong-Kong aussi d’ailleurs), mais il y aussi tout une mise en scène bien réelle, expressive, de ces corps lourds à la musculature artificielle). Je ne dirais donc pas que j’aime de « mauvais films » comme Commando ou Cobra, mais que j’aime des films malgré les problèmes que je leur reconnais (et qui souvent sont bien drôles (ces problèmes) avec le recul). Si quelqu’un me disait « Mais c’est de la merde, vous ne voyez pas comment ils représentent la femme? » je répondrais « Oui, effectivement, mais il y aussi cela, qui me plaît bien ».

Et c’est précisément là que se situe mon propre regard critique, dans ce « oui, mais il y a aussi cela que j’aime ». Pourquoi nier cet amour, ce plaisir? Pourquoi dire que j’aime de mauvais films? Il est beaucoup plus juste de dire que j’aime des films malgré certains éléments qui me plaisent moins. Il n’y a aucun intérêt à essayer de décrire un film avec « objectivité », de se dissocier donc de notre relation à l’œuvre. Si je lis un critique, ce n’est pas pour savoir si un film est maîtrisé; je m’en contrefiche de la maîtrise, je peux le voir par moi-même, mais qu’est-ce qu’elle te dit, cette maîtrise? Qu’est-ce que tu y vois? Ce n’est même pas une qualité, la maîtrise, c’est un fait, l’habilité technique d’enfiler un plan à l’autre, comme pour la direction photo, les belles images. Ce n’est pas rien, mais en soi c’est insignifiant.

Pourquoi lire un critique, alors, s’il n’y a pas d’objectivité? S’il n’est pas vraiment plus qualifié qu’un autre pour distinguer la bonne de la mauvaise œuvre? (Question à nuancer par contre, j’y reviendrai une autre fois.) Il ne faut pas se méprendre : quand j’affirme que je n’aime que les bons films, cela ne veut pas dire que mes idées sont les seules valables, alors n’allez pas écouter ceux qui ont aimé 12 Years a Slave… Ni que le dialogue est inutile puisque toutes les opinions se valent. Cela signifie, au contraire, qu’il faut défendre sa vision du cinéma, telle qu’elle se trouve honorée ou bafouée par un film. Il n’y a pas de dialogue possible si l’on dit tous la même chose en essayant d’être « objectif », ni si l’on se replie dans le subjectivisme.

Lire une critique, c’est donc regarder un film par les yeux d’un autre, un peu comme une œuvre d’art nous fait voir le monde par les yeux de l’artiste (mais pas tout à fait, je n’aime pas l’idée de la critique vue comme un art, j’y reviendrai une autre fois). Le but de la critique n’est jamais de dicter, de guider vers les bons films, ou de baliser la lecture d’un film, mais tout simplement de partager un amour, son amour pour un art. Mon regard, je le partage avant tout par passion, en espérant que le lecteur puisse y trouver de quoi alimenter la sienne, ou la raviver, ou même l’allumer (quoique je doute de la présence de lecteurs non-cinéphiles en ces pages!) Je ne veux pas montrer la voie, ni vers un film, ni vers une interprétation maîtresse, même d’ailleurs quand je suis plus incendiaire, comme dernièrement à propos des critiques de 12 Years a Slave. Et je n’écris surtout pas par sentiment de supériorité, ou parce que personne d’autre ne dit les vraies affaires (il y a quand même beaucoup de critiques que j’aime, même au Québec!) Je n’y vois qu’un partage, le lecteur y prendra bien ce qui lui plaît. Enfin, si la critique est souvent fonctionnelle, il est bien possible aussi pour les lecteurs d’approcher la critique, qu’elle soit fonctionnelle ou non, de manière tout autant réductrice, mécanique, en cherchant un guide aux consommateurs par exemple. Le critique n’a pourtant aucune autorité intrinsèque, il ne cherche jamais à persuader. La critique est plutôt un lieu d’échange, de rencontre, là où convergent la vision d’un artiste, la vision d’un critique et le regard des lecteurs. J’espère en tout cas que vous ne cherchez rien de plus que cela sur ce blogue, un lieu de rencontre… Sinon, mieux vaut lire ailleurs!

Voilà, en conclusion (partielle, je n’ai lancé ici que des prémisses) pourquoi parler de la critique est essentiel : il ne s’agit pas d’un nombrilisme qui couperait le critique du reste du monde, d’une tautologie faisant de l’expérience personnelle du critique la raison même qui justifierait son existence, mais au contraire d’une manière de se définir afin de mieux s’ouvrir à ce monde, et de la sorte aider les lecteurs à mieux s’ouvrir au critique, à sa vision d’un art, et par la suite aux films, au cinéma.

ps J’écris ceci aujourd’hui en partie parce qu’il se tient ce samedi, 14h, une table ronde sur la critique de cinéma, organisée par l’AQCC, à la salle Claude-Jutra de la Cinémathèque. Je vais essayer d’aller y jeter une oreille, et même deux, et peut-être que je reviendrai la commenter ici la semaine prochaine si j’en tire des impressions à partager.

Sylvain Lavallée Écrit par :

“Car une chose est d’apprendre à regarder les films « en professionnel » – pour vérifier d’ailleurs que ce sont eux qui nous regardent de moins en moins – et une autre est de vivre avec ceux qui nous ont regardés grandir et qui nous ont vus, otages précoces de notre biographie à venir, déjà empêtrés dans les rets de notre histoire.” Serge Daney

4 Comments

  1. Anonymous
    9 décembre 2013
    Reply

    Très bon texte qui rejoint en bonne partie mes propres réflexions sur le rôle de critique, mais je vous offre le point de vue du cinéphile, le mien en tout cas. Qu’est-ce que j’attends d’un critique? Qu’il me dise qu’il a aimé ou non un film? Pourquoi alors me contenter de l’avis d’une personne ou de quelques personnes alors que je peux aller sur Cinéma Montréal et avoir rapidement l’appréciation de 50, 100, 200 personnes (ou même RottenTomatoes qui me donnera les scores mondiaux de la critique)?

    Visiblement, je recherche plus. Je veux des clés, un vocabulaire, qui va m’aider à comprendre ma propre appréciation d’un film. Par exemple, j’avais énormément apprécié votre papier sur l’analyse des cinq premières minutes du Social Network de Fincher. Une analyse qui n’a pas changé le jugement positif que je portais déjà sur le film, mais qui me pistait sur des aspects pouvant expliquer ma fascination pour ce film. J’aime aussi de la critique qu’elle remette en contexte et non pas juste dans l’analyse du moment. Bref, le critique devrait avoir un certain recul.

    Dans ces circonstances, si vous refuser à la critique le terme d’art, je crois que le critique est à tout le moins un artisan. Il a une maîtrise supérieure (à la moyenne) de son sujet. Sa passion l’a amené à creuser différentes dimensions que le cinéphile n’a pas le temps de fouillé. Et comme vous le dîtes, il a une capacité, une volonté de communiquer.

    Comme vous, je crois que le critique doit professer son amour du cinéma (ou de l’art qu’il défend). Je dis “du cinéma” et non “d’un cinéma”. Car au critique fonctionnel se trouve une situation pire, pour moi, le critique d’une tradition. Le critique où l’on sent que depuis “Le Cuirassé Potemkine”, il n’y a que des merdes qui sont réalisées. Ce dernier peut avoir toutes les qualités émises plus tôt, mais on ne sent pas l’amour du cinéma et presque du dédain pour ceux qui apprécient ces oeuvres inférieures. Rien pour aider le dialogue.

    Martin Beaulieu

    • 9 décembre 2013
      Reply

      La question de différencier le spectateur moyen du critique professionnel que vous soulevez (cinéma montréal vs 24 images disons), je vais l’aborder plus en profondeur une prochaine fois. Mais vous avez raison, mettre en contexte est essentiel, c’est en partie pourquoi le critique professionnel ne peut pas être n’importe quel quidam, même s’il y a un fond de vrai dans le “tout le monde est critique”. Enfin, j’y reviendrai.

      Pour la question de l’art, je pense en fait que j’ai une opinion tellement haute de l’art, comme quelque chose d’immense qui me dépasse totalement, que je ne pense pas être capable de construire quelque chose d’aussi grandiose par mes mots. Il en procède que si je suis un critique, je ne peux pas faire de l’art, ou si la critique est de l’art, je fais un piètre critique! Il y a aussi l’idée que faire de l’art sur de l’art, c’est obstruer l’oeuvre d’art qu’on est censé faire voir au lecteur, en imposant sa propre oeuvre artistique (celle du critique) qui bloquerait la vue de l’essentiel (l’oeuvre analysée). Il me semble que le critique doit rester humble et se faire tout petit devant l’artiste (surtout face aux grands).

      Et pour votre dernier point sur la tradition, Mathieu-Li Goyette (Panorama Cinéma) en parlait à la table ronde ce samedi, la nécessité de déboulonner certaines statues du passé pour en élever de nouvelles, ou du moins à trouver un autre vocabulaire, d’autres angles d’attaque, pour éviter de répéter la tradition. Il y a un certain danger de tomber dans un populisme assez à la mode ces temps-ci (on dit que l’élite est dédaigneuse sur les blockbusters par exemple, mais ce n’est presque plus vrai aujourd’hui, qu’on pense au vulgar auteurism par exemple), ou de trop faire table rase du passé, mais en gros je suis d’accord.

      Toujours un plaisir de lire vos commentaires!

    • Anonymous
      11 décembre 2013
      Reply

      Sans vouloir abuser de votre blogue, je veux juste apporter une précision sur le dernier point que je soulevais, concernant l’élitisme de certains critiques. Plutôt, je disais que le rôle de la critique est de remettre en contexte, j’aurais dû préciser dans des contextes comparables. Par exemple, comme cinéphile, cela ne me sert à rien de savoir que le dernier James Bond est beaucoup moins “profond” que disons Gravity! Je le sais avant même d’avoir mis les pied au cinéma. Mais sur un James Bond, j’attends une analyse qui pourra me situer le film comparativement aux plus récents de la série, ou plus vastement avec d’autres films d’action, etc.

      À l’inverse, je ne souhaite pas d’un critique la glorification des blockbusters, ce populisme me semble aussi détestable que l’élitisme et ils ne se sont en fait que les deux faces de la même médaille qui conduit à une forme d’infantilisation du cinéphile.

      Martin Beaulieu

    • 11 décembre 2013
      Reply

      Vous n’abusez de rien!

      Précision bien notée, je comprends mieux votre point, et je suis bien d’accord.

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