Critique : The Host (et quelques suppléments)

En complément à celle sur Snowpiercer, ma critique de The Host pour Panorama-Cinéma, dans le cadre du dossier sur les monstres.

Je rajouterais quelques mots ici sur la comparaison Spielberg/Bong Joon-ho : je n’y avais pas du tout pensé en commençant l’écriture du texte et en fait je croyais plutôt que ce rapprochement entre les deux cinéastes, qui a été proposé maintes fois à la sortie de The Host, était un brin facile et, somme toute, superficiel. Mais en écrivant, j’ai développé le filon de la famille chez Bong et le lien avec le papa irresponsable de Spielberg est devenu plus fructueux que je ne l’avais prévu. J’en avais parlé beaucoup dans mes textes sur Spielberg (ici et ici pour la version française, en anglais ici et ici), ses films se divisent plus ou moins entre ceux présentant des pères irresponsables qui quittent le monde pour aller rejoindre les lumières dans le ciel, à la Dreyfuss dans Close Encounters of the Third Kind, et ceux dont les pères seront responsabilisés au fil du récit, à la Tom Cruise dans War of the Worlds, une structure qui permet à Spielberg de réfléchir la question du spectacle, de l’illusion.

Chez Bong, le père est déjà responsabilisé, dans The Host et Snowpiercer, il reconnaît les fautes qu’il a commises dans le passé et a déjà ajusté son comportement en conséquence. Bref, c’est un père post-Spielberg, d’où l’idée que Bong est un enfant de Spielberg, la prolongation de son cinéma et non son jumeau. On pourrait penser aussi à la question du regard : dans WotW, Cruise dirige le regard de sa fille pour qu’elle voit juste assez de destruction pour ne pas la nier, mais pas suffisamment pour la traumatiser. Dans Snowpiercer, il y a un jeu semblable sur le regard, où le père doit apprendre à sa fille à voir à l’extérieur du train, donc voir au-delà de la destruction pour voir le possible autour. C’est une rhétorique semblable à celle de Spielberg, qui consiste à reconnaître la noirceur tout en tentant d’offrir un modèle qui permet d’y résister, et de faire ainsi du cinéma un spectacle responsable. Le monstre de The Host agit aussi comme révélateur, il permet de dévoiler, de mieux voir, comme WotW permet de mieux penser la Shoah, irreprésentable directement au cinéma. Le fils a bien reçu les leçons du maître : il ne s’enfuit pas à la Dreyfus, mais utilise le spectacle pour révéler le monde, il tente de garder les pieds sur terre, comme Cruise.

Je n’ai pas revu Mother, Memories of Murder (son meilleur de mémoire) et Barking Dogs Never Bite, alors je ne suis pas sûr à quel point cette lecture est vraiment cohérente avec l’ensemble de l’œuvre de Bong, mais cela demande réflexion.

Sylvain Lavallée Écrit par :

“Car une chose est d’apprendre à regarder les films « en professionnel » – pour vérifier d’ailleurs que ce sont eux qui nous regardent de moins en moins – et une autre est de vivre avec ceux qui nous ont regardés grandir et qui nous ont vus, otages précoces de notre biographie à venir, déjà empêtrés dans les rets de notre histoire.” Serge Daney

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