Only Lovers Left Alive (2013), Jim Jarmusch

Il faut bien dire quelques mots sur le plus beau film à l’affiche présentement. Comme je ne sens pas pousser en moi de critique à la forme plus « classique », je propose plutôt deux angles d’approche, à découvrir ci-dessous (pluie de spoilers en vue) :

1) Pour commencer par le plus évident, mais aussi le plus fructueux : les vampires de Only Lovers Left Alive sont à Jim Jarmusch ce que Gustav (Ralph Fiennes) était à Wes Anderson dans Grand Budapest Hotel. Je dis bien les vampires : de façon générale, les vampires, créatures de la nuit vivant en marge du monde, incarnent la position d’indépendance de Jarmusch par rapport à l’industrie cinématographique (lui qui a tourné sa première œuvre grâce au soutien de Wim Wenders qui lui avait donné un bout de pellicule gagné dans un festival, lui qui possède les négatifs de tous ses films), mais je ne pense pas que l’on peut associer Jarmusch uniquement à Adam (Tom Hiddleston) ou Eve (Tilda Swinton), encore moins à Ava (Mia Wasikowska). Il faudrait dire, plutôt, que ceux-ci incarnent diverses postures artistiques, ou peut-être plus que le cinéaste se questionne à travers eux.

Explicitons : le monde se meurt, les hommes sont des « zombis », leur sang est contaminé, Détroit la nuit a des allures de décor post-apocalyptique déserté, et même si on ne comprend jamais exactement pourquoi il en est ainsi, il est assez clair que l’humanité s’est détournée de son histoire, de sa culture, ou plutôt de la Grande Culture, la Vraie, dont les vampires seraient les derniers gardiens. Adam et Eve, des noms qui n’annoncent pas l’aube d’un nouveau monde, mais fait d’eux, plutôt, les derniers survivants d’un monde oublié qu’ils ont généré (ce Grand Art auquel ils participent secrètement), semblent peu intéressés par cette humanité en péril, dédaignant jusqu’à boire le sang des hommes modernes, qui les rend malades, préférant un type de sang plus raffiné, pur. Adam, surtout, rejette l’humanité entière, condamne les zombis pour ce qu’ils ont fait du monde, aujourd’hui souillé, à l’aube de l’extinction. De même, il crache sur tout ce qui est populaire (sauf Jack White! et, on ose croire, Neil Young), il préfère travailler dans l’ombre, donner une pièce à Schubert (comme Christopher Marlowe (John Hurt) léguant son œuvre à Shakespeare), et, lui-même musicien, il ne veut rien savoir du succès (mais comme lui dit son « servant », Ian (Anton Yelchin), c’est précisément parce qu’Adam tient à l’anonymat que sa musique attire l’attention).

Il pourrait sembler, à partir de ce résumé, que Jarmusch crache sur la culture populaire tout en célébrant son propre statut d’indépendant, se déclarant du coup digne héritier de cette Grande Culture, mais, bien que ce ne soit pas tout à fait faux, le film ressemble plus à une méditation mélancolique sur la solitude de ces êtres, artistes ou vampires, c’est du pareil au même, qui préfèrent vivre en marge. Le cinéaste s’intéresse moins, il me semble, au discours élitiste des vampires qu’à leur rythme de vie singulier, lent, bien sûr (quand tu as l’éternité devant toi, tu peux prendre ton temps), leur déambulement languide, leur sommeil qu’ils ne quittent qu’à regret, et la lourdeur de leur solitude, qui ralentit leurs pas tout aussi sûrement. Mode de vie romantique, poétique, qui n’en demeure pas moins douloureux : c’est qu’il est suicidaire, notre Adam, trop radical, sûrement, dans son désir de vivre en retrait d’un monde moderne qu’il méprise sans nuance. Eve est beaucoup plus saine dans sa relation à l’humanité, ou en tout cas elle accepte plus volontiers cette solitude obligée, regardant les zombis de façon amusée, quoique aussi hautaine. Ava, quant à elle, veut se compromettre avec les humains, enfin, je dis « compromettre » du point de vue d’Adam et Eve (et plus ou moins celui du film), Ava représentant pour eux toute la superficialité des zombis (Jarmusch éprouve visiblement beaucoup moins d’empathie envers Ava, mais lorsqu’elle traite Adam et Eve de vieux snobs, difficile de lui donner tort). Et on l’a comprend, la pauvre, de vouloir se mêler aux hommes : Adam et Eve peuvent compter l’un sur l’autre, leur amour, des plus beaux d’ailleurs, leur permet d’affronter la solitude, mais Ava n’a rien d’autre qu’elle-même (au fond elle est aussi suicidaire qu’Adam, mais elle s’y prend par la drogue, l’excès et le sang contaminé plutôt que la balle au cœur). Une belle marginalité, oui, mais elle a son prix.

Et elle n’est pas vraiment souhaitable non plus : pendant tout le film, Adam et Eve refusent de boire autre chose que du sang « pur ». Ils ont droit tous deux à leur scène de tentation, lorsqu’un homme près d’eux se blesse, mais ils ne cèdent pas. Boire le sang au cou d’un homme serait l’équivalent d’un « compromis artistique », s’abaisser à boire du sang contaminé, de moindre qualité; de même, Jarmusch détourne ainsi nos attentes de spectateur en ne montrant jamais ce geste iconique, le baiser mortel du vampire, il n’est pas prêt, lui non plus, à « compromettre » son film par une violence qui attirerait les foules plus sûrement qu’une flânerie envoûtante dans les rues de Détroit et Tanger. Mais Adam et Eve finissent par céder, dans la dernière scène, leur réserve s’est tarie, pour survivre ils doivent s’abreuver – le film se terminant au moment même où ils sortent leurs crocs, se gardant bien de les montrer poser ce geste « déshonorant », préservant ainsi leur intégrité (et celle de Jarmusch du coup).

Doit-on y voir une défaite pour autant? Je ne crois pas : voilà des vampires qui parlent de la mort de l’humanité depuis deux heures, qui ne trouvent (presque) rien à sauver dans l’homme, mais ils sont maintenant face à un couple qui s’embrasse longuement, amoureusement, comme pour démentir tous leurs propos, leur montrer qu’il y a encore un espoir. Et que font-ils devant cet amour, devant lequel ils s’émerveillent autant que nous? Ils le détruisent, ils tuent – ils boivent cet homme et cette femme aussi avidement, imaginons-nous, qu’Eve lisait ses livres. C’est qu’en bons artistes, ils s’abreuvent de beauté. Or, le film, jusqu’à ce point, tournait en rond, restant enfermé dans les boucles infinies de la musique d’Adam (des hymnes funéraires, évidemment), on sort à peine de sa maison retirée du monde où croulent les reliques d’un monde passé (on est loin de l’errance habituelle chez Jarmusch), les vampires constatant scène après scène la déliquescence de notre monde (ou peut-être aussi leur refus de s’engager face à celui-ci). Adam et Eve sont sur le point de s’écrouler, épuisés par toute cette vacuité, écrasés par ce sentiment du « tout a été dit, tout a été fait ». Mais ce couple amoureux, humain, annonce une résurrection, ramène les vampires à la vie (enfin, la demi-vie) – il leur suffisait d’un peu de beauté pour se relever et pour donner à Jarmusch son film. Comme si après cette plongée dans son œuvre (les références à ses films précédents abondent), cette stase artistique de remise en question (il revient sur tout ce qu’il a fait jusqu’à maintenant en cherchant une raison de continuer), il retrouvait enfin un nouvel élan, et, heureusement pour nous, l’inspiration pour faire Only Lovers Left Alive.

2) Nous ne savons pas pourquoi le sang des hommes est « contaminé », ni par quoi (il semblerait par moment que la drogue est en partie responsable), mais je serais tenté de dire qu’il s’agit d’une pollution numérique. La fétichisation de l’analogique est évidente, autant de la part d’Adam que du cinéaste, mais ça va plus loin. Par exemple, les vampires ont le toucher très sensible (Eve identifie l’âge d’une guitare en l’effleurant du doigt) et ils portent toujours des gants, comme pour se protéger de leur hypersensibilité au monde. Or, ils sont associés à l’analogique, c’est-à-dire à une technologie qui prend une empreinte du monde, qui exige donc une sensibilité à celui-ci, contrairement au numérique qui ne se soucie guère de la matérialité du monde (ce n’est pas tout à fait vrai, il faut quand même de la lumière pour capter une image numérique, il faut un objectif, mais le processus d’encodage, c’est-à-dire ce qui tient du numérique lui-même, transforme illico l’image en information). Je disais aussi, plus haut, qu’il n’y a pas beaucoup d’errance ici (enfin, il n’y a pas d’errance physique : on erre plutôt dans le cinéma de Jarmusch, dans sa conscience d’artiste), deux ou trois scènes de voiture tout au plus, le film se campant pour l’essentiel dans deux lieux. Or, quel est le titre de mes derniers textes sur le numérique? Ahah! Il est d’ailleurs significatif que seuls les vampires se déplacent dans la nuit : eux doivent toujours prendre le temps de se déplacer (pas de chauve-souris ici), mais il semblerait que les hommes n’éprouvent pas ce besoin. Aussi, Adam et Eve ressentent la distance qui sépare Détroit de Tanger malgré les écrans qui leur permet « d’effacer » cet espace.

Pensons aussi aux premiers plans : un ciel étoilé devient un vinyle en rotation sur une table tournante, se superposant, par des fondus enchaînés, à des plans des vampires vus de haut, la caméra imitant le mouvement circulaire du disque. Jarmusch établit un lien entre le cosmos, le vinyle et ses protagonistes, il y a un lien direct de l’un à l’autre, la superposition des plans, la transparence, exprimant aussi cette idée de l’analogique comme empreinte du monde. Les vampires se régalent d’un sang qui leur procure une sorte d’extase transie, ce sang « pur » étant ainsi associé au vinyle, à l’analogique (on pourrait comparer aussi à la scène de la conversation téléphonique, et la froideur de la technologie qui les sépare plus qu’elle les unit, alors que le disque, au contraire, les rapproche à l’image, les unit malgré la distance : l’analogique met en présence). Quand Ava devient malade d’avoir bu Ian, Adam lui réplique « He was from the fuckin’ music industry, what did you think? », ce qui semble pointer vers l’idée d’un sang contaminé par la drogue, mais cela pourrait aussi nous ramener au numérique, l’industrie musicale étant aussi, de nos jours, beaucoup plus près de ce support que de l’analogique. Le monde qui se meurt, c’est aussi (peut-être surtout) celui de l’analogique,  que l’industrie, musicale comme cinématographique, a laissé derrière elle.

Quand Jarmusch se demande comment poursuivre son œuvre, cherchant son inspiration dans les poètes, les dramaturges, les musiciens qu’il admire (comme pour les vampiriser – notons que le vampirisme était déjà une métaphore du geste artistique du Dracula de Coppola), il se demande aussi comment poursuivre avec ce numérique maintenant de rigueur, ce même numérique qu’il a dû utiliser pour le tournage : comment faire un film avec du numérique? Comment conserver la beauté du monde s’il n’est plus possible d’en garder l’empreinte, de la mouler sur pellicule? Il trouve une réponse dans les ténèbres qu’habitent les vampires (Michael Mann nous avait déjà montré à quel point le numérique pouvait poétiser une ville nocturne) et dans une affirmation de l’homme, dans l’amour malgré tout (les amants du titre, c’est peut-être bien ce couple à la fin, plus « vivant » d’ailleurs qu’Adam et Eve), un amour qui peut écarter encore la noirceur et par cette lumière permettre à l’objectif d’une caméra de capter le monde, à défaut d’en imprégner la pellicule.

Sylvain Lavallée Écrit par :

“Car une chose est d’apprendre à regarder les films « en professionnel » – pour vérifier d’ailleurs que ce sont eux qui nous regardent de moins en moins – et une autre est de vivre avec ceux qui nous ont regardés grandir et qui nous ont vus, otages précoces de notre biographie à venir, déjà empêtrés dans les rets de notre histoire.” Serge Daney

7 Comments

  1. LA_Roy
    16 mai 2014
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    Pas convaincu du rapport sang/analogique/numérique, car si la source « naturelle », soit les veines et artères d’un être vivant (organique, analogique, si on veut le rattacher à ce thème), est indigeste, on se demande quelle est la source de sang pur, difficilement accessible, uniquement trouvable, pour ce qu’on en voit, auprès d’un médecin et d’un labo, sinon un sang synthétique (numérique, dans la poursuite thématique)? Encore là, c’est bancal, puisqu’il manque des éléments de réponse.

    D’ailleurs, « cela pourrait aussi nous ramener au numérique, l’industrie musicale étant aussi, de nos jours, beaucoup plus près de ce support que de l’analogique », ce n’est pas si sûr, et au moins incomparable au cinéma, puisqu’une grande partie des spectacles et enregistrements classiques, contemporains, rocks, jazz, blues, métals, punks, « musiques du monde », se font sur scène ou en studio avec des instruments analogiques, du piano au drum au sax. J’ai bien entendu compris que tu parlais de la diffusion web, CD, la prise de son, etc., mais il reste une part essentielle d’analogique. Ils vont d’ailleurs à un show avec orchestre ensemble.

    J’ai plutôt pensé aux maladies transmises par le sang, pour expliquer leur aversion des cous des humains. Que, par exemple, leur résistance à l’âge et ― j’imagine ― aux maladies leur donne mal au ventre, etc., lorsqu’ils boivent d’un humain malade au sens médical ou malade de par son environnement vicié.

    • Sylvain Lavallée
      17 mai 2014
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      Je pense qu’il ne faut pas être trop pragmatique sur cette question du sang contaminé, qu’il faut voir d’une manière surtout métaphorique. J’ai pensé aussi aux maladies du sang, mais le sang de tous les humains semble contaminé, alors ce ne serait pas une explication suffisante (ni la drogue d’ailleurs). Il n’y a pas de cause précise à cette contamination, il ne peut pas y en avoir qui serait vraisemblable d’un point de vue narratif (qu’est-ce qui pourrait contaminer tout le monde, sans exception?)

      Mais je ne pense pas qu’ils boivent du sang synthétique, ce qui irait à l’encontre de tout ce à quoi ils sont associés (ils vivent dans le passé, portent des vêtements vieux de plusieurs centaines d’années, refusent en gros la modernité, s’ils aiment Jack White c’est aussi parce qu’il travaille dans l’analogique et des formes musicales du passé, Eve a un livre de David Foster Wallace dans sa valise qui était lui aussi très critique de ses contemporains, et de la culture populaire, alors le sang qu’ils apprécient ne peut être que du sang “comme dans le bon vieux temps”). O Negativo ne fait pas référence à du sang O négatif, mais à l’idée de pureté, un sang sans cochonnerie (ça lui donne aussi une étiquette, une allure exotique, pour souligner encore la rareté).

      Bref, on peut voir dans cette histoire de sang un peu tout ce qu’on veut, la contamination vient de la modernité en général, pas d’un élément précis. Je dis le “numérique” à cause de la première scène surtout, parce qu’il y a un lien visuel entre le vinyle et leur extase en buvant le O Negativo (la réplique sur l’industrie musicale, c’est effectivement plus bancal), et parce que selon moi le numérique et ses possibilités définissent le monde d’aujourd’hui, notre perception de celui-ci en tout cas, alors si, comme Adam, tu rejettes en bloc le monde, nécessairement c’est aussi au numérique que tu t’en prends (il ne veut même pas regarder son écran d’ordinateur – quoiqu’une télévision ce n’est pas analogique, peut-être faut-il la voir comme un mal nécessaire, un pis-aller).

      Ceci dit, je concède volontiers qu’il s’agit d’une métaphore grossière et que j’y retrouve peut-être plus mes propres idées que celle du cinéaste!

      • LA_Roy
        18 mai 2014
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        Je veux bien pour la métaphore, mais si c’est du sang « comme dans le temps », ça vient d’humains non contaminés : ils ne le sont donc pas tous. C’est relativement accessoire, mais ça change un peu la perspective métaphorique.

        • Sylvain Lavallée
          18 mai 2014
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          En effet. Du sang purifié en laboratoire? Je ne sais pas, d’une manière ou d’une autre, si on cherche l’origine de ce sang “pur”, on se retrouve devant des questions, mais on s’éloigne du film en cherchant la vraisemblance. Je pense qu’on peut s’arrêter à dire ils boivent du “bon” sang, qui est digeste pour une raison quelconque, qui s’éloigne du sang commun, qui ne rend pas malade. J’associe le “bon” sang à l’analogique à cause de la première scène, à cause de leur relation fétichiste à l’analogique. Le reste, ce n’est pas très important.

          • Sylvain Lavallée
            18 mai 2014

            Quoique… Tous les humains ne sont pas contaminés, mais certains le sont, suffisamment pour frustrer les désirs vampiresques; donc on ne prend pas de chance, on ne mord personne; l’industrie de la musique, ben oui, là t’es pas mal certain de tomber dans le contaminé; le sang de labo, lui, nécessairement, est propre; et le O négatif est rare, d’où sa valeur pour les vieux snobs qu’ils sont. Et peut-être qu’ils ne raffolent pas non plus du meurtre, d’où leur réticence à mordre à la fin. C’est du moins l’explication la plus plausible, et vlan dans la pollution numérique métaphore!

  2. J.R.
    21 mai 2014
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    J’ai eu de la difficulté à apprécier ce dernier film de Jarmusch tant il semble y avoir un mépris des humains. Pas seulement de la part des personnages, mais aussi du côté de Jarmusch. Comment un réalisateur qui a fait un film complet sur des chauffeurs de taxi n’est pas capable de nous montrer le visage d’un chauffeur de taxi dans son dernier film. Il l’évite tellement qu’on en vient à se demander si le taxi ne se conduit pas tout seul.

    Les seuls plans d’humains que nous voyons sont des plans où les humains ressemblent à des zombies (sauf à la toute fin). Dans tous les cas, qu’il puisse avoir accorder autant d’humanité à des gens que nous voyons peu (les chauffeurs de taxi) et la leur renié dans ce dernier film tout en en donnant à des créatures m’a énervé et rebuté.

    • Sylvain Lavallée
      21 mai 2014
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      J’ai un ami qui eu le même sentiment… Je ne sais pas, je comprends le point de vue, mais je n’ai pas eu cette impression. D’abord, je pense, parce que je n’ai pas vu les vampires comme des non-hommes, c’est-à-dire qu’ils représentent des humains, différents, marginaux, mais des humains tout de même. De plus, je n’associe pas les propos d’Adam à ceux du film : c’est vrai qu’on ne voit pas beaucoup d’hommes dans ce film (je veux dire de non-vampires), mais ceux que l’on voit n’ont rien de méprisant. Un personnage comme Ian dément à chaque scène ce que dit Adam sur les zombis, même Jeffrey Wright est plutôt chaleureux, drôle, comme le type qui s’occupe de John Hurt semble des plus aimables. Et le couple de la fin montre clairement qu’Adam se trompe, que les zombis ne sont pas que des zombis. Eve et Ava aussi viennent contrebalancer ce mépris, affirment qu’il y a encore du bien dans l’homme. Il y a une désillusion, le film me donne l’impression que Jarmusch tend à penser comme Adam, qu’il désespère du monde contemporain, mais il essaie de s’en sortir (sinon c’est le suicide), il se remet en question par Eve et Ava, pour retourner vers le monde, les rues habitées de Tanger plutôt que la maison et les rues désertes de Détroit. Comme je disais dans la critique, je pense que le rythme du film, sa mise en scène, est plus important que l’anecdote; en tout cas, moi c’est surtout cette atmosphère, nostalgique, certes, qui m’a parlé, peut-être parce que je tends parfois à sombrer vers les discours à la Adam, alors il y a quelque chose qui me rejoint dans tout cela.

      Et la fin justifie le tout (trop peu trop tard peut-être), elle montre qu’il y a un espoir, un amour, qui permet à Jarmusch de se resaisir et de continuer à faire du cinéma. Les vampires boivent ce couple parce qu’ils sont plus que des zombis; sinon, Adam et Eve se seraient laissés mourir. Ils tuent des hommes, ils refusent les zombis, et ce couple n’est pas un dernier ressort désespéré, ils choisissent de les tuer.

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